LES JEUX DE PISE
de tout genre qui les signalaient les avaient fait abolir : on avait eu beaucoup de peine à obtenir pour celui-ci la permission de la reine.
On ne sait pas précisément à quelle époque fixer Forigine, de cette lutte qu'on a qualifiée de jeu quoiqu'elle pût à bon droit passer pour une véritable bataille. Néanmoins, elle doit être d'une haute antiquité : d'origine grecque, selon quelques-uns, elle remonte jusqu'aux jeux olympiques. Dans les chroniques anciennes de leur ville, disent les Pisans, on lit encore les noms de quelques champions de sainte Marie, qui firent partie du contingent envoyé par cette république aux croisades. De nos jours, Alfiéri a célébré poétiquement cette image des luttes chevaleresques avec leurs périls et leurs passions.
La ville de Pise est traversée par l'Arno. Un beau pont de marbre est construit sur ce fleuve et lie les deux quartiers de la ville : l'un est sous la protection de sainte Marie, l'autre sous celle de saint Antoine. Quand jadis on célébrait ces jeux, trois cents champions étaient choisis de chaque côté pour soutenir sur ce pont la prééminence de la bannière de leur patron. Ces preux improvisés étaient toujours les jeunes gens les plus forts, les plus braves et les plus adroits de leur quartier.
On les revêtait d'armures semblables à celles que portaient leurs ancêtres aux temps brillants de la république. Exercés longtemps d'avance par des chefs expérimentés, ils se préparaient aux manœuvres d'attaque et de défense. Une cuirasse massive, un casque, des brassards, des cuissarts en acier, étaient leurs armes
étaient réunis aux domaines de la France dans le Piémont. Le roi Louis étant mort en i8o3, sa veuve, Marie-Louise d'Espagne, régna, au nom de son fils Louis IL En décembre 1807, TEtrurie était cédée en échange du nouveau royaume de Lusitanie; quelques mois après, elle formait trois départements français placés sous le gouvernement d'Elisa Napoléon devenue grande-duchesse de Toscane. Voir l'excellent livre de M. P. Marmottan, le Royaume d'Etrurie, Ollendorf 1 896, Elisa Napoléon en Italie, par M. E. Rodocanachi, Flammarion 1900, et Carnet historique et littéraire, i()oo.
défensives ; Toffensive consistait en une sorte de massue en bois dur de trois pieds de haut : un coUp porté avec force ou adresse suffisait pour mettre un adversaire hors de combat.
Une barrière abattue au milieu du pont séparait les deux troupe. Lorsque trois heures sonnaient à la cathédrale, un coup de canon donnait le signal : la barrière était aussitôt levée. Alors au son d'une bruyante musique militaire, le combat s'engageait, les coups pressés des massues faisaient retentir l'airain des cuirasses et des casques. Ce jeu, presque barbare comme les temps qui le virent naître, durait trois quarts d'heure. Un deuxième coup de canon retentissait : la barrière s'abaissait, et celui des deux partis qui avaient repoussé l'autre hors de sa limite, n'eût-ce été que d'un pied, était proclamé vainqueur. Des cris d'allégresse se faisaient entendre sur la rive victorieuse, pendant qu'un morne silence attestait sur la rive vaincue sa défaite et sa honte.
En i8o5, je me trouvais à Pise : grâce à quelques amis et à l'obligeance courtoise de M. d'Aubusson de la Feuillade (i), ambassadeur de France, je pus être témoin de cette fête extraordinaire.
Elle avait été annoncée dans toute l'Italie quelques semaines avant sa célébration. Cet appel n'avait pas été infructueux. A la nouvelle de cette lutte, offerte au courage, à l'adresse et à la force, on vit accourir de tous les points des combattants qui avaient acquis une réputation de bravoure ou de vigueur herculéenne. On en citait un de la Calabre, d'autres d'Ancône et de Gênes, des Transteverins de Rome, et jusqu^à un professeur de la docte université de Padoue, qui passait pour l'homme le plus robuste de l'Italie.
Des personnages appartenant aux plus hautes classes
(i) Descendant du célèbre maréchal d'Aubusson La Feuillade. Le nom s'est éteint quant aux mâles. La dernière des La Feuillade est Madame la duchesse de BaufFremont. Voir dans le Carnet historique et littéraire de février à juillet igoo, la Correspondance diplomatique de M. de la Feuillade, Locuments sur le royaume d'Etriirie.