JEAN SOBIESKI H
dinand II; Léopold le rétablit après le siège de Vienne; Joseph P' l'agrandit ; Joseph II le supprima. Depuis, le prince l'avait acheté.
Sur la porte principale est gravée sa sentence favorite :
Quo res ciimque cadunt, semper stat linea recta.
Sur le côté qui fait face au Danube se trouvent neuf vers français de sa composition; Tun d'eux exprime énergiquement le calme de sa belle âme :
Sans remords, sans regrets, sans crainte, sans envie.
« Je sens si bien le vide de presque tout, répétait-il souvent, que je n'ai pas grand mérite à n'être ni envieux, ni méchant, ni glorieux. »
Il me conduisit d'abord dans son jardin.
« Je dérogerais, me dit-il, à l'usage de tout propriétaire, si je ne débutais par vous faire (Connaître tous les détails de ma principauté. Mais, comme ma maison et son enclos ne sont guère plus spacieux que le domaine alloué par le peuple au président de la république aérienne de Saint-Marin, le tour en sera fait en moins de temps que n'en prendrait un acte de contrition mentale. Néanmoins, telle qu'elle est, c'est ici qu'échappant au tumulte des fêtes, à la fatigue des plaisirs, à cette foule de Majestés et d'Altesses, je jouis enfin de moi-même. Ici je viens prendre un bain d'air et puiser de nouvelles forces que je dépense chaque soir dans les joies incessantes du Congrès. »
Au bout du jardin, ouvrant la porte d'un pavillon suspendu sur le Danube, où l'on découvre Vienne dans toute son étendue :
« C'est d'ici, me dit-il, que Jean Sobieski s'élança à la tête de ses braves Polonais, et, avec moins de trente mille hommes, sauva l'empire en culbutant toutes les forces ottomanes commandées par le grand visir Kara- Mustapha. Le coup d'œil de ce héros était si rapide et si sûr, qu'à la vue des dispositions ennemies, il dit froidement aux généraux qui l'entouraient qu'elles
étaient mauvaises et qu'il battrait infailliblement l'ennemi. On ne pouvait pas dire de lui ce que Ton dit vulgairement des rois : quand ils ont assisté de loin à une bataille, on proclame qu'ils Font gagnée en personne : en personne d'accord, mais non en présence, Sobieski les gagnait et en présence et en personne.
Que j'aime la lettre qu'il écrivait à la reine, sa femme, le lendemain de sa victoire, et qu'il data de la tente même du grand vizir ! Quelle vraie grandeur sans fausse modestie dans ces mots : « Que la chrétienté se réjouisse et rende grâces au Seigneur ; les infidèles ne pourront plus dire en nous insultant : Où est votre Dieu maintenant? »
Sobieski possédait un des plus grands talents du général d'armée : il savait inspirer la confiance à ses troupes. La cavalerie polonaise, accourue au secours de Vienne, avait l'air martial ; montée sur les plus beaux chevaux, elle portait les plus riches armes. Mais il n'en était pas de même de l'infanterie : un régiment de cette arme, particulièrement, était dans un état de dénûment tel que le prince Lubomirski conseilla au roi de ne lui faire passer le Danube qu'à la nuit pour l'honneur de la nation. Mais Sobieski répondit en souriant : « Tels que vous les voyez, ils sont invincibles ; ils ont juré de ne se servir que de vêtements conquis sur l'ennemi. » Dans la dernière guerre, ils ne portaient que des habits turcs.
Si le mot n'habilla pas les soldats, il fit mieux ; il courut de rang en rang : le régiment fit des prodiges de valeur.
Vous savez comment, après ce brillant fait d'armes, qui fut le signal de la délivrance de Vienne, on appliqua au héros polonais, ce que le pape Pie V avait dit de don Juan d'Autriche après la bataille de Lépante:
Il fut un homme envoyé de Dieu, nommé Jean,
— Oh ! l'admirable citation !
— L'Autriche avait sans doute oublié l'application de cette sentence reconnaissante, mon prince, quand