‹ Souvenirs du général comte de Rumigny, aide de camp du roi Louis-PhilippeChapitre 24 sur 50 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

M"e BOURGOIN ET NAPOLÉON. — L'ÉPUISEMENT DE l'aRMÉE

EST AU comble; on la licencie. LE MARÉCHAL

BRUNE ET TRESTAILLON. — LOUIS XVIII MONTRE UNE ÉNERGIE ROYALE. RUMIGNY EN DEMI-SOLDE PRO- JETTE DE COMPLÉTER SON INSTRUCTION. • — IL EST ADMIS PAR LE DUC d'ORLÉANS COMME AIDE DE CAMP.

Lorsque le roi Louis XVIII fit sa seconde entrée à Paris, j'étais sur le boulevard au coin de la rue Montmartre.

M"^ Bourgoin, la belle actrice du Théâtre-Français, était au balcon de la maison sous laquelle je me trouvais avec un camarade d'armée. M^^^ Bourgoin était très jolie et connue pour son royalisme exalté et pour sa haine contre l'Empereur. Cette haine avait, dit-on, pour origine la manière dont elle avait été traitée par quelques grands seigneurs de sa Cour. Au retour de l'Ile d'Elbe, elle avait tenu les propos les plus aigres contre le vainqueur du jour, et ses paroles, commentées par la police, avaient été dites à l'Empereur. Il résolut donc une petite vengeance, qui porta au dernier degré la haine de l'actrice. Pendant les Cent-Jours, Napoléon fit demander M^^® Bourgoin. Elle arriva le soir aux Tuileries; elle coucha dans la chambre qui est en haut de l'escalier des appartements et qui aboutit au deuxième étage du château. Vers une heure du matin, l'Em^pereur, qui avait feint d'oublier la belle, arriva dans sa chambre, la regarda assez longuement sans parler; puis, haussant les épaules, il la quitta en disant :

« Ce n'est que cela ! Il ne valait pas la peine de faire tant la renchérie ! »

Cette anecdote, qui amusa tout le monde, explique bien

la rancune d'une personne haliituée à tous les hommages, et que renijicrcur Alexandre avait trouvée très à son gré à Erfurt et à Paris.

iVr^^ Bourgoin, en voyant sous le balcon deux officiers en qui, à leur teint bronzé et à leurs décorations sans lys, elle reconnut des officiers de Waterloo, des « demi-solde » sans doute, nous fit, avec la main et le visage, un signe de profond nu'i^ris.

Nous ri})Ostâmes par un léger coup de sifllet, et peu s'en fallut que nous ne fussions maltraités par la foule.

Malgré tout ce (juc l'on a pu écrire et dire, il est évident qu'au retour de Louis XVI II, toute la j ojmlation de Paris, sauf quel([ues excej.tions, était heureuse et voyait lA un gage de calme ];our l'avenir.

Le liconcioment de l'armée s'était fait sans la moindre opposition; jamais soumission n'a été plus comjdète aux décrets de la Providence. L'armée en rentrant dans la nation y j orla cependant le culte des souvenirs et ce levain de Bonapailism.e qui a donné souvent de n\auvais jours à la Royauté.

L'orgueil naturel aux hommes de guerre ne pouvait se pt'nétrer de l'idée (jue Na].ol«'on avait con\mis de grandes fautes; pas un soldat ne croyait à une défaite suite de mauvai:ies combinaisons. Us avaient vu dans celles de Leipsig, de 1814, et de Waterloo, unicjueinent la trahison. Ce mot est le voile qui aveugle les croyants en palliant les fautes de l'idole, et l'illusion qu'il crée ex})li([ue l'attachement au nom de Napoléon, et le fanatisme des anciens soldats qui ont survécu aux longues cam])agnes de 1794 h 1815. Les officiers supérieurs ne jiartagcaient pas cette oj.inion. Souvent, en 1814, on entendait dire : « Bravo ! encore une victoire ! mais si l'Enipereur ne fait j>as la paix, un beau jour, après la victoire, nous nous en irons chacun chez nous, avec une blouse et un bonnet de coton, car il n'y aura plus j ersonnc ))Our ranaasser les lauriers ! » L'éj)uisement de l'amure était à son comble, chaque combat la diminuait dans une j)roj<ortion effrayante. De recensement, il n'était plus question, la race était presque éteinte.

Dans le midi de la France, il y eut des actions dé])lorable-. Ainsi, lorsque la garnison de Marseille reçut avis

de son licenciement, on lui donna ordre de quitter les forts Saint-Jean et 9.utres. Ensuite, on lui demanda ses drapeaux, elle les livra. Le lendemain, on demanda ses fusils, en disant que les royalistes s'elïraieraient de voir des armes dans les mains d'une armée commandée par les officiers de l'Empereur vaincu. Par une faiblesse inouïe, on livra les armes.

La garnison reçut ordre de se rendre à Toulon, et lorsqu'elle se soumettait entièrement en prenant la route de Toulon, elle fut attaquée sans ordres. La populace de Marseille excitée se rua sur les femmes et les derniers mamelucks et les tua, les pilla. Poursuivant par-dessus les murs qui bordent la grande route les régiments désarmés, elle massacra un grand nombre de soldats.

Jusqu'à Aubagne les survivants furent traqués, indignement mis à mort, et leurs restes outragés.

Le massacre eut lieu sans que M. de Vitrolles (1) eût été vu entre les victimes et les égorgeurs. Son nom doit donc être voué à l'exécration. Tout le monde sait l'horrible fin du maréchal Brune. Après le licenciement de l'armée du Midi, il arriva à Avignon. Sa présence excita une grande fermentation dans la populace; il y eut des rassemblements. Aussi quelques personnes conseillèrent-elles au maréchal de ne pas rester dans la ville et de partir en se déguisant.

Brune refusa : «J'ai fait ma soumission, dit-il, que veut-on de plus? »

Au milieu de la nuit, la maison est attaquée par la bande de Trestaillon, le maréchal résiste avec les personnes qui l'accompagnent. Un homme se laisse glisser par la cheminée, ouvre à la bande des forcenés. Ceux-ci pénètrent dans l'hôtel, prennent le maréchal et l'égorgent avec la dernière barbarie.

Ces événements portèrent la rage dans les cœurs des vieux soldats; beaucoup voulaient que l'on prît les armes, mais force fut de se soumettre, et d'ailleurs, il faut le reconnaître pour être juste envers la Restauration, on donna des ordres pour réprimer ces excès; ils furent donc

(1) C'est lui qui exerçait l'autorité dans le Midi.

120 SOVVEMRS DU GÉNÉBAL DE RUMIGyv

partiels. Nous autres officiers supérieurs, on nous renvoya avec certaines formes, et on nous engagea à quitter Paris. Je me retirai dans la Somme, chez mon père, à Anciens. J'y fus témoin d'une chose assez curieuse pour que je la raconte :

Le prince de Salm, gendre du duc d'Havre, capitaine d'une compagnie des gardes du corps, n'avait jamais ser\i dans aucune armée. 11 arriva h Amiens avec des officiers d'état-major et des aides de camp, tellement nombreux qu'on ne savait où les loger. Tous se mirent à acheter des épaulettes de capitaine, de lieutenant, etc., mais de soldats, pas un seul. La ville fut inondée de ces uniformes chamarrés. Le prince ne se montrait qu'entouré de ce brillant et grotesque état-major. Rien n'était }dus comique; on les rencontrait par petites bandes avec des sabres énormes, se promenant comme s'ils eussent été les vainqueurs du monde.

La ville leur offrit des fêtes et des bals qui semblaient insulter à la misère publique, car les chers Alliés coûtaient des sommes énormes, et ils enlevaient nos trophées avec notre argent. Louis XVIII fit alors un acte de vigueur, qui eut un certain retentissement parmi nous.

Il s'o})posa avec une grande énergie ^ la destruction du pont d'iéna, que Blùcher voulait faire sauter, en révolte du nom qu'il portait, comme si la mine du pont eût pu faire oublier les malheurs de la Prusse et les victoires de Napoléon !

La France possède de telles ressources que peu d'années suffisent pour effacer toute trace extérieure de guerre et de pillage; mais les services individuels oubliés, méconnus, les pertes de famille ne se réparent pas aussi prom}>tement, et les longues guerres laissent l'âme triste et douloureuse. La France respira cependant. En mtMue temps, les soins du gouvernement tendirent à combler les vides laissés dans le trésor par les événen\ents des Cent-Jours.

Les malheurs de 1814 n'avaient pas porté le désordre dans les finances, et deux années de paix auraient réparé les dépenses onéreuses de la défaite; mais les énormes consommations de 1815, les contributions de guerre, la nourriture des troupes étrangères, furent des plaies profondes dont on ne sondait pas les abîmes sans frémir. Une sage liberté,

des dépenses modérées et, il faut le dire, l'économie du gouvernement comblèrent peu à peu les déficits. La nation, au bout de quelques années, se souvenait encore des maux que nous avions soufferts; mais les finances étaient en bon état. La condition de l'armée ancienne fut triste, il est vrai, et ceux qui souffrent sont rarement justes dans leurs récriminations. Nous étions à demi-solde, nos grades dans certains cas furent contestés, et je fus de ceux, nombreux, qui étaient condamnés à perdre les épaulettes qu'ils portaient pendant les Cent-Jours, ou à la fm de 1814.

J'avais été nommé colonel à Fontainebleau par l'empereur Napoléon. Je m'étais, en effet, heureusement distingué à la bataille de Montereau, et le général Gérard avait demandé pour moi le grade de colonel. A Fontainebleau, on faisait des nominations; mais le corps du général Gérard avait tout d'abord été oublié par le prince Berthier, lorsque le général s'en plaignit amèrement. En effet, le 11® et le 2® coi'ps d'armée, mis sous les ordres du général Gérard, avaient agi seuls avec la Garde, à cette dernière de nos victoires.

Le 5 avril au matin, on nous envoya enfin nos brevets. Le gouvernement de Louis XVIII refusa de les reconnaître. Il arrêtait son consentement à ce qu'il avait ratifié le 4 au soir. Cette triste mesure, qui atteignait environ 40 h 50 officiers au plus, servit de texte aux plus furibondes réclamations. J'en souffrais, mais je le supportais avec courage malgré mon chagrin. Je me retirai h la campagne. Quant au général Gérard, il alla pour quelque temps en Belgique. Mon parti fut bientôt pris, je me décidai à compléter mon instruction scientifique, tout h fait manquée par suite de mon entrée au service avant l'âge de seize ans. Je revins à Paris, où je restai tant que mes moyens pécuniaires me le permirent, pour y suivre des cours de géologie, de médecine, de physique, de chimie, etc..

Je trouvai une source infinie de jouissances dans ce travail intellectuel, que j'ignorais presque. Je me préparais à voyager, à utiliser mon peu de connaissances pour le bien de mon pays; je fus sur le point de partir pour la Chine avec M. de Sainte-Croix, qui avait une niission du gouvernement.

Allard, qui devint ensuite général de Ruindjeksingh, roi de Lahore, me proposa de m'emmener avec lui. Je n'étais jtas ]>rét alors et je croyais devoir étudier encore un an avant de tenter les aventures. Je passai ainsi 1816 chez mon ].ère, à Rumigny.

En 1817, je reçus un ordre de me rendre h Paris et de me présenter au ministère de la Guerre. Le ministre était le maréchal Gouvion-Saint-Cyr, et le chef du personnel le général Saint-Alphonse, ancien aide de camp de Bernadotte et ami intime du général Gérard.

On cherchait alors .'i reprendre tous les officiers qui avaient quel([ue réputation et rexju'rience de la guerre. A Paris, je rencontrai le général Albert, premier aide de camp du duc d'Orléans. Ce Prince était entouré de bons officiers appartenant tous à l'armée ancienne. Albert, avec lequel j'avais fait la guerre, quoiqu'il fût bien plus ancien que moi, me proposa de me présenter au duc d'Orléans et de solliciter pour moi une place vacante d'aide de camj>.

J'acceptai, mais par avance je me rendis au ministère de la Guerre en bourgeois. Je n'avais pas mis d'uniforme depuis qu'on no me reconnaissait plus le grade gagné sur les chamjs de })ataille. Le maréchal Gouvion-Saint-Cyr me fit très bon accueil, il me dcn\anda pourcjuoi je ne rej renais pas de service.

« Parce que je suis décidé à quitter l'armée et à aller en pays étranger.

■ — Avez-vous quelque sujet de mécontentement?

— Certes. On m'a refusé le grade gagné à la I)ataille de ^^ontercau. »

Le maréchal consulte mon dossier et répond : « Et si on vous le rend?

— Alors, je réfléchirai.

-- Eh Idcn ! allez ni'altendrc chez le général Saint- Alj^honse. »

11 se rendait aux Tuileries. Une heure après, le général Saint-Alj)honse me conduisait au cal)inet du ministre :

« Le Roi m'a refusé absolument, me dit celui-ci, j'en suis désolé. Mais il ni'a dit : « Que M. de Rumigny entre au « service, et je ne le ferai pas attendre. »

Le ministre me congédia en me priant de revenir dans deux jours. Je fus à l'audience du duc d'Orléans, présenté par mes anciens camarades, le général Albert, Athalin et Saint-Aldegonde, ses aides de camp.

Le Prince me reçut avec cette bonté qui ne le quittait jamais; il me parla de mes campagnes et me laissa conquis. Albert me dit en sortant que le Prince comptait me demander au Roi. Gela eut lieu effectivement; Louis XVIII répondit qu'il me mettrait auprès du Prince lorsque j e serais passé par l'armée, que j'étais un soldat de Waterloo... Je retournai au ministère et je repris du service comme chef de bataillon, avec la promesse d'être nommé lieutenant-colonel à la première occasion. Trois jours après j'étais incorporé dans la légion de la Mayenne, au 51® de ligne. Je me rendis à Cherbourg, à la grande joie de ma famille.

Voici ce qu'était alors l'armée, reformée depuis les Cent- Jours.

Nouvelle armée.

L'État-Major de l'armée comptait dans ses rangs des officiers généraux de mérite, tels que le maréchal Gouvion- Saint-Gyr, le duc de Feltre (Glarke), le duc de Bellune (Victor), Maison, le duc de Raguse (Marmont), et plusieurs généraux de division. Mais au milieu de ces hommes de guerre se trouvaient un grand nombre de généraux improvisés, que Louis XVIII ne pouvait pas repousser, mais qui étaient impropres à tout service militaire. Plusieurs des Vendéens étaient bons pour manier des paysans du bocage et de la Bretagne, mais quelques-uns seulement étaient aptes à commander des troupes comme les nôtres ( 1). Comme esprit, les régiments étaient presque tous scindés en deux fractions, par l'amalgame que l'on avait voulu faire des anciens militaires et des nouveaux admis. Dans

(1) Le général de Rumigny est injuste : les Vendéens avaient d'excellents chefs. Le général d'Andigné sur la rive droite de la Loire rendit les plus grands services lors de l'occupation prussienne et se montra habile, non seulement comme militaire, mais aussi comme diplomate. En toute circonstance, il fut loyal, et intransigeant avec sa conscience, bien qu'il souffrît de certaines mesures injustes prises par le Roi à l'égard de ses Vendéens, dont les retraites et indemnités de guerre étaient moindres que colles accordées aux soldats de l'Empire.

lu SOUVENIRS DU GÉNÉRAL DE RUMIGNY

le régiment de ligne où je fus envoyé, la nnoitié des officiers sortaient des chouans, l'autre moitié des rangs de l'armée. Les premiers étaient presque tous des jeunes gens indisciplinés, méfiants à rencontre de leurs camarades de l'armée de carrière, et il est étonnant que l'on ait pu conseil er (juelque union dans une pareille composition d'hommes.

Le colonel du 51^ se nommait de la Poterie. C'était un gros \ ivcur, homme très loyal, intelligent, mais peu militaire. Il avait été l'ami de Georges Cadoudal et chef des chouans ])en(lant dix ans.

11 avait une grande confiance en moi; je crois lui avoir rendu de bons ser\ ices. Il se })laignait souvent à moi de la conduite des officiers sortis des guerres civiles, et il n'avait aucune confiance en eux à cause de leur amour de boire outre mesure.

Les jeunes gens qui, heureusement ]iOur eux, étaient devenus sou<=-officiers, apprenaient leur métier, et quelquesuns sont devenus d'excellents officiers. Ce que l'on aurait peine à croire était l'ivrognerie qui dévorait ces hommes, qui, cependant. ap])artenaient aux meilleures familles du pays. Tous les régiments étaient à peu près dans le même cas, il est curieux d'ol)server d'autre jiart (juc ces régiments faisaient à peu j)rès leur devoir.

Les armes spéciales, telles que l'artillerie et le génie, subirent queUjues changements à la suite des inspections générales. On diminua le nombre des batteries, on réduisit le génie, mais il y eut ])eu de mutations dans le personnel. La formation de la garde royale fut plus tard une bonne opération. Klle donna un noyau de bonnes et belles troupes qui de\inrciit très remarqual)les en j^eu de temjis. Ouant aux gardes du corps, c'est une mauvaise institution. Ils avaient été mal formés; il aurait fallu en faire un corps d'élite pris dans la garde et l'armée, le constituer en un seul régiment de (juatre cents chevaux et y introduire les jeunes gens destinés à être officiers dans la cavalerie et pris parmi les sous-officiers. Gela aurait suffi. Quatre compagnies commandées par des grands seigneurs seront toujours un objet de haine et de jalousie j.our l'armée, (jui, malgré la hiérarchie, est un milieu d'égalité en matière de ser\ ice.

On y tolère l'avancement mérité, mais la course aux grades et les avancements de faveur y portent la désaffection et le mépris.

Gouvion-Saint-Gyr rendit d'immenses services. Quoique sa formation des légions ne fût pas bonne, elle a produit de bons effets dans le premier moment. On appelait dans les rangs tous les hommes qui voulaient se rallier à la Royauté.

En 1817 et 1818, il n'y eut pas de conspiration dans l'armée et très peu dans le pays. Les seuls conspirateurs étaient les bonapartistes, et encore, parmi eux, ceux qui sincèrement regrettaient l'Empire. Un très petit nombre se joignit aux mécontents politiques. Gela explique l'isolement du général Berton et de ses complices lors de la conspiration de La Rochelle. Toutes les tentatives faites pour soulever les régiments ont échoué, parce que ce n'était là ni le vœu de la France, ni la nécessité du pays. Lafayette, Benjamin Constant, l'abbé de Gourpière, de Gorcelle père, Dupont de l'Eure, auraient bien voulu faire un essai de République; mais l'idée était alors très peu populaire. Tous leurs efforts se bornaient à demander les libertés les plus larges possible; ils en attendaient la réalisation de leur marotte et de leur ambition.

Manuel était un de leurs apôtres les plus fervents.

Le langage de tous ces députés n'était alors que parlementaire. Plus tard, il devint factieux, signe avant-coureur des révolutions. Ge fut vers 1820 que j'entendis pour la première fois parler de conspiration. Le carbonarisme commençait alors, et il se ghssait peu à peu dans toutes les classes de la société.

Pour recruter des affiliés, les adeptes se présentaient comme quêteurs ayant pour but d'assister des hommes compromis, obhgés de se cacher, ou comme des prêtres demandant des souscriptions. Des sots se laissaient prendre h leurs doléances. Une très faible partie de l'argent arrivait à destination. En général, alors comme aujourd'hui, les gens qui se chargent de ces sortes d'affaires sont presque toujours plus ou moins véreux.

Geux qui travaillaient à former des associations politiques contraires au gouvernement étaient tous des émissaires du

grand Comité de Paris, à la tête duquel étaient Lafayette, Dupont de l'Eure, Laffitte, Voyer d'Argenson, et des auxiliaires moins y)uissants, moins connus et jdus agi^^sants. Lors<iue le carbonarisme })rit de la consistance, les consjdrations cessèrent d'être exclusivement bonapartistes... Elles devinrent libérales, et ce fut alors ({u'elles firent de nombreux partisans.

Page 1