LES TROIS GRACES DE COURLANDE Î
La chanoinesse Kinsky, chez laquelle un air de bonté facile répand encore du charme sur des traits auxquels le temps a déjà ravi quelque chose.
Les princesses de Courlande : cette belle duchesse de Sagan, passionnée pour tout ce qui présente de l'héroïsme et de la grandeur; son extrême beauté n*est que le moindre de se? agréments. Sa sœur, la comtesse Edmond de Périgord, dont la démarche, les gestes, l'attitude, le son de voix forment un ensemble qui offre je ne sais quoi d'enchanteur. Elle a sur sa figure et dans toute sa personne ce charme irrésistible sans lequel la beauté la plus parfaite est sans pouvoir. C'est une fleur qui semble ignorer le parfum qu'elle exhale. Enfin, la dernière (de ces trois Grâces de Courlande, la charmante duchesse d'Escherenza, qui réunit en elle tout ce que nous admirons dans les deuic autres.
Sur le second plan, Walmoden, aujourd'hui feldmaréchal, qui, malgré ses succès, est toujours resté simple et bienveillant. C'est aussi ce qu'on peut dire du prince de Hesse-Hombourg ; la gloire militaire ne l'a pas enorgueilli ; chez lui, une affectueuse bonté tempère des manières nobles et imposantes.
— Oui, le prince Philippe est un des hommes que le sarcasme ni la malignité ne sauraient atteindre. Dans l'intimité, il est aussi distingué par les nobles qualités du cœur, qu'il l'est sur les champs de bataille par sa brillante valeur et son coup d'œil exercé.
— Reuss est dans les nuages : je n'ai pas la prétention de l'y suivre. N'ayant pas voyagé, il a peu vu ; aussi, prend-il son imagination pour de l'instruction, l'envie de savoir pour de la science, l'obscurité pour de la finesse. Enfin il prouve qu'avec de l'esprit et le germe des talents on se rend souvent insupportable dans la société par de légers défauts qui s'y font sentir à tous moments.
Remarquez, près des princesses de Courlande, le prince de Lichtenstein, aussi à l'aise dans un salon que sur le champ de bataille; on l'appelle le prince monstre. Mais je vous assure que c'est un A^or qui a trouvé bien
des Zémires. Il compte autant de succès auprès des femmes que de palmes à l'armée.
Le duc d'Escherenza, heureux mari d'une femme ravissante, est un de ces mortels qui, comme dit Figaro, se sont donné la peine de naître. A tout prendre, ce n'est pas un mauvais lot.
De Gentz a tous les secrets de l'Europe : il en aura bientôt toutes les décorations. C'est une des voix de cet être silencieux qu'on appelle le gouvernement autrichien ; peut-être, avec ses manifestes, ses journaux et ses proclamations, a-t-il été aussi redoutable à Napoléon que les glaces de la Russie. Mais les honneurs et les cordons ne sont pas tout pour lui. Les souverains savent qu'il aime aussi l'argent ; ils lui en donnent à satiété. Accablé de travaux et d'affaires, blasé sur tous les plaisirs, de Gentz cherche à s'étourdir en se précipitant dans le tourbillon du monde. Ce n'est pas là qu'il trouvera le bonheur.
^Ferdinand de Palfi a de l'esprit comme un lutin; son cousin François a de l'or comme un Pactole. Le premier joue, gagne, et de son gain, a fait bâtir un magnifique hôtel qu'on appelle le château de cartes. Il y reçoit ses amis avec cette joyeuse figure que vous lui vovez ; et ses amis sont nombreux. François est beau parmi les beaux ; prodigue avec les femmes, il en est adoré. Tous deux aussi, on peut le dire, sont nés sous une heureuse étoile.
Le prince Paul Esterhazy est bon et affectueux, mais un peu froid. Celui-là encore n'a qu'à se laisser vivre. A coup sûr, il a un avenir unique. Je demandais hier à Malfati comment son père, le prince Nicolas, qui n'est plus très jeune, peut, sans inconvénient pour sa santé, résister à ce torrent de plaisirs : « C'est le bonheur qui le soutient », m'a répondu le médecin. Le bonheur à cette manière n'est pas encore au nombre des prescriptions médicales, malheureusement. »
Au moment où le baron achevait ses portraits, on servit le souper.
On parla du grand carrousel impérial qui devait avoir