‹ Souvenirs du Congres de Vienne, 1814-1815Chapitre 33 sur 156 · SOUVENIRS SUR NAPOLÉON · texte numérisé non relu

SOUVENIRS SUR NAPOLÉON

avait hérité de la vive passion de son père pour l'art militaire, et que l'autre, rajeuni de quarante ans, allait recommencer ses glorieuses campagnes : délicieux contraste , tableau digne d'inspirer le génie de nos peintres.

On vint interrompre les grandes manœuvres en annonçant l'impératrice. Comme elle aimait à être seule avec son fils, dont elle surveillait elle-même l'éducation, nous nous retirâmes, en laissant Isabey qui désirait lui montrer son travail.

Quand nous fûmes remontés en voiture , encore émus de cette visite :

<c Ah ! me dit le prince de Ligne, lorsque Napoléon recevait à Schœnbrunn la soumission de Vienne, qu'il y combinait sa mémorable campagne de Wagram, que, dans ces vastes cours, il passait en revue ses phalanges victorieuses en présence des Viennois émerveillés, il était loin de prévoir que, dans ce même château, le fils du vainqueur et la fille du vaincu seraient gardés en otage par celui dont la destinée était alors entre ses mains. Dans ma longue carrière, j'ai bien vu des gloires, bien des revers ; rien ne se peut comparer à l'histoire dont nous venons de lire un chapitre. »

Comme nous traversions le glacis entre les faubourgs et la ville, nous aperçûmes une large voiture ouverte, extrêmement basse, et qu'une seule personne remplissait de sa volumineuse corpulence.

(f Arrêtons nous, me dit-il, et saluons : voici encore une Majesté par la grâce de Dieu et de Robinson Crusoé, le roi de Wurtemberg.

«f Jusqu'à présent, poursuivit-il, vous n'avez assisté qu'aux fêtes royales ; je veux vous conduire demain à la fête du peuple. On a tant fait par le peuple qu'on peut bien faire quelque chose pour lui. Il est bien juste qu'il ait aussi son tour. A demain donc. »

La fête du peuple est une des solennités les plus brillantes de la ville de Vienne : depuis longtemps elle était l'objet de l'attente générale.

Impatient de répondre à l'appel de mon illustre

yH SOUVENIRS nu congrès de vienne

guide, j'étais avant midi à. la porte de sa petite maison. Bientôt après, nous nous mîmes en route pour TAu-' garten, où se donnait la fête.

L'Augarten est situé dans la même île du Danube que le Prater, par lequel il est borné à l'Est. Le parc, planté de bosquets et d'arbres de la plus belle végétation, est percé de magnifiques allées ; le palais est d'une architecture simple et élégante. C'est l'ouvrage de Joseph II. Une inscription, placée au-dessus de la porte, annonce que ce prince aimable et philosophe l'a consacré aux plaisirs de tout le monde.

Une foule immense remplissait ce beau lieu ; le temps était magnifique : dçs tribunes, élevées pour les souverains et les sommités du Congrès, étaient garnies de spectateurs et de dames dans la plus brillante parure. Le prince préféra se mêler à la foule^ et j'en étais heureux.

Les vétérfins autrichiens, au nombre de quatre mille, avaient été invités à 1^ fête, Ils défilèrent au son d'une musique militaire devant la tribune des souverains, et vinrent prendre place sous de vastes tentes qui leur étaient destinées. Des jeux de toute espèce furent ensuite exécutés et continuèrent toute la journée.

On commença par des courses à pied, auxquelles succédèrent des courses de petits chevaux orientaux, à la façon de ces chevaux barbes qui disputent le prix de vélocité dans le Corso de Rome. Dans un cirque en plein air, la troupe des voltigeurs de Bach, qui rivalise avec celles de Frahconi et d'Astley de Londres, exécuta différents tours d'adresse tant à pied qu'à cheval ; plus loin, sur la place des Tournois, des jeunes gens occupaient les yeux des spectateurs par des exercices de gymnastique. A gaiiche du château, sur une pelouse, on avait dressé un màt de cent pieds de haut; un oiseau de bois, d'une énorme dimension, y déployait ses larges ailes : il servait de but à une troupe d'archers tyroliens qui allaient lutter d'adresse dans l'exercice du tir à l'arbalète, où ils excellent. Le prix était un fort beau

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