LA PRINCESSE PAULINE
il, pauvre d'esprit et d'argent, avait épuisé toutes les ressources de sa verve à chanter les puissances du jour sans pouvoirobtenir la moindre faveur. Enfin il termina la série de ses envois par une ode adressée à la princesse Pauline, la sœur favorite de Napoléon. Dans son désordre poétique, sans redouter le sort de Racine, lors de la présentation à Louis XIV de son Mémoire sur le malheur des peuples, il avait mêlé aux louanges de la princesse des conseils à Mars, brochés sur le rêve philanthropique d'une paix générale. Les plus grands effets dérivent souvent des causes les plus futiles. Une des femmes de chambre de la princesse se trouvait être parente éloignée du poète. Elle saisit habilement un moment favorable pour présenter l'épître à Son Altesse qui n'y lut que les rimes de Pauline et de divine, qui s'y trouvaient à chaque strophe, et promit sa protection h l'auteur de %i belles et bonnes choses.
— Mais, où est-il ?
— Là, dans l'antichambre, répond l'officieuse parente.
— Eh bien ! qu'il entre, dit la princesse. Aussitôt notre poète est introduit dans le boudoir parfumé de Pauline, et le voilà tète à tête avec sa providence future.
— Que puis -je pour vous? demande l'Altesse encensée, après les remerciements d'usage.
— Madame, une recommandation quelconque pour un petit emploi dans telle branche d'administration que ce soit.
— En ce cas, en voulez-vous une pour Fouché, il se plaignait hier, à moi, de ce que je ne lui demandais jamais rien. Je le mettrai, si vous le désirez, à l'épreuve. »
Le poète répond qu'il serait le plus heureux des hommes. I-a jolie Pauline se mit aussitôt à son secrétaire, et se trouvant dans un de ces jours d'inspiration où les phrases s'arrondissent d'elles-mêmes sur le papier, la voilà adressant à sa Seigneurie'd'Otrante une pétition en forme dans laquelle elle parle de M. Dubois
comme d'un homme supérieur, propre à tout, et auquel elle prend le plus vif intérêt.
Une heure après le protégé était à la porte du dispensateur des grâces ; mais, n'étant ni connu ni recommandé aux huissiers, on pense bien qu'il ne parvint pas à passer l'antichambre ministérielle, et qu'il dut laisser son placet dans des mains qui s'en souciaient peu. Aussi, fut-il jeté avec tous les autres dans le panier qui recevait ceux du jour, et qui, d'ordinaire passaient de là dans le poêle de l'antichambre. Cependant, quand Fouché revint le soir du conseil des ministres, on les lui remit. Il s'aperçut que l'une de ces suppliques était aux armes de la maison impériale. Il l'ouvrit avec empressement, la lut en entier, et ordonna à l'instant que quatre gendarmes fussent prêts à accompagner sa voiture le lendemain à neuf heures du matin. On ne doutait pas à son hôtel qu'il ne dût se rendre à Saint- Cloud pour quelque communication de la plus haute importance; et ses gens ne furent pas peu surpris d'entendre Son Excellence donner ordre de la conduire dans une rue obscure du quartier des Halles. C'était là que notre favori des Muses avait établi, à un sixième étage, son domicile aérien.
Il n'y avait ni portier, ni numéro même a l'allée de cette résidence ; il fallut s'enquérir chez le boulanger du quartier où demeurait un certain M. Dubois, homme de lettres.
« Il y a, répondit la boulangère, un individu de ce nom, fort pauvre, qui habite une mansarde de cette maison. Je ne sais s'il est écrivain public, mais il me doit deux termes de loyer. »
Et sur-le-champ, sortant de sa boutique, elle l'appelle de toute la force de ses poumons. Le pauvre poète met d'abord la tête à sa lucarne, et avisant dans la rue une voiture et des gendarmes, il ne doute plus que la hardiesse de ses observations pour la paix générale n'ait été fort mal accueillie par Jupiter tonnant, et qu'on ne vienne l'arrêter pour lui faire expier sa témérité à Bicêtre.