‹ Souvenirs du Congres de Vienne, 1814-1815Chapitre 97 sur 156 · NELSON A COPENHAGUE · texte numérisé non relu

NELSON A COPENHAGUE

fois par un enthousiasme de respect et d'admiration le rire moqueur du parc de Fredericksberg!

Vous connaissez Tissue de cette action : les Danois s'y couvrirent de gloire, mais le carnage fut affreux. Plus de six mille hommes y périrent. Le feu était partout : bourgeois, soldats, étudiants, tous s'attelaient aux pompes, amenaient des tonneaux remplis d'eau, se précipitaient sur les flammes que rien ne pouvait éteindre. Enfin, Nelson, pour arrêter l'effusion du sang et prévenir l'entière destruction de Copenhague, dépêcha un parlementaire au prince royal.

Le prince envoya promptement sa réponse : soudain ce drame sanglant, qui avait la ville et la rade pour théâtre, interrompit son action meurtrière. Nelson vint à terre, et se rendit au palais à travers une population exaspérée. Lui, calme et fier, marchait comme s'il eût encore commandé sur son bord. Suivant ses pas, je me frayai un chemin dans la foule, et pénétrai avec lui jusque dans Tinténeur des appartements. Le prince royal le conduisit à son père, que la perte de sa raison empêchait du moins de connaître et d'apprécier les désastres de la capitale.

Sous la loi de l'impérieuse nécessité, les conditions imposées par l'Angleterre furent acceptées. Le traité offensif et défensif entre le Danemark, la Suède et la Russie fut résilié. Si, dans le combat, le prince royal avait été admirable de courage et de sang froid, dans ces conférences il fut également noble et digne.

Depuis lors, Frédéric (j) est monté sur le trône ; et quoique, à côté des vastes États qui se sont formés de toutes parts, le Danemark ne soit guère maintenant qu'une grande et belle seigneurie, armoriée d'une couronne royale, tant d'événements divers n'ont pas ôté la mémoire à cet excellent prince. Vous le voye^, il a conservé le souvenir d'une circonstance frivole en apparence, mais qui cependant, bien importante dans ma vie, est impérissable dans mon souvenir.

(i) Rpgcnt depuis 1784, il devint Roi en 1808.

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