‹ Souvenirs du Congres de Vienne, 1814-1815Chapitre 34 sur 156 · LA FÊTE DE L AUGARTEN · texte numérisé non relu

LA FÊTE DE L AUGARTEN

vase de vermeil ; il fut longtemps disputé, et ce fut un flls du célèbre Tyrolien Hofer qui l'obtint.

Enfin, un ballon d'une immense dimension s'éleva dans les airs. L'aéronaute qui le montait, émule des Garnerin et des Blanchard, se nommait Kraskowitz. Bientôt on le vit, planant majestueusement sur la foule, agiter un nombre infini de drapeaux appartenant à toutes les nations dont les représentants étaient réunis à Vienne.

Une heure après, l'aéronaute était descendu fort doucement dans l'île de Lobau, témoin d'un des beaux faits de l'histoire militaire moderne.

Les jeux s'interrompirent : seize grandes tables furent dressées sur une vaste pelouse ; les quatre mille vétérans y prirent place; un repas leur fut servi avec profusion. Des orchestres, ornés de trophées guerriers et de drapeaux, faisaient entendre des symphonies militaires. Dans une autre partie du parc s'élevaient quatre tentes élégamment décorées ; des troupes de Bohémiens, de Hongrois, d'Autrichiens et de Tyroliens, vêtus du costume pittoresque de leur pays, y exécutaient des danses nationales au son de la musique, des chants et des instruments de leur patrie.

Cependant les souverains, sans escorte, circulaient dans la foule, visitant tout, causant familièrement avec ces vieux soldats couverts de cicatrices. Il y avait quelque chose de patriarcal à les voir ainsi mêlés au milieu de cette population se pressant sur leurs pas.

Quand la nuit vint, cent mille lampes rendirent à TAugarten l'éclat du jour; puis un magnifique feu d'artifice fut tiré devant le château. Les principales pièces représentaient les monuments de Milan, de Berlin et de Pétersbourg. Une foule immense inondait les allées de l'Augarten ; mais un ordre admirable ne cessa pas de régner. Il y avait dans cette allégresse quelque chose de calme et de réfiiéchi dont le caractère allemand peut seul offrir un modèle.

Après le feu d'artifice, les souverains parcoururent les rues de la ville et furent partout accueillis avec des

8o SOUVENIRS DU CONGRÈS DE VIENNE

acclamations unanimes. Puis la cour tout entière se rendit au théâtre de la porte Carinthie, où l'on donnait le ballet de Flore et Zéphire. Tous les palais, les hôtels, les maisons particulières étaient illuminés de la manière la plus brillante ; les devises n'avaient pas été épargnées. Les danses, les valses, les mélodies des orchestres ne s'arrêtèrent pas de toute la nuit. C'était un spectacle non interrompu de magnificence et de bonheur. Une joie réelle régnait parmi ce peuple, joie moins inspirée par la fête qu'on lui offrait que par l'espérance d'une paix durable, achetée depuis tant d'années par d'incessants sacrifices.

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