‹ Souvenirs du général comte de Rumigny, aide de camp du roi Louis-PhilippeChapitre 33 sur 50 · LA LIBERTÉ DE LA PRESSE. — JOIE POPULAIRE · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ DE LA PRESSE. — JOIE POPULAIRE

Neuilly, le 7 août.

Le duc d'Orléans nous a raconté, aujourd'hui après dîner, l'anecdote qui suit :

« Lors de mon départ de Hanabourg en 1796, j'avais retenu ma place à bord d'un navire danois, capitaine Wynn, moitié irlandais, moitié américain. Le capitaine me vit monter à bord un jour avant celui fixé pour le départ. Il conçut quelques soupçons, et finit par croire, m'a-t-il dit aux États-Unis, que j'étais un jeune homme qui avait perdu beaucoup d'argent au jeu. 11 y avait à bord un vieil émigré, nommé M. de Nyon, qui en arrivant s'écria : Y a-t-il ici quelqu'un qui parle le français? car je ne sais pas dire un seul mot en anglais. Il descendit dans sa cabine et se coucha.

« Le lendemain en s'éveillant, il dit au jeune homme qui était couché aussi — et ce jeune homme était votre serviteur : « Jeune homme, parlez-vous français? • — Un peu? « — Parlez-vous couramment? — Mais oui, très couram- « ment. — A. la bonne heure. Vous êtes mon homme. « Et pendant toute la traversée, il ne voulut plus me quitter.

« En j)assant devant Calais, un capitaine de corsaire

français monta à bord. J'étais assis sur le pont. Le vieil émigré arriva tout effaré et me dit : « Qu'est-ce que c'est « que cela? ■ — Un corsaire. ■ — Un corsaire ! Je suis votre « serviteur ! Vous, vous n'avez rien à craindre, mais moi a c'est autre chose et je vais me cacher ! »

« Le corsaire ne fit aucune attention aux passagers, et M. de Nyon remonta de la cale tout essoufflé du danger qu'il avait couru. »

M. de Nyon n'apprit que dans les eaux de la Delaware le nom du jeune homme qu'il avait pris j)Our interprète pendant le voyage.

Quand il revint en France, il alla lui faire une visite dans laquelle il lui dit : « Monseigneur, je suis fâché de n'avoir pas assez mérité votre confiance pour que vous m'ayez dit votre secret.

— Un secret, répondit le duc d'Orléans, n'est bien gardé que lorsqu'on ne le confie à personne. »

« M. de Nyon, ajouta le duc après cette histoire, est probablement mort, car je n'ai ]>lus jamais entendu j^arler de lui, mais la façon peu discrète de ses actes m'avait fait mal augurer de la discrétion de ses paroles. D'ailleurs, l'incognito est une chose si amusante ! »

Le capitaine Wynn est mort la même année do la fièvre jaune.

Le duc d'Orléans a fait faire par Gudin un tableau de cet incident. Il est dans la galerie du Palais Royal, c'est un bon tableau.

Le 28 juin 1826.

Axiotti a été chez M. Ouvrant (1) et a eu avec lui un long entretien au sujet de l'affaire des chevaliers de Malte, dont voici un aperçu : Les chevaliers de Malte, ayant pour

(1) Enrichi par des fournitures de papier, au début de la Hi^^volulion, obtint plus tard de Darras le marché des vivres de la Marine et y gagna 15 millions. Sous le Consulat et l'Empire, il fut aussi chargé des approvisionnements militaires. Mais suspecté d'improbité, il fut emprisonné. En 1823, néanmoins, on le fit munitionnaire général de Tarmée d'Espagne. Poursuivi par son associé, qui lui réclamait 5 millions, il préféra rester cinq ans en prison que de payer. Il mourut en 1847.

représentant un M. Dubourg, général français, et plusieurs anciens commandeurs, veulent faire revivre l'ordre sur des bases qui diffèrent de celles C[ui étaient autrefois en usage dans l'Ordre.

Les récipiendaires s'engagent à payer 3.000 francs, et l'Ordre demande aux Grecs les îles de Candie et de Rhodes. Ouvrard est le banquier de l'Ordre. Ouvrard a dit que les chevaliers ne sont pour lui qu'un nom vide de sens, et qu'il a au fond pour but de former une espèce de société comme la Compagnie des Indes Anglaises. Voici son plan : les Grecs céderont probablement les îles demandées et Lord Cochrane est le moyen dont il se sera servi pour l'obtenir. Il battra les Turcs dès qu'il aura les moyens, et ces moyens sont les 6 millions qu'Ouvrard lui offre. Axiotti doit lever deux ou trois mille hommes, se jeter en Candie après avoir détruit la flotte turque avec ses bateaux à vapeur, le tout au nom de l'Ordre. Ouvrard traite avec les particuliers moyennant certaines conditions, et l'ordre est nul puisque l'Ordre n'est pas reconnu. Ces particuliers ne pouvant représenter l'Ordre, et Ouvrard, leur ayant imposé de rudes conditions pour obtenir l'argent qu'il donne seul, parvient facilement à les évincer. Ils sont le masque qu'il m.et en avant pour marcher à son but; et il l'atteint s'il arrive à traiter avec le général grec. Dès que les 3.000 hommes auront fait quelque chose et qu'il sera maître d'un point de Candie, il publiera son prospectus et traitera avec les banquiers pour un emprunt de 30 millions, afin de soutenir la guerre et de soutenir les Grecs qui sont intéressés au succès de la compagnie, puisque sans la compagnie les Grecs n'ont ni argent, ni vaisseaux, et que, sans les Grecs, l'affaire ne peut réussir pour la compagnie.

On établit à Candie un vaste entrepôt de commerce de la Syrie et tout l'Orient, et la compagnie s'étabUt sous la protection de la France, comme l'Inde sous celle de l'Angleterre.

Plusieurs circonstances mettent Lonl Cochrane à la disposition d'Ouvrard :

1° Le manque de vaisseaux et d'argent, par suite de la mauvaise réussite des ])âtiments h va])eur faits i' Londres, par Galloway.

2° Cochrane est repoussé par le gouvernement anglais, et l'emprunt grec est mangé si Cochrane refuse. Ouvrard a quelqu'un en vue et son affaire va toujours. Or, voici la proposition que Cochrane doit faire, d'après les vues d'Ouvrard, qui est l'âme de l'entreprise.

Cochrane dit aux Grecs : « L'affaire de ma flotte à vapeur manque; vos employés ont gaspillé et perdu l'argent de l'emprunt et les vaisseaux ne peuvent sortir de la Tamise. J'ai 6 millions que je vous offre. Avec ces 6 millions, je fais mon affaire contre les Turcs; mais les 6 millions je ne les reçois que dans le cas où vous cédez Candie et Rhodes. »

Si le gouvernement n'accepte pas, on gagne des membres influents et on réussit à prix d'argent.

Un M. Gordon et le général Dubourg sont repartis la sen^aine dernière ])our aller dans la Méditerranée; ils vont à Palerme, à Cagliari, à Malte, et ils cherchent Lord Cochrane jusqu'à ce qu'ils le trouvent. Les choses en sont là. Ouvrard rit ([uand il j^ense ({ue les vieilles j^erruques de l'Ordre de Malte sont assez folles pour croire ([u'il va employer son temps et sa fortune pour rétablir un Ordre usé, dont les prétentions renaîtraient avec la moindre a})parence de j)uissance et con^n^c il a bien vu sur-le-champ qu'A... (1) ne donnait pas dans le })iège, il ne trouve rien de mieux que de lui dire la vérité qui peut et doit lui plaire. Peu de gens, au reste, sont dans la confidence, et les initiés sont prêts, les envoyés Gordon et Dubourg ont des instructions qu'ils ne peuvent dépasser et le traité })Our les 6 millions est prêt. Ouvrard, en prison, dirige tout et gouverne cette immense entreprise. L'état de la Grèce fait prévoir le succès de sa mission, et l'état de Conslanlinople ne permettra pas à la Tur([uie de secourir Candie, ([uc l'on bloquera complètement. Les populations de l'intérieur seront armées et approvisionnées pour seconder les opérations de l'attaque des côtes.

Ouvrard fournira sur-le-champ de la poudre, des boulets, etc., aux Grecs, avec lesquels il ouvrira un compte courant.

(1) Le nom est eu blanc dans le manuscrit.

Le 6 juillet 1827.

M. d'Apponyi, ambassadeur d'Autriche, a donné un bal. Le Roi a ordonné au Ministre de la Guerre d'y aller; mais pas un, ou bien peu d'officiers iront. Voici ce qui a donné lieu à cette afîaire : L'Autriche, depuis 1815, ne veut pas reconnaître les titres accordés à nos maréchaux et généraux, par suite de leurs victoires, et dont les fiefs sont dans ses États. M. de Vincent éludait la difficulté et on n'annonçait pas ces Messieurs ; il allait d'ailleurs les inviter verbalement, en sorte que personne n'a eu à s'en plaindre jusqu'à ce jour.

M. d'Apponyi, qui est un fat, a trouvé plus joli d'écrire au duc Soult, au lieu de duc de Dalmatie, de même au duc Oudinot^ au lieu de duc de Reggio. Ils s'en sont fâchés; et, comme c'est le ton qui fait la musique, on a trouvé fort mauvaise la manière dont l'ambassadeur s'y est pris. Les officiers de l'armée ont eu le bon esprit de ne pas admettre qu'on insultât leurs chefs aussi sottement, quoique au fond peu de gens aiment nos maréchaux, qui, presque tous, ont montré si peu de reconnaissance envers l'homme qui les avait élevés si haut et qu'ils ont si vite abandonné. Ils auraient pu suivre les destinées de l'armée et s'unir à ses malheurs, ce qu'ils n'ont pas su faire par amour des places et de l'argent.

Le 7 février 1827.

y[me de Talaru, femme du maréchal de ce nom, qui était dernièrement ambassadeur à Madrid, est excessivement peureuse et, étant à la campagne il y a quelques jours, elle pria un homme de la société de lui rendre le service de coucher dans son appartement; mais, pour que la décence fût respectée, elle le sup])lia de permettre ([u'on l'enfermât, dans un sac noué au cou, afin qu'il fût dans rim])Ossibilité d'attenter à sa pudeur. Or, il faut voir la figure de M"^^ de Talaru !

Sur la place du Carrousel, on vit dernièrement passer une voiture magnifuiuc, derrière la(|ucllc était un chasseur en grande tenue.

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Tout à coup une glace se baisse, une main maigre et décharnée s'allonge, tenant un petit pot de chambre en porcelaine, la petite main sèche vide le pot sans ralentir la marche de la voiture. C'était la Hvrée de M"^^ de Talaru. Elle avait l'habitude de se faire tous les soirs des dents avec de la cire.

Aujourd'hui, nous eûmes grand concert au Palais Royal et, pendant la musique dans le premier salon, le général Sébastiani et le garde des sceaux, M. de Peyronnet (1), ont établi une discussion régulière sur la loi qui se discute à la Chambre des députés. Leur conversation, vive et animée, avait attiré un assez grand nombre d'auditeurs, qui ont pu remarquer l'infériorité excessive des raisonnements des ministres. La discussion a été de très bon ton, quoique vive.

Le 6 mars 1827.

M. de Payes, ministre des Pays-Bas à Paris, m'a raconté hier, dans la rue Gaillon, pendant un orage qui nous avait fait fuir sous une porte cochère, que le roi de Prusse lui avait dit qu'allant pour prendre congé du roi Charles X à son dernier voyage à Paris, le roi de France l'avait engagé à conseiller au roi des Pays-Bas de ne pas persécuter la religion catholique. Le roi de Prusse répondit :

« — Mais je viens de la Belgique, et je puis vous assurer que rien n'est plus loin du cœur et des idées politiques et religieuses du roi des Pays-Bas (ju'une persécution de ce genre. On vous a trompé sur ce ])oint. Il a bien chassé quelques turbulents, mais il n'a persécuté personne. »

Charles X riposte : « Vous sentez que j'en suis fort affligé, et d'ailleurs les rois doivent ])référer leurs sujets catholiques aux autres ])arce que, ])lus ou moins, l'esprit d'examen religieux conduit à l'examen politic^ue, et au peu de soumission.

(1) Ancien avocat. Puis procureur général. Ministre de la Justice en 1821. Proposa des mesures radicalement impopulaires (loi sur la presse, loi du sacrilège, etc.). Remplacé lors du Cabinet Martignac, il est rappelé en 1830 comme ministre de l'Intérieur et signe les Ordonnances. Condamné ^ la prison perpétuelle ù la révolution de Juillet, il est libéré en 183G. Meurt en 1854.

— Cependant, fit le roi de Prusse, si on lit l'histoire de3 derniers temps, on voit que les révolutions de France, de Piémont, d'Espagne, de Naples, se sont faites dans les pays les plus catholiques de la terre, et rien de pareil ne s'est vu dans les pays protestants. »

Le roi de Prusse n'est pas un aigle, il s'en faut; mais cette réponse est pleine de sens et de vérité. Charles X ne répondit rien.

Le 7 mars 1827.

Le poète si français, Béranger, chantait il y a quelques jours à un dîner où était l'abbé de Pradt; sa chanson était intitulée : « Le Diable est mori. » A la fm de la chanson, qui est tant soit peu grivoise, l'abbé, qui avait écouté en riant les paroles aimables du poète, se tourna vers le chansonnier et s'écria : « Non, le Diable n'est pas mort, car il vous a inspiré cela. »

Le 3 avril.

Quel nom donner à ce qui s'est passé le 30 mars à l'enterrement du plus vertueux des hommes, le bon duc de La Rochefoucault Liancourt (1). Voici ce dont j'ai été le témoin oculaire : Le convoi était annoncé pour 10 heures, mais, comme les Pompes funèbres et le Clergé ne sont jamais prêts à l'heure, je ne suis arrivé qu'à 11 heures et déjà le corps du plus respectable des vieillards avait été apporté à l'église par les anciens élèves de l'école de Ghâlons, dont il avait été le fondateur.

Après l'absoute, j'offris mon bras au marquis de Lally- Tollendal, qui ne peut presque plus se traîner sans faire mille cris de douleur.

Après l'avoir hissé dans sa voiture, je marchais dans la

(1) Député aux États généraux en 1789. Fut très dévoué au roi Louis XVI. Consacra sa vie à des œuvres philanthropiques. Contribua puissamment à vulgariser la vaccine. Créa la première école des Arts et Métiers, à Liancourt même. Très libéral d'idées, fut disgracié par Charles X. C'est ce qui explique qu'on ait interdit si malheureusement aux jeunes gens de porter son cercueil (sous prétexte que les règlements de police prescrivaient de transporter les corps sur des chars).

me Saint-Honoré, vers la grille de la cour de l'église de l'Assomption. J'y rencontrai M. Brunel, le neveu de feu M. Denon, avec lequel je m'entretenais des bienfaits sans nombre que le Duc avait répandus sur les classes ouvrières. La rue était remplie de monde et de troupes destinées à rendre les honneurs dus au grade militaire du défunt.

Nous entendîmes quelques cris, suivis de quelques applaudissements dans la cour, et tout à coup, nous vîmes sortir de la grille la bière portée par huit jeunes gens, marchant au pas et tête nue.

Ils s'avançaient sans o))stacle dans la rue Saint-IIonoré jusque vers la rue neuve du Luxembourg, (juand le lieutenant-colonel qui commandait le détachement s'élança, avec son cheval, vers le cercueil en criant de=: paroles que je n'entendis pas. Mais un soldat s'avança et frappa le premier des porteurs sur la tête avec le canon de son fusil, un second coup l'abattit sur les genoux et, soit terreur, soit douleur, les autres lâchèrent la l)ièrc qui roula dans le ruisseau, aux cris d'horreur de tous les assistants. A. ce moment, je me fis jour à travers les soldats et j'arrivai au lieu où le cor])S gisait dans l'eau, j'adressai, dans mon indignation, les plus vifs et les plus amers reproches aux officiers, en leur criant d'ordonner à leurs soldats de se mettre à leurs rangs. Le lieutenant-colonel vint sur moi le sabre levé en gesticulant comme un furieuK. Je lui dis, en jurant, de ne pas s'aviser de me toucher et je reculai son cheval. Il alla d'un autre côté. Dans ce moment, un soldat porta la main h mon habit, et je le repoussai rudement en lui rej>rochant, ainsi qu'à ses camarades, leur barbare et méprisable conduite. Je dois dire, à la louange des officiers, qu'ils y parurent sensibles et les soldats honteux. Pendant ce mouvement violent, je vis arriver l'officiiT (\q la plare, dont le calme contrastait avec lair de tête ])crdue du lieutenantcolonel. Il ordonna de remettre les l)aïonnettes au fourreau, ce qui fut fait à l'instant.

Le général Gérard adressa aux soldats les ]ilus violents reproches. Plusieurs curent l'air ému, ainsi tjuc ([uel(]ue9 officiers.

iMifin, le corps, resté par terre dans le ruisseau, fut remis

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sur le corbillard, et la maladroite police attira encore plua violemment la haine de tous les bons citoyens. Après l'arrivée du corps à la barrière de Clichy, les troupes se formèrent en bataillons et on écouta avec émotion le discours de M. Charles Dupin. Puis tous les spectateurs indignés se séparèrent. Mais, dans la rue de Clichy, le lieutenant-colonel (de Launay) vint à passer à cheval. Sa vue excita le sentiment de mépris que méritait sa conduite. Il fut hué et accablé d'injures; enfm, il fut couvert de boue; une marchande d'œufs lui en cassa un sur la figure.

On fait une instruction judiciaire, à lac{uelle je serai probablement appelé, je n'oublierai pas de l'écrire.

Le Roi a reçu la famille de La Rochefoucault. Voici ce que m'a dit un des enfants. Le Roi a témoigné son mécontentement de la lettre écrite par Gaétan, et a dit au duc de- Doudeauville qu'il le recevrait, mais qu'il ne voulait pas lui adresser la parole, pour le punir. Il les a reçus et a dit qu'il était fâché de ce c[ui était arrivé au convoi de leur père et grand-père, mais que c'est l'étourderie des jeunes gens qui avait provoqué cela. Il est revenu par deux fois sur cette phrase.

La famille a été peu satisfaite et, pour comble, elle a su que le Roi a fait dire à M. Delaunay qu'il était content de sa conduite.

Je tiens ces détails d'un officier supérieur de la garnison.

Le 19 avril.

L'ordonnance du Roi qui relève le projet de loi sur la presse a été connue hier; le soir, il y a eu quelques illuminations, mais aujourd'hui, voici ce que j'ai vu :

Ce matin, j'ai rencontré une troupe de trente à quarante ouvriers imprimeurs portant un drapeau l^lanc à fleurs de lis et une bannière avec les mots : Vive le Roi ! XWe la liberté de la presse ! Ils criaient : Vive le Roi !

Ils allèrent vers le Carrousel après avoir parcouru plusieurs rues.

A 8 heures et demie, j'ai été voir les illuminations, qui étaient générales; au Palais Royal, les galeries étaient illuminées presque en entier; la rue Vi\ ienne avait tout au

plus dix maisons sans lannpions; la place Notre-Dame-des- Victoires avait la totalité des maisons illuminées; la rue Groix-des-Petits-Ghamps aussi, de même, la rue Saint- Honoré.

Malheureusement, on jetait beaucoup de pétards et d'artifices, en sorte qu'il y a eu plusieurs accidents. Des fenêtres, on lançait des pétards au milieu des passants, ce qui est contraire au bon ordre et à la tranquillité. La police aurait bien dû réprimer cet abus.

Dans la rue Saint-Honoré, j'ai vu passer des groupes de jeunes gens trois par trois, criant : Vive le Roi ! Vive la Charte ! à bas les Jésuites.

En ce moment, il est minuit, j'entends encore des explosions d'artifices. Il y aura encore bien des accidents causés par des jeunes gens imprudents.

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