‹ Souvenirs du Congres de Vienne, 1814-1815Chapitre 42 sur 156 · LE COMTE ARTHUR POTOCKI I 1 I · texte numérisé non relu

LE COMTE ARTHUR POTOCKI I 1 I

logne si une fausse politique n'eût pas frappé de stérilité tous ces rêves d'un moment (i) !

Nous fûmes interrompus dans le commentaire, dont le conseiller privé faisait suivre cette lecture, par Tarrivée du comte Arthur Potocki, jeune ami du prince de Ligne. Bien qu'il fût Polonais et animé pour son pays des plus généreux sentiments, sa présence donna assez d'ombrage à M. NowosilitzoflFpour le décider instantanément à rouler son manuscrit sans ajouter un seul mot; il prit congé de nous bientôt après.

Le comte Arthur Potocki,fils du comte Jean, un des hommes les plus instruits de l'Europe, et de l'illustre famille de ce nom, avait une physionomie noble et agréable, une taille élégante et un esprit cultivé. Dans l'âge des plaisirs et de la frivolité, il se faisait remarquer par un jugement solide, des connaissances variées et la politesse la plus exquise. Que faut-il de plus pour réussir? Aussi était-il alors un des hommes les plus à la mode à Vienne, et le mieux fait pour l'être partout. Le prince de Ligne aimait beaucoup Arthur, qu'il appelait son Alcibiadc, et qui, en revanche, adorait ce vieillard si gai, si spirituel, si obligeant pour la jeunesse.

« Tout est disposé pour le carrousel impérial, dit le jeune comte : il aura lieu irrévocablement la semaine prochaine. Et je vous apporte, mon prince, les billets que le grand maréchal Trauttmansdorfifm'a chargé de vous remettre. Ce sera un des plus brillants spectacle* qu'on ait jamais vus.

Demain soir, tout ce que Vienne renferme de personnes distinguées doit se rendre à la cour pour y voir

(i ) Dans un mémoire qu'il écrivait vingt-six ans auparavant, en 1788, le prince de Ligne avait discuté avec sagacité les questions qui dès lorvS se rattachaient au sort de la Pologne : le préambule peint avec un rare bonheur d'expression le caractère polonais, et donne une haute idée du charme des images que Tauteur savait répandre sur ses brillants tableaux.

« Qui n'aimerait, s'écrie-t-il, la Pologne, les Polonais, et surtout les Polonaises, l'esprit, le courage des uns, la grâce et la beauté des autres, etc., etc. » (Note de l'Auti^ur.)

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des tableaux vivants. Isabey en a disposé les effets. Ils seront suivis de romances chantées et mises en action par les plus jolies femmes de la cour : la belle duchesse de Sagan, la princesse Paul Esterhazy, la comtesse Zichy et «tous nos élégants. N'y manquez pas, messieurs : hâtez-vous de mettre à profit ces heures joyeuses. On parle de fixer au i5 décembre la clôture du Congrès.

— A demain donc : nous nous retrouverons. Que ce soit la pensée de tous vos instants comme ce sera la mienne. »

Et, sans plus attendre, il nous quitta.

« C'est aujourd'hui, me dit le prince, que vous venez avec moi passer quelques heures à ma maison du Kalemberg. Avant de nous y rendre, vous ne refuserez pas de m'accompagner chez Isabey. Je dois y poser ce matin pour mon portrait. Pendant cette heure de torture, vous aurez le loisir d'y examiner une galerie de portraits dont son salon est orné. Isabey, c'est le Congrès fait peintre. Venez : sa parole est aussi spirituelle que son pinceau. »

Nous arrivâmes bientôt à la demeure que l'artiste occupait dans Léopoldstadt. Au devant de cette maison était placée une barrière pour éviter l'encombrement des voitures qui s'y pressaient à toute heure.

En arrivant à Vienne, Isabey (i) avait été précédé par une réputation méritée. Présenté à Marie-Antoinette par le duc de Serent, il avait, à peine âgé de vingt ans, fait le portrait de cette belle et malheureuse reine, qui l'accueillait avec la plus grande bonté et ne l'appelait que son petit Lorrain. Plus tard, peintre particulier de Napoléon, il avait reproduit tous les traits des hommes célèbres de l'Empire et des femmes si belles qu'on

(i) Dans la Revue européenne j en i858, M. Edmond Taigny, neveu d'Isabey, a publié, d'après les notes manuscrites de son oncle, de précieux détails sur la jeunesse du grand miniaturiste. Ayant à raconter la vie d'Isabey au Congrès de Vienne, M. Taigny cite plusieurs fois l'ouvrage de M. de La Garde.

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