AIDES DE CAMP
DU ROI Palais de Saint -Gloud, 22 août 1834.
M. Guérard, professeur de mathématiques du prince de Joinville, nous a raconté ce soir les détails suivants sur les épreuves subies par le jeune prince à Brest.
L'un des deux professeurs inspecteurs de Brest nommés examinateurs du Prince est un homme du mouvement. Il vint trouver Guérard la veille de l'examen et lui dit : « Probablement il ne faudra pas pousser les examens de votre élève très à fond...
— Au contraire. Monsieur, lui dit Guérard, je vous prie, au nom du Roi, de le pousser à fond et de l'interroger avec la dernière sévérité, »
Le jour venu, Guérard était sur les épines; le pauvre Joinville était ému, il disait que tout le monde allait avoir les yeux sur lui, mais qu'il croyait être sûr de bien savoir.
Dans la salle des examens étaient réunis tous les capitaines de vaisseau, un certain nombre d'élèves de marine, quelques marins gradés et enfin douze maîtres d'équipage.
L'examen commença par le binôme de Newton que le Prince, d'abord un peu émotionné, déroula admirablement. Encouragé par le premier succès, il se remit assez vite.
La deuxième question était le calcul de la pile de boulets carrée.
La troisième, la triangulaire. Enfin, toutes les questions furent résolues avec une assurance, une volubilité, un choix d'expressions qui étonna les examinateurs et les assistants.
Les applaudissements de tous témoignèrent de la joie générale de l'assemblée.
En sortant, un maître d'équipage s'écria bien haut :
(1) M** la duchesse d'Angoulèrae, dont la chanté était inépuisable, payait souvent la libération des prisonniers pour dettes.
« Ah ! le petit N. de D... ! comme il vous décroche les formules ! »
Le lendemain, vint Texamen de navigation.
Le Prince répondit en présence de ces juges si compétents avec une perfection rare, surtout dans cette question :
1® Le vaisseau étant à pleines voiles, il paraît un grain dans le Sud-Ouest, le vaisseau allant au Nord.
2® La tempête se déclare, quelle manœuvre exécuterezvous?
Il répondit avec un aplomb qui électrisa l'auditoire. En sortant, les élèves demandèrent à l'amiral que le Prince montât au banc de quart, et prît le porte-voix.
Celui-ci y consentit, et le jeune homme, d'une voix ferme, commanda la manœuvre qui fut exécutée par les élèves avec une précision admirable. Il courut des bordées et revint au mouillage.
A chaque mouvement, il répétait avec aplomb le commandement pour faire parer aux manœuvres.
De tous les canots qui entouraient la corvette, partaient des applaudissements.
Enfin le succès a été complet, et le soir, les dames de Brest et les officiers offrirent au Prince des aiguillettes d'or, signe de son nouveau grade d'élève de première classe.
Près de Quimper, vingt bas Bretons en costume doré et vingt femmes en grand costume du pays se rendirent près de lui. Il se mit à dessiner à l'instant et fit le portrait de l'un d'eux, à la grande joie de tous les Bretons qui lui ont témoigné le plus vif plaisir à le voir.
Arrivé à Toulon le 17, il a appareillé tout de suite sur la frégate La Sirène.
Que Dieu le conduise et le conserve !