CHAPITRE XV
Cérémonie funèbre pour l'anniversaire de la mort de Louis XVf. — Réunion chez M. de Talleyrand. — Discussion au sujet de la Saxe et de la Pologne. — Ordre du jour du grand-duc Constantin. — Un factum de M. Pozzo di Borgo. — Partie de traîneaux. — Spectacle et fête au château de Schœnbrunn. — Le prince Eugène. — Souvenir de la reine Hortense. — L'impératrice Marie-Louise à la vallée de Sainte-Hélène. — Deuxième partie de traîneaux. — Rencontre d'un convoi.
Une imposante cérémonie vint enfin apporter une trêve à ces divertissements. Vingt-deux ans s'étaient écoulés depuis que l'infortuné Louis XVI avait poné sa tête sur l'échafaud, et sa mémoire n'avait pas encore reçu l'expiation d'un deuil solennel et public. Au moment où tous ces rois réunis travaillaient de concert à la paix de l'Europe, ils ne pouvaient manquer de protester, par une éclatante manifestation contre un attentat qui, en ébranlant leurs trônes, semblait avoir été le signal de cette guerre désastreuse. Aussi, quand M. de Talleyrand, comme chef de la légation française, sollicita l'agrément du gouvernement autrichien pour faire célébrer un service funèbre lors du néfaste anniversaire du 21 janvier, sa demande fut-elle accueillie avec un douloureux empressement. Bien plus, l'empereur François voulut^ que cette cérémonie eût lieu dans la cathédrale de Saint-Etienne, qu'elle fût environnée d'une pompe extraordinaire, et que les dépenses en fussent supportées par le trésor impérial.
MM. Isabey et Moreau furent chargés de faire tous les dessins et de diriger les préparatifs. Conformément au vœu de l'empereur, ils y déployèrent la plus grande magnificence et cet éclat funéraire qui accompagne les obsèques des rois. Au centre de la vieille basilique, s'élevait, à une hauteur de soixante pieds, un immense baldaquin orné des attributs de la royauté. Quatre