GÉNÉRAL SÉBASTIANI ACCUSE LE ROI DE DOUBLE JEU
Le 20.
Aujourd'hui, on s'est occupé de ce qui s'est fait hier. La police a publié des ordonnances pour empêcher les attroupements, et je crois qu'il n'y en a pas eu dans la soirée.
Ce matin, une troupe de jeunes gens se tenant par le bras au nombre de trois à quatre cents, ont parcouru les boulevards en criant : Vive le Roi !
En passant devant la colonne Vendôme, ils ont crié : A bas Peyronnet ! Ils se sont présentés aux Tuileries, mais on a fermé les grilles. Ils ont parcouru plusieurs quartiers. A cinq heures, toutes les places ont été couvertes de troupes, mises en colonne serrée par pelotons, l'arme au pied. Ail heures, ils y étaient encore. Voici ce que j'ai appris sur la soirée d'hier de gens qui n'exagèrent pas. Le D'^ Orfila a vu M. Roux. 11 amputait quelqu'un dont le bras a été fracassé par un coup de fusil tiré à poudre, alors qu'il voulait empêcher l'arme de faire feu; le malheur n'a pas été fait par méchanceté.
La rue Saint-Denis et tout le quartier marchand et populeux étaient illuminés de la cave au grenier. Tous les quartiers l'étaient plus ou moins, sauf une partie du faubourg Saint-Germain où on était dans rol)Scurité la ])lus complète. Dans la rue Saint-IIonoré, il y a eu des gendarmes repoussés,
mais sans accidents ; heureusement, une patrouille de gardes nationaux est allée yiar le boulevard à un corps de garde de la rue Saint-Martin. Le commissaire de i)olice a engagé Charlet, le peintre qui le commande, à ne pas aller dans la rue Saint-Denis comme il en avait l'ordre.
Charlet a ré])ondu qu'il ne craignait rien et a rencontré, en arrivant à la ])orte Saint-Denis, une foule de jeunes gens criant et chantant.
Dès qu'ils virent la patrouille, ils se mirent ? la précéder en criant :
« Vive la garde nationale ! » et ils l'ont escortée avec des flambeaux jusqu'au quai.
Charlet l'a mis &ur un rapport au commandant de la garde nationale.
On vient de me dire que, dans la rue Saint-Denis, il y a encore quelques lampions, mais que tout est en ordre. Le commandant du poste était M. Niel, ancien notaire impérial.
Voici ce qu'on m'a dit aujourd'hui.
Dans une maison de Courbevoie, chez une M"^^ Lapellctièrc, veuve âgée, anciennenicnt riche et maintenant pauvre, il y a eu une réunion de soirée il y a huit jours. Plusieurs officiers de la garde y étaient. M"™^ Lapclletière a dit : « Je suis désolée que le duc d'Orléans soit à Ncuilly, parce que je l'ai en horreur. »
Quelques officiers en ont dit autant, le curé aussi. Quelqu'un fit l'observation c[u'il était bien extraordinaire qu'on parlât ainsi d'un membre de la famille royale qui était si près du trône. Alors, M'"^ LajTolletière dit qu'il fallait espérer que jamais il n'y arriverait. M"^^ Lapclletière est supérieure de la Congrégation à Courbevoie. Plusieurs officiers on sont et je n'ai cil/' cela que pour faire voir quel est res})rit de la nouvelle ligue. Je tiens ceci d'un des témoins oculaires et auriculaires.
Le 29 avril.
Le Roi a j>assé une re\ ne de la garde nationale de Paris. J'étais â n\on rang, en avant du Roi, avec les aides de camp du Dauj)hin, Athalin y était aussi. Voici ce que j'ai vu.
Le Roi est monté à cheval à une heure, il est sorti des Tuileries et a été salué à sa sortie par les plus vives acclamations de : Vive le Roi !
Les quais étaient encombrés ainsi que la route par une foule immense. Les cris ont continué sans interruption.
Au Champ de Mars l'entrée du Roi a produit un grand eiïet, et les cris de Vive le Roi ! sont partis avec enthousiasme des talus couverts des flots du peuple. Le Roi est allé à la première légion, on a crié : Vive le Roi, et quelquesuns ont dit : A bas les ministres ! On entendait aussi : Vive la Charte ! A la 2^ légion, les cris ont augmenté et on a ajouté : A bas les Jésuites ! mais toujours les cris étaient associés à ceux de : Vive le Roi !
Les treize légions en ont dit autant et tous les soldats citoyens paraissaient heureux de voir le Roi. A la 5^ légion, Sosthènes deLarochefoucault, sot et vaniteux, a voulu frapper la garde nationale qui criait : A bas les Jésuites. Les voisins se sont élancés sur lui. Cela n'a pas eu de suite.
A la 7^, le Roi a dit à un garde national qui criait : A bas les Jésuites :
« Sortez des rangs. Duc de Reggio, faites sortir cet homme des rangs.
— Lequel, Sire?
— Celui-là, celui-là, dit Charles X, en le montrant du doigt. »
L'autre sortit en disant : « Je ne demande que l'exécution des lois du royaume. » Le Roi a riposté : « Je suis venu pour recevoir les hommages de mes peuples, et non pour recevoir ses insultes. »
Les gens de la Cour étaient dans une vive agitation. Le Roi alla sur-le-champ à sa calèche, dans laquelle étaient la Dauphine, la duchesse de Berry, M"^^ la Duchesse, et M*^^ d'Orléans. Il leur raconta ce qu'il venait de faire. Les talus couverts de 3 à 4.000 spectateurs criaient toujours : Vive le Roi ! à bas les Jésuites ! à bas les ministres !
Après avoir passé la revue de la cavalerie, le Roi se rendit devant le pavillon du Centre et la garde nationale défila en bon ordre et avec la plus belle tenue. En passant, chaque peloton criait : Vive le Roi ! et jiaraissait le faire avec plaisir et ardeur. Les gens de la Cour du Roi tenaient
des propos assez extraordinaires. Le g('n<'ral Dujeon dit qu'il faudrait faire un « hourra » sur ces gens-là avec les cuirassiers de la garde. Le duc de Guiche dit que le Roi devrait piquer des deux et s'en aller au galoj) par le pont d'Iéna, parce que ces gens-là ne sont pas dignes de défiler devant lui.
Bien d'autres sottises étaient dites autour de moi.
Au retour, les cris augmentaient, et le Roi fut salué jusqu'au château des mêmes cris de : Vive le Roi ! Vive la Charte ! L'exécution des lois du royaume ! A bas les ministres ! A bas les Jésuites !
La foule se i^ressait, encombrant toute la route, et on passait avec peine, mais du reste, )ias de tumulte, pas de peuple en fureur, tout en tendresse, tout en confiance; je n'ai pas vu autre chose que des gens qui voulaient dire : Le Roi le saura.
On est rentré aux Tuileries à 5 heures un quart. Le Roi dit au duc de Reggio qu'il était content, que cela s'était mieux passé ({u'il ne s'y attendait, qu'il avait bien entendu quelques cris incon\enants, mais (tu'au total il était très satisfait. Le maréchal est sorti, et nous sommes ])artis pour Neuilly. J'ai vu avec peine tous les gendarmes sur pied; tous les coins étaient remplis de soldats et on s'apercevait que la i)olice avait voulu faire une affaire d'une chose des plus simples.
Le 30.
Quelle surprise ! Le roi licencie la Garde nalionale.
Voici ce ({ue nous a])])renons :
Le Roi se retirait satisfait. Le génie du mal se réveille :
On a dit au Roi que les cris sont séditieux, (jue deux légions de la garde nationale, en j^assant rue île Rivoli, ont crié avec fureur : A l)as Villélc ! A bas les Jéôuites !
Villéle est venu au château, le Roi lui a ]Kirl(''. Le duc de Reggio a ajjporté son ordre du jour. I>e Roi a dit avoir change'' d'idée sur la revue, cju'il lui donnerait d'autres ordres. I^e Conseil s'est assen^blé à 9 heures du soir, le duc fie l)ou(leau\ illc a doimé sa démission }:.our ne pas sanctionner une ordonnance aussi ridicule et dangereuse pour l'État. On ajoute que son fils en a fait autant; on dit ([uc
les deux princes ne sont pas sans influence sur cette décision. Les énergun^ènes du château triomphent : Le Roi est un Henri IV, il a reconquis la Royauté. C'est le grand Roi ! Il a une fermeté admirable, enfin on va agir avec vigueur. C'est subhme.
J'étais dans l'appartement de Monseigneur quand on a apporté le Moniteur (1). Il l'a ouvert, il l'a lu et les bras lui sont tombés.
« Oh ! mon Dieu ! s'est-il écrié, quel malheur ! quelle faute ! quel aveuglement (2) ! »
Ce sont ses propres paroles. Cet acte peut éloigner è jamais la population de Paris, du Roi et de la Royauté. Et quel avantage peut-on en tirer?
Le 1er mai 1827.
On dit qu'on voudrait désarmer Paris, mais qu'on ne sait comment faire. On parle de grandes mesures, de violences; tout annonce le triomphe des furieux, jusqu'à ce que la foudre gronde et qu'un nuage de tempête les précipite dans la poussière avec les innocents, victimes des maux qu'ils auront provoques. Le Roi est allé le 30 à la chasse avec la Dauphine, et, pendant ce temps, la nouvelle court de bouche en bouche.
On m'a dit que des ouvriers du faubourg Marceau ont proposé à des gardes nationaux de se lever au nombre de 10.000 vieux soldats, si on veut les attaquer.
Les gardes nationaux font une paye pour conserver leurs tambours.
Le 2 mai.
Les propos de quelques jeunes, tous de la garde royale, sont du plus pur 93. Marat et Robespierre n'ont pas eu des pensées plus atroces : Il faut sabrer tout; quelques pintes de sang, et le Roi régnera enfin ! Ils parlent de Mgr
(1) Contenant le licenciement de la garde nationale.
(2) En l'espèce, c'est Charles X et non le duc d'Orléans qui voyait juste sur le rôle funeste de la garde nationale. La seule faute fut le choix du moment.
206 SOUVENIRS DU GÊNÉE AL DE liUMIGNY
le duc d'Orléans dans des termes épouvantables. On a déchaîné des tigres.
Quelques gardes nationaux ont voulu donner leurs habita aux Grecs. On a fait courir l'avis : ou garder l'habit, le sabre et surtout la giberne et le fusil, ou les vendre. Le temps est gros d'orages.
Le 3 mai.
Tout le monde est inquiet, mais il n'y aura pas d'explosion; on craint trop de mettre le bas peuple en mouvement h cause des souvenirs de 93. On sait que toutes les troupes ont été consignées le jour de la revue et les jours suivants. Elles avaient ordre d'être prêtes à marcher. Vincennea avait levé les ponts-levis. A Versailles, les ordres étaient les mêmes ainsi qu'à Saint-Denis et à Orléans. On voudrait qu'il y ait du désordre pour compromettre les troupes et leur faire sabrer le ])euple. Mais le peuple ne veut pas do troubles.
Le 4 mai.
Un homme a été arrêté }»our avoir vendu la complainte de la garde nationale; les j^assants l'ont fait relâcher; un piquet de gendarmes est venu; il a ressaisi le marchand; on l'a fait lâcher de nouveau; l'homme est libre!
Le 18 mai.
Tout avait été assez tranquille jusqu'à aujourd'hui. Les élèves de l'École de médecine ont vu élever violemment à la place de M. Mayndic, médecin qui a rendu tant de services à la science, M. Récamicr qui, bien que savant médecin, doit son élévation à son ado]>tion des opinions jésuitiques que l'on déteste. Ils l'ont sifflé au cours du Collège de France, on l'a hué, et, à sa sortie, il a été reconduit au bruit des sifflets. On a eu recours à la gendannerie. On a fait arrêter (juel({ues jeunes gens. Toujours de la violence. On donne l'habitude de la résistance par de tels préludes aux plus effrayantes tragédies.
Le 19 mai.
Même bruit au Collège de France; les jeunes gens ont rencontré M. Récamier en cabriolet, ils l'ont arrêté, forcé de descendre et l'ont, de gré ou de force, mis à leur tête pour aller chez le Préfet de police réclamer la mise en liberté de leurs camarades. Il y est allé, on attend les résultats. Le soir, il y a eu des charges de gendarmes, mais les attroupements ne se sont séparés qu'assez avant dans la nuit.
Le 20 mai.
Nouveaux tumultes de la part des jeunes gens, les ouvriers des faubourgs ont paru en assez grand nombre, ce qui effraye un peu les « ultras ». Des porteurs d'eau ont désigné deux espions. On les a saisis, battus, et les jeunes gens les ont enfermés dans l'amphithéâtre, en leur disant qu'on allait les disséquer. Ils étaient dans des transes lisibles.
Le fameux Vidocq a été saisi et n'a échappé qu'en faisant tomber son habit et se réfugiant dans une maison, où les jeunes gens ne l'ont pas suivi. Il y aurait eu bien du sang de versé sans le chef de l'école qui a invité les gendarmes à se retirer, ce qu'ils ont fait. Les jeunes gens s'étaient réfugiés dans l'école, dont ils avaient fermé les grilles, et ils étaient décidés à assommer à coups de pavés tout ce qui se serait présenté pour les forcer. Et comme les ouvriers étaient en assez grand nombre, au premier coup de feu ils auraient appelé au secours et la fusillade aurait régné dans tout ce quartier populeux, où les troupes auraient pu souffrir des coups de fusil partis de toutes les maisons.
Le 21 mai.
Le cours de M. Récamier est suspendu; le calme succède aux vives inquiétudes que l'on commençait à concevoir.
208 souvEyins du cÉiyÉHAL DE nuMiGyy
Le 23 mai.
Le Roi a dit à Monseigneur : « Mes oreilles m'ont bien sen i le jour de la revue. J'ai entendu peu d'autres cria (jue : Vive le Roi ! mais dans la calèche, on a entendu autre chose, n
Il y avait dans la calèche : La Dauphine, • — pauvre femme qui a vu 93 ! • — ^ la duchesse de Berry, — bien rarement effrayée, — la duchesse d'Orléans, ■ — dont le calme ne se départit jamais, — M'^^ d'Orléans. Ces deux dernières n'ont entendu que : Vive le Roi, à bas les Jésuites, à bas les ministres, mais surtout vive le Roi et, par moments : Vive nos bonnes duchesses !
On croit que c'est à M"^® la Dauphine qu'on peut imputer la faute énorme du licenciement de la Garde nationale (1).
On parle d'une mesure de désarmement.
Le 25.
Il y a eu ce soir un Itanquct de la com[>agnie de le.xgarde nationale, commandée par M. Laffitto. On n'y a porté qu'un seul toast, celui du capitaine. Après le repas, on a fait une collecte en faveur d'un tambour père de famille, ancien n\ilitaire blessé, et une en faveur des Grecs.
La première a produit L500 francs et la deuxième 300 francs.
A la fin du repas, tous les gardes ont défilé autour de la table en serrant la main à leur capitaine. Us ont fait le sonnent de se réunir tous les ans à }>areille époque. Il y avait en tout quatre-vingt-seize personnes, quatre malades ont envoyé leur don.
(1) La funeste institution île la garde nationale, en présidant, sciemment ou inconsciemment, f» toutes les insurrections, rendait tout gouvernement impossil^le, ({u'il fût monarchiste ou républicain. C'est ;\ su suppression (pie Ion doit la stabilité actuelle. 11 eût été facile à Louis XVlll, en arrivant, do ne pas admettre cette institution. Sous Charles X et sous Louis-Philippe, il était bien tard.
Le général de Humigny ne se rend pas compte que son Prince et lui versent tout doucement dans du pur - Lafayette ». Il seront, à leur tour, victimejj de celle aberration.
J'ai vu M. Eymond de Genève ce matin chez M. le comte de Muhlien, ministre de Wurtemberg. Il m'a dit que le compte Gampo d'Istria est allé à Pétersbourg pour demander à l'empereur Nicolas s'il consent à ce qu'il accepte la présidence de la Grèce. Il n'acceptera qu'à cette condition.
Eymond m'a juré sur son honneur qu'il croyait que la meilleure chose pour les Grecs était qu'ils devinssent empire avec un fils du duc d'Orléans pour chef. Il dit que Gampo d'Istria pense de même. Il est convaincu, comme moi, que le seul moyen de sauver la Grèce est de créer une force militaire européenne, pour donner de la consistance au gouvernement. En Grèce, on a nom.m.é Gochrane chef de mer, et Ghurch chef des forces de terre. Le premier a des hommes, le deuxième n'a rien. Je pense que le dernier échouera.
30 mai.
Le général Bouchu, commandant de l'École polytechnique en 1822, était sur le point de se marier, il avait acheté la corbeille et tous les cadeaux de noce. Content de ses acquisitions, il s'endormit, désireux de voir arriver le jour pour porter ses présents à sa belle, et voir son éi)louissement destiné à masquer la différence d'âge existant entre eux. Étouffant d'amour et de chaleur excessive (celle du mois de juillet), il avait laissé sa fenêtre ouverte. Le matin son domestique entre et lui dit :
(' Mon général a donc été malade cette nuit?
— Non.
— Mon général a donc rêvé cette nuit?
— Non.
— Gomment non? Qu'est-ce qui a donc alors fait ce qui infecte la chambre de mon général? »
Le général, impatienté, regarde, et il voit, dans sa chambre, au beau milieu, une énorme ordure.
En fureur, il veut sauter à bas de son lit, mais il lui manque ses bas, ses souliers, sa culotte... et enfin, il ne trouve plus la chère corbeille, ni les présents, ni l'argenterie, ni même son linge. Tout a disj)aru, il ne lui rc^^te plus que le parfum... et le souvenir.
Force lui fut d'attendre au milieu d'une colère qui se conçoit que son valet ait pu lui procurer des vêtements.
Deux ans après cet événement, un assassin est condamné à mort. Il raconte alors, qu'aidé de plusieurs voleurs, il était entré par la croisée ouverte toute grande, chez le général, qu'ils avaient allumé une bougie et l'avaient dévalisé pendant son sommeil.
Qu'au reste, il dormait si profondément qu'il n'avait rien entendu. Sans ce sommeil il était tué, car un de3 bandits le surveillait le poignard levé, afin de l'occire au moindre mouvement. Le voyant si calme, ils s'étaient amusés à lui laisser leur carte de visite odoriférante...
Il ajouta qu'il savait combien le général regrettait sa bonne montre et qu'il la trouverait dans un endroit qu'il désigna.
On l'y découvrit en effet.
Le général Bouchu avait épousé une personne charmante, qui est morte au bout de peu de temps.
Le maréchal de Trévise m'a raconté que cjuelqu'un, passant près do lui dans la nuit qui précédait celle de la mort de Louis XVIII, lui avait soufflé ces mots : « Louis meurt, Charles attend. »
Ce quelqu'un, que je devine, (''tait un courtisan de Louis XVIII, c'est M. de Sémonville.
14 juillet.
J'ai aujourd'hui entendu dire ;\ un général, député de rop])03ition, Sébastiani : « Notre attitude est fausse, nous mentons au gouvernement, et il nous ment aussi. 11 veut détruire la Charte et nous voulons le brider. Cet état ne peut donc durer longtemps, car les déceptions passent, et la vérité seule persiste et dure. Le Roi caresse la Congrégation, et essaye de nous amuser par des projets de loi qu'il retire; eh bien I nous verrons l'an prochain. Ce double jeu du Roi le perdra comme il a perdu Louis XVI. » Toutes ces choses annoncent de graves et sérieux événements pour l'avenir. »
Le général Horace Sébastiani disait : u Les événements
mûrissent en serre chaude; le temps marche trop vite pour les hommes. » Le prince de Talleyrand m'a dit que le Roi avait répondu le 30 avril à la lettre du duc de Doudeauville (1), qui lui envoyait sa démission :
« Mon cousin, j'ai reçu votre lettre. Votre démission me dispense des regrets.
Signé : Charles. »
(1) La Rochefoucault-Doudeauville, cousin du duc de Liancourt, était officier supérieur de cavalerie en 1789. Il émigra, mais ne prit pas les armes. Sous le Consulat, il se fixa dans ses terres de Montmirail, où il se montra d'une admirable bienfaisance. Pair de France, il devint ministre de la Maison du roi en 1824 et donna sa démission en 1827, à la suite du licenciement de la garde nationale. Il s'employa à une foule d'œuvres charitables. Sa femme fonda l'hospice La Rochefoucault, à Paris. La Rochefoucault-Doudeauville est l'auteur des « Pensées », mais non des Maximes. Détail curieux, c'est lui qui fit allonger les jupes des danseuses de l'Opéra.