‹ Souvenirs du général comte de Rumigny, aide de camp du roi Louis-PhilippeChapitre 4 sur 50 · X AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

X AVANT-PROPOS

le faisons dans la conscience de ce soldat, combien ces Princes qu'il vénère devaient être dignes de l'être pour que nul d'entre eux, pendant un tel laps de temps, n'ait amené ni déception, ni recul chez le fidèle ami. Il se révolte lorsqu'on parle devant lui de la parcimonie de Louis-Philippe; il sait — puisque souvent il était le messager — combien au contraire la bourse royale s'ouvrait largement pour aider ceux qui comptaient sur elle... même les adversaires. La Reine donnait par vertu chrétienne, le Roi par largesse naturelle. Ils n'étaient nullement ingrats pour les services rendus. La diplomatie qu'on prête parfois aux princes n'exerçait pas ses décevants effets sur ceux-ci. Ils n'avaient pas pour principe de négliger les hommes dont on est sûr poui" réserver sa bienveillance aux autres.

Les jeunes enfants de Leurs Altesses Royales grandissent autour du général, jouent souvent avec le serviteur fidèle qui les admire passionnément (1). Il veille à leur sécurité. Une nuit, au château de Neuilly, il entend un bruit insolite dans les escaliers. Il bondit, prend un vêtement sommaire, un pistolet, et s'élance à travers les marches. Une lumière faible se marque sur le mur : Il crie : « Qui va là? » Un rire lui répond et une voix qu'il connaît ajoute : « Ne craignez rien pour nous, général, rentrez vos foudres, mais puisque vous voiUi, venez m'aider à redresser Jeanne d'Arc qui s'effondre. »

Théodore posa son arme sur un degré et rejoignit

(1) Les jeunes princes avaient des petits noms intimes en famille, et leurs lettres au grand ami sont ainsi signées j Tan, petit nom du duc de Nemours, Totone, petit nom du prince de .Toinville. Mimi, petit nom du duc d*Aumale.

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la jeune princesse Marie, souriante sous sa coiffe de nuit, qui Temmena dans son atelier : « Voilà, expliqua-t-el.le, je ne pouvais dormir, je pensais à ma chère Jehanne,qui penchait terriblement hier au soir, j'ai bien peur qu'elle ne s'écroule. » Effectivement, la statue exquise modelée par l'artiste habile perdait son aplomb. Les deux travailleurs nocturnes lui rendirent son équilibre normal et, tandis qu'ils reprenaient le chemin de leurs chambres respectives, la princesse Marie dit gentiment :

«Merci, mon ami, vous avez sauvé mon héroïne, je vous ferai cadeau de la maquette, en revanche. »

Elle tint parole, cette sculpture est aujourd'hui encore sous globe, à Vichy, dans la villa Joinville, où réside la veuve du général de Rumigny.

Voici un autre trait qui peint bien la cordialité simple et la bonté du roi. Un jour, alors qu'il était encore duc d'Orléans, il revenait de Paris au château de Neuilly, accompagné de son aide de camp. Fatigué d'une journée d'audience, il avait voulu prendre le grand air, et les deux promeneurs marchaient silencieux. Quand ils entrèrent dans le parc, l'officier de service remarqua un homme accourant derrière eux. Il était tard, une pluie lourde commençait à tomber, le concierge avait refermé la barrière devant l'importun, mais une voix s'élevait, et ces mots arrivaient aux oreilles du Prince : « Signor, venite. )>

« Voyez donc ce qu'il veut, Rumigny », dit le Duc. L'aide de camp obéit et revint souriant :

« Monseigneur, c'est un Sicilien; il conduisait la barque sur laquelle Votre Altesse Royale allait pêcher dans le golfe de Naples quand elle était à Palerme. Il s'appelle Filippo.

— Filippo, je crois bien. Faites-le entrer. »

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