CHAPITRE II
ENCORE 1815. — CAPITULATION DE PA BRAVOURE DES GRECS. — DOM MIGU] — l'assassinat DU MINISTRE DE LUL DE POZZO Dl BORGO. — M. BOREL E' MELA.
C'est au général Bourmont que les Pri vables de leur salut dans la courte guei la catastrophe a été si extraordinaire. Le général arriva à Phili})peville; le 15 au i déserta. L'ordre de mouvement nous ai Nous marchâmes sur Le Ghâtelet, où i Sambre. Les Prussiens furent surj>ris (1 maient qu'ils ont été prévenus de grand vée de l'État-Major du général Bourmont marchait sur Charlcroi. Sans cela, nou Namur le 15 au soir; le 16, nous les écra de leur sortie des cantonnements, et il (
Ainsi la trahison nous a arraché la victoire, ( notre siècle est allé mourir empoisonné sur un une agonie de quatre ans, pendant laquelle le torturé au moral et au physique.
Un officier fut envoyé du quartier généri d'Eckmûhl à Savigny, quand l'armée marcha Sa mission était de se rendre auprès du du Il arriva chez le ministre à minuit, il était p lettre annonçant que le prince d'Eckmûhl i l'officier d'une communication verbale au non
Le duc d'Otrante joua l'armée et l'officier lui passer son sabre au travers du corps. L'ai hie, abandonnée, licenciée, et les ennemis, dé( d'alliés, furent les maîtres de notre triste p passa en 1815, après la capitulation de Parii général Guilleminot, ainsi que par Bourgeois, ( extérieures, le préfet de Paris, etc..
Je fus nommé par le prince d'Eckmiihl pour j les commissaires, mais les Prussiens m'ari avant-postes, et, à mon retour au quartier gêné rai Vichery, je manquai d'être assassiné pa; nationaux qui me prirent, et qui regardaient ciers supérieurs comme des traîtres.
Les Grecs ont pris Napoli di Romani de la m^
quinze Grecs de bonne volonté se présentèrent, les plus braves prirent deux échelles qu'ils lièrent par les bouts et qu'ils appliquèrent au rempart. Un d'entre eux monta. Mais l'échelle se trouva trop courte, et il ne parvint à se hisser sur le rempart qu'en jetant sa ceinture autour d^ la gueule du canon et en s'élevant par ce moyen jusqu'au haut. Arrivé là, il regarda, ne vit pas d'ennemis. Alors il jeta une petite pierre comme il était convenu, pour engager ses camarades h monter. Trois d'entre eux arrivent en haut du mur, un quatrième qui montait est prévenu que les trois premiers vont se glisser jusqu'à la ))orte, et qu'ils entre])rendront de l'ouvrir. Il redescend vers ses camarades et les mène à cette porte. Les trois ])remier3 intrépides s'efforcent de faire sauter les verrous. Au plus fort de leurs travail, les Turcs prennent l'alarme et envoient des coups de fusils à l'endroit où ils entendent du bruit, mais la porte avait cédé à l'effort des assaillants, et déjà la place était enlevée, quand ses lourds défenseurs, se réveillant, se préparaient à la défense.
Ce trait est digne par sa hardiesse d'être comparé à celui des Gaulois essayant d'enlever le Gapitole. Les oies le sauvèrent, mais à Napoli, il n'y avait que des Turcs.
Paris, 15 juin 1824.
Dom Miguel est arrivé, et on lui rend les honneurs dus aux Altesses Royales, c'est-à-dire aux fils de roi. A Brest, Nantes et Rennes, les troupes ont été sous les armes, et l'ont attendu ])Our lui rendre tous les hommages que l'on rendrait à un ])rince qui en vaudrait la peine. Ces honneurs conduisent à faire une simple question : Qu'est-ce que Dom Miguel (1)? — Un infant du Portugal, exilé de la cour du Roi son ))ère. Il y a un an, il s'est révolté contre une constitution ([uc son ]>cre et toute sa maison avaient juré librement de maintenir.
Dona Garlotta, sœur du roi Ferdinand VIT, s'est refusée seule à jurer la Constitution, qui lui déplaisait. Elle excite l'insurrection d'Amaranthe, son fils se révolte contre
(1) Voir la notice sur Dom Miguel à la fin élu présent chapitre.
son père, et la persécution commence contre ceux qui demeurent fidèles à la foi jurée.
Cette année 1824 est témoin d'une nouvelle révolte du prince que nous fêtons. Lé marquis de Lullé est assassiné en sortant du cabinet du Roi de Portugal, où l'appelait son poste de premier ministre. L'enquête faite sur ce crime atroce est étouffée par ordre supérieur, et un nouveau complot éclate. Dans la nuit, les troupes de la garnison de Lisbonne se réunissent en silence. Les patrouilles parcourent à pas lents les rues de la capitale, les arrestations commencent; et, sous le nom de franc-maçon [sic], Dom Miguel, chef du mouvement insurrectionnel, fait arrêter tous ceux qui lui déplaisent. Les officiers qui ont commandé les troupes chargées des arrestations sont eux-mêmes conduits dans la prison où ils ont entassé leurs victimes. La terreur est à son comble, le jour révèle les horreurs de la nuit aux paisibles habitants, qui voyaient les portes de leurs voisins enfoncées et tremblaient d'éprouver le même sort. Le Roi aussi subit le sort commun, Dom Miguel met une garde autour du palais et fait prisonnier son père, en proclamant que c'est dans l'intérêt du trône.
Les ministres étrangers se réunissent, se rendent au Palais et, après un refus formel du commandant des troupes de garde de les admettre en présence du Roi, ils parviennent à se faire conduire devant lui par un passage de service. Le Roi leur déclare en pleurant que son fils est un traître, et, après des paroles inutiles qui causent autant de dégoût que de peine, il se sauve en protestant vers un vaisseau anglais, où il pénètre par ruse.
Son premier acte est d'exiler son perfide Miguel; il l'envoie en France avec des lettres de recommandation pour le loi Louis XVIII.
On assure que Dom Miguel a fait dire au Roi qu'il aurait l'honneur de lui présenter ses hommages la semaine prochaine, et que le Roi lui a fait répondre que, s'il ne vient j^as cette semaine, il ne le recevra pas la semaine prochaine. Je ne garantis pas la vérité de ces deux messages, qui montreraient la suffisance des Portugais.
1\ juin 182 1.
Pozzo ai Borgo est \ enu ce soir chez Monseigneur, quand nous étions df^us l'intiniité, et il s'est livré avec quelque gaîté ù la conversation. Voici ce qu'il a dit de plus saillant :
Il a reçu à Lisbonne une déj^êche du chargé d'affaires de Russie, M. Borel, ([ui lui dit que la Reine a annoncé que, dans peu, elle recouvrerait l'autorité et qu'elle ferait coui>cr les oreilles au corps diplomati(jue. Ce sont les pro])re5 expressions de sa royale })Ouche. Pozzo assure que les premières dépêches de Lisbonne l'ont fait pâlir; que peu à peu le rire a pris le dessus et qu'il croit quelquefois rêver en les lisant. Voiri les détails de l'assassinat du marquis de Lullé :
Il est sorti le soir du cabinet du Roi et, dans le corridor y attenant, il a éL(' assassiné par le marquis d'A...., le cocher de la Reine, un domestique, et une qualrième personne inconnue. Le corps fut jeté par la fenêtre. Le lendemain, on a ])ublié (ju'il s'était fourvoyé dans sa route et qu'il était tombé accidentellement par la fenêtre.
Toute en(iuête fut interdite peut-être i»ar la crainte d'amener devant le monde K- quatrième complice. Voici les causes de l'assassinat du maniuis de Lullé : Pamplona, qui a été membre des Cortès, a trahi ce gouvernenient à la contre-révolution de 1823. La levée de boucliers de la Reine et des Silveira contre la C40nst.itution avait (>our Jmt d(^ mettre le Roi de côté et de faiic régner la vrïm) conjointement avec son fils Dom Miguel. Mais Pamplona, par attachen\ent pour le Roi, a nnissi è lui conserver le pouvoir. 11 a gardé queUiue crédit sur son maître, qui est sans énergie. Le Roi affectionnait beaucoup le manjuis de Lullé, ami intime également de Pamjtlona, à (|ui Carlotta n'a ])as jiardonné de lui avoir ra\ i le pouvoir. En consé(|uence, le parti a prononcé la n\ort du niarquis de Lullé comme celle d'un homme qui pou\ait gêner les projets ultérieurs.
Pozzo di Borgo a dil <W j)lus que M. Borel lui a décrit, dans une d«'})êche rcnfcrn\ant les détails du mouvement de Lis]>onne, (jue, dans la nuit, h 3 heures du matin, il
entendit frapper à sa porte. 11 pensa que c'était quelque personne cherchant un refuge, et il descendit ouvrir luimême avec précaution.
Un bruit de cavalerie au galop lui fit faire attention, il aperçut à la tête des cavaliers l'infant Dom Miguel qui les commandait. Il referma sa porte avec frayeur. Entendant, quelques instants après que le bruit des chevaux eut cessé, plusieurs coups violents encore à sa porte, il ouvre. Un homme enveloppé dans un manteau se précipite et s'écrie : « Je suis le comte Palmela, sauvez-moi ! »
Le chargé d'alYaires l'accueille à l'instant, et le fugitif lui explique que sa maison avait été attaquée et qu'il n'avait eu que le temps nécessaire pour se sauver, enveloppé dans le manteau qu'il portait sur lui; mais que, comme le danger allait sûrement augmenter, il le priait de le faire conduire chez l'ambassadeur d'Angleterre, afin qu'il pût facilement gagner un vaisseau.
M. Borel revêtit son uniforme et sortit en donnant le bras au comte de Palmela, qui arriva sain et sauf chez l'ambassadeur d'Angleterre, à l'aide de son déguisement.
La sœur de Dom Miguel a épousé Don Carlos, infant d'Espagne. Il paraît démontré à Pozzo qu'elle prépare en Espagne, à l'aide de la junte apostolique, le pendant de ce qui s'est passé à Lisbonne.
Pendant le séjour de Pozzo en Espagne, elle l'a obsédé de ses projets sur le Portugal; il a fallu que Pozzo l'envoyât presque promener pour s'en débarrasser. Après les arrestations de Lisbonne, on aurait fait venir tous les prisonniers, au nombre de sept cents, dans un fort, afin de pouvoir s'en défaire tout d'un coup. C'est ce qui a déterminé le corps diplomatique à enfreindre tous les usages reçus, et h tout risquer pour faire cesser ce désordre horrible.
Honneur à lui, si c'est là son vrai but...
Après-demain mardi, nous devons avoir à Neuilly Dom Miguel; je suis curieux de le voir.
Il paraît qu'il est d'une grande ignorance; mais qu'il ne manque pas d'une certaine force de caractère. 11 a déclaré que, si on l'embarquait sur un l)âtiment (jui ne ])ortât pas pavillon portugais, il se jetterait à la mer. Il a fallu céder,
146 SOUVENIRS DU GÉyÉBAL DE RUMIGNY
et il s'est embarqué, après avoir reçu du Roi son père une forte mercuriale, dans laquelle le bonhomme a déclaré que, si son fils eût réussi, il se serait noyé. — Que de noyades, dit Pozzo, sans que personne se soit mouillé môme la cheville !
Le roi Louis XVIII, k sa réception, a embrassé Dom Miguel ! Ceci est officiel, c'est dans Y Étoile d'hier soir.
Dom Miguel a sui\i aujourd'hui la procession avec les Princes de la famille royale. Il a dû la trouver mesquine sans les confréries et les moines du Portugal.
Notice sur Dom Miguel
Dom Miguel (Maria, Evaristo) est né en 1802 du roi Jean VI de Portugal et de la reine Carlotta.
Son éducation ayant été abandonnée aux domestiques, il ne savait ni lire ni écrire à 19 ans.
La reine Carlotta arma son fils contre son mari. Le premier soulèvement fut tenlé le 2 juin 1822. Il échoua. Jean VI, bon et faible, pardonna.
Nouvelle tentative en 1823, nouveau pardon.
Une troisième conspiration eut lieu le 30 avril 1824. Elle débuta })ar l'assassinat du marquis de Loulé, premier conseiller du Roi. Dom Miguel parvint à emprisonner les Ministres et à chasser son père. Celui-ci ne fut rétabli dans ses droits que par l'énergique intervention des Ambassadeurs étrangers.
Un décret du 12 mai 1824 bannit les deux rebelles, la mère et le fils.
A la mort de Jean VI, la succession du trône revenait h Dom Pedro empereur du Brésil. L'empereur se désista en faveur de sa fille Dona Maria, qui fut fiancée à Dom Miguel. Celui-ci n'en voulut plus et se fit proclamer roi par les anciennes Cortèz.
Une guerre civile en résulta. Mais les défenseurs des droits de Dona Maria, les généraux Palmella et Villa Hor, furent vaincus et le Portugal tomba sous un despotisme sans frein, qui se compléta par la ruine financière. En 1830, à la mort de Carlotta, une réaction se produisit, soutenue
par la France. Notre flotte, glorieusement commandée par l'énergique amiral Roussin, força l'entrée du Tage en 1831, et y prit une flotte portugaise. En 1832, Dom Pedro, avec l'appui de la France et de l'Angleterre, intervint à son tour. Après une lutte assez longue, l'armée Migueliste, abandonnant Lisbonne, capitula à Evera (1834). Dom Miguel se retira à Rome, puis en Autriche. En 1851, il épousa la princesse Adélaïde de Lowenstein-Wertheim- Rosenberg, dont il eut trois filles et un fils (Dom Miguel de Bragance). Il mourut en 1866.