‹ Souvenirs du général comte de Rumigny, aide de camp du roi Louis-PhilippeChapitre 25 sur 50 · UNION DE LA FAMILLE ROYALE. — SA VIE INTIME · texte numérisé non relu

UNION DE LA FAMILLE ROYALE. — SA VIE INTIME

En 1818, je devins aide de camp du Duc d'Orléans avec le grade de lieutenant-colonel, et j'entrai alors dans la maison du plus excellent et du plus parfait des hommes et des princes (1).

J'ai suivi sa bonne et sa mauvaise fortune avec constance, et mon cœur a été toujours heureux de ce que j'ai pu faire pour mériter ses bontés. La maison du Duc se composait alors du général Albert, du colonel du génie Athalin, ancien officier d'ordonnance de l'Empereur, du comte Camille de Saint-Aldegonde, ancien officier d'artillerie

(1) En 1791, le Duc d'Orléans — alors Duc de Chartres et depuis Roi de France — était à Vendôme avec le régiment de dragons dont il était colonel. Le jour de la Fête-Dieu — le 23 juin — il sauva de la mort deux prêtres insermentés qui avaient tenu des discours de révolte au moment du passage de la procession. Le peuple voulait les pendre sur-le-champ. Ils n'eurent que le temps de se réfugier daus une maison dont bientôt les portes furent brisées. Le Prince voit le danger, fend la foule, pénètre dans le précaire abri des deux imprudents et en sort avec eux, le» tenant par la main. Il demande grâce, l'obtient à condition qu'ils sortiront à l'instant de la ville. Le Duc les accompagne; plusieurs de ses dragons veulent lui faire escorte, mais lui se tourne vers les soldats et dit simplement : « Déposez vos armes, j'ai confiance dans la parole des citoyens de Vendôme. » A l'approche du pont, une bande de forcenés veut jeter les prêtres à l'eau. Quelques paroles du Prince les sauvent encore, mais plus loin des paysans armés se ruent sur la petite troupe sans vouloir rien écouter : « Allons, dit le Duc, je vais les ramener en prison. » Et toujours sans les abandonner, le jeune colonel reconduit ses protégés à la ville et ne les quitte qu'après leur avoir donné une t)onne et sûre garde, qui les sauva de la mort.

La municipalité alla remercier le Prince et consigna sa belle conduite dans un procès-verbal.

En 1789, il avait été question d'un mariage entre lui et Madame Royale.

et aide de camp dja maréchal Ney, et enfin de Raoul de Montmorency, chef d'escadron, qui a^•ait fait les dernières campagnes de l'Empire auprès du prince d'Eckmûhl. Nous étions tous d'anciennes connaissances d'armée, et je fus accueilli comme un frère. L'union la plus complète régnait dans cette maison princière, et tous les officiers étaient bientôt admis dans l'intimité de la famille. L'usage de la maison était que le Prince, la Duchesse d'Orléans et Mme Adélaïde, sa sœur, déjeunassent et dînassent ensemble avec toutes leurs dames et tous leurs officiers de service. La Duchesse d'Orléans avait pour dame d'honneur la marquise de Nérac, femme du marquis, gentilhomme de la chambre du Roi.

Cette dame, âgée déjà, souffrant d'un cancer au sein, dont elle est morte quelques années [Ans tard, était un modèle de bonté et de vertu. La deuxième dame était la marquise de Dolomieu. S. A. R. M"^^ Adélaïde avait pour dame la comtesse de Montjoie, sœur de la marquise de Dolomieu. La comtesse de Montjoie était chanoinesse de Remiremont, elle avait suivi la Princesse dans son séjour à Malte, où le Prince et sa sœur s'étaient rendus pour soigner le duc de Montpcnsier, leur frère, attaqui'* d'un mal de ]ioitrine que le séjour en Angleterre aggravait sans cesse. L'autre frère du Prince, le comte de Beaujolais, était mort en Angleterre de la même maladie. Le duc de Montpensier s'éloigna et vint mourir à Malte.

M™6 de Montjoie avait été la fidèle compagne de Son Altesse Royale, et elle a partagé toute sa vie le bien et le mal qui arrivait h sa bien-aimée princesse.

Le caractère du duc Louis-Phili])])e d'Orléans était naturellement d'une grande douceur et d'une grande bonté; cependant peu d'hommes étaient ])lus facilement excitables que lui, il se montait ra]ù(Ienaent, mais sa bonté lui faisait imj^oscr silence à son irritabilité, et personne n'était capable de plus d'attachen^ent et d'affection.

La vie du Duc d'Orléans avait été tellement ballottée, tellement accident/e, de])uis son Age adulte, qu'il avait contracté l'habitude de la réflexion et de la mesure dans ce qu'il faisait. Ses idées s'étaient formées au milieu des événements les plus extraordinaires. Né sous le gouvernement

absolu, il avait entendu et vu tout ce qui plus tard aboutit à la plus horrible des révolutions.

Il avait en horreur l'anarchie de 1793. Son penchant naturel le portait vers la liberté sage et l'amitié des gouvernements constitutionnels, quoiqu'il craignît les entraînements d'une opposition ardente. « Entre deux maux, disait-il, il faut choisir le moindre; malgré les dangers d'une liberté poussée un peu loin, je la préfère à l'autorité absolue, que je regarde comme le plus grand des malheurs, et pour celui qui l'exerce, et pour ceux qui y sont soumis. »

Souvent, dans les soirées du Palais Royal, lorsque, assis entre sa femme et sa sœur, il nous parlait à cœur ouvert, et nous racontait les événements déroulés sous ses yeux, il s'exprimait avec tant de charme et d'intérêt que nous trou- \ ions le temps trop court et l'heure de la retraite sonnait toujours trop tôt. On dit souvent que le Duc d'Orléans (Louis-Philippe) n'aimait pas la branche aînée de la famille. C'est une grave erreur, car il en parlait avec afïection, mais il savait Qu'entre le Roi et lui il y avait une foule de courtisans plus royalistes que le Roi, qui, ^mbus de l'opinion appelée ultra, lui avaient voué une haine profonde.

Ici se trouvaient encore des notes à peine rédigées, et un peu incohérentes, sur les événements de 1793. Pour en faire un tout, il eût fallu procéder à trop de retouches. Nous ne l'avons pas voulu. D'ailleurs, ce que le général relate de la Terreur, il n'en a pas été témoin oculaire, puisqu'il est né en 1789. Cela sort donc du cadre et même du titre des « Souvenirs ». La place en est ailleurs. Aussi, avons-nous cru devoir éliminer ces deux courtes pages, étrangères à notre publication.

A partir de la troisième partie, le caractère de ces Mémoires change. Ce n'est plus un récit à peu près continu des faits, mais une succession d'anecdotes ou de réflexions écrites au hasard du moment. Les dates que l'auteur inscrit Foigneusement sur chaque page permettent de les rattacher sans efTort à l'histoire proprement dite.

Nous nous garderons d'y intercaler des commentaires ou de surcharger le texte de notes fatigantes pour le lecteur. Les vues du général de Rumigny sur les choses de son

temps, particulièrement quand elles reflètent les passioni du jour, doivent lui rester personnelles. En tout cas, elles portent le cachet d'une sincérité indiscutable, qui ne doit pas étonner chez Rumigny, car c'est une belle figure d'honnête homme. A chacun de juger le fort et le faible de ses appréciations.

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