‹ Souvenirs du général comte de Rumigny, aide de camp du roi Louis-PhilippeChapitre 44 sur 50 · I^UMIGNY ET LA RÉVOLUTION DE 1848. CAMPAGNE DES · texte numérisé non relu

I^UMIGNY ET LA RÉVOLUTION DE 1848. CAMPAGNE DES

BANQUETS. MOLE. l'ÉMEUTE VICTORIEUSE.

l'abdication. MOT PEU GÉNÉREUX.

Détails sur Odilon Barrot

Le 24 février 1848, Odilon Barrot sortit des Tuileries après avoir accepté le ministère de l'Intérieur, objet de ses vœux et de ses efforts, but de sa longue et fougueuse opposition. Il sortit de la cour des Tuileries par le guichet de l'échelle et alla à la barricade qui était située rue Sainte- Anne. Arrivé là, il fut aidé par les émeutiers auxquels il dit : « C'est bien, mes amis, c'est bien. »

Ces paroles furent entendues par un témoin auriculaire, la dame N..., de qui je le tiens.

Dès qu'il fut reconnu, il fut salué du cri de : « Vive Barrot ! »

Il était entouré des plus tristes et atroces figures et le sieur X..., tailleur de cette rue, l'escortait avec des gens du National.

Arrivé au coin de la rue Neuve-des-Petits-Champs, il fut hissé sur un cheval qui paraissait harassé. Ce cheval, qui était de bonne nature, remuait et s'agitait un peu malgré ses fatigues. Alors, deux cochers, l'un de M. Paul Seguin, l'autre de M. Charles Seguin, appelés l'un le sieur Cornin et l'autre Leroy, prirent le cheval par la bride pour le calmer. L'un d'eux s'est exprimé ainsi devant moi : « M. Barrot était à demi mort de peur, la tête, abattue sur sa poitrine, était pâle comme la mort. Ses mains ne tenaient pas les rênes et chacun de nous le tenait par le bras pour qu'il ne tombât pas à terre. Il était suivi par

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quelques centaines de gueux, qui hurlaient à tue-tête : « Vive Odilon Barrot ! Vive la Réforme ! »

« Tout le monde était aux fenêtres et nous le regardions comme un homme prêt à se trouver mal.

« Nous le conduisîmes au ministère, où nous l'avons descendu de cheval.

« Tous les misérables qui l'accompagnaient le quittèrent dans la cour. »

Réflexions de Rumigny sur les événements

de 1848

Les événements qui se sont succédé depuis près d'une année ont justifié la résolution prise par le roi Louis- Philippe d'abdiquer une royauté devenue à peu près impossible. La fausse direction donnée aux idées du peuple, l'aberration dans laquelle la bourgeoisie de Paris surtout s'était laissé entraîner au sujet de la réforme électorale, rendaient la couronne un fardeau intolérable.

Les événements ont prouvé toute la folie des utopies nombreuses qui se sont fait jour parmi nous, les variantes multipliées dont nous avons vu l'exposition dans l'assemblée nationale et dans les clubs ont montré combien était profond le désordre moral et à quel point le peuple français a été perverti.

Les sociétés secrètes, certains journaux, s'étaient donné la mission de pousser les populations ouvrières à l'abîme qui maintenant menace de les engloutir. Le mal était profond; chaque jour augmentait les divisions politiques; les passions devenaient plus vive? et, lorsque les banquets furent à l'ordre du jour, il n'était plus possible de prévoir les déplorables conséquences de cette situation.

L'anarchie, la terreur, la ruine publique, la misère qui déjà envahit toutes les classes ont succédé à des jours d'une prospérité sans exemple, les plus beaux dont la France ait joui depuis plusieurs siècles. Il faut remonter âu règne de Philippe-Auguste pour trouver une série d'années aussi prospères que celles écoulées depuis 1830.

Toute l'Europe a participé à la paix générale, et, malgré la révolution de Juillet 1830, laquelle n'a eu lieu que dans des localités restreintes, aucune époque n'a présenté des dispositions aussi pacifiques parmi l'ensemble des gouvernants. Cette paix entre les peuples d'Europe avait développé le commerce et le bien-être chez tous. Selon l'expression d'un homme d'esprit, une mère et sa fille pouvaient voyager d'un bout à l'autre de l'ancien continent sans avoir à redouter une insulte, ni courir un danger réel. Un moment d'aveuglement, quelques heures de folie ont détruit pour longtemps l'espérance d'un avenir calme et prospère.

Depuis un certain nombre d'années, les utopies les plus audacieuses, les idées les plus anarchiques ont été émises et commentées par une presse sans frein. Les sociétés secrètes se sont nourries des poisons les plus dangereux; elles ont poussé des rameaux étendus et un génie infernal leur a inspiré l'audace et la persévérance. Elles ont déchaîné les éléments de la plus désolante anarchie. Le gouvernement du roi Louis-Philippe les a servies à souhait. La générosité du monarque, sa répugnance connue pour les punitions de longue durée et les châtiments sévères, la bonté de son noble cœur, ont contribué à assurer l'impunité aux conspirateurs. Ceux qui ont échappé au premier moment (lu danger qu'ils provoquaient par leurs révoltes étaient assurés au bout de quelques années d'un pardon qui n'était jamais invoqué en vain.

Dans les nations, il y a une masse d'hommes turbulents qu'aucune concession ne peut satisfaire parce que leurs passions et leur avidité sont sans bornes; Ces hommes s'abattaient sur la France comme sur une proie. Ceux qui étaient bannis, chassés pour leurs méfaits, rencontraient, grâce au nom de réfugiés, un asile et du pain.

La libérale constitution du royaume leur assurait un asile contre les châtiments mérités dans leur Patrie. A peine arrivés, ils étaient enrégimentés, asservis par les sociétés secrètes. Un des chefs a dit : « Que nous importe la moralité ! Ce qu'il nous faut pour atteindre notre but, ce sont des hommes audacieux et qui n'ont rien à perdre. »

A l'ombre de nos libertés, le venin se distillait dans les

veines d'un peuple imprévoyant. Depuis longtemps, la nation se laissait endormir par un vocabulaire républicain, quoiqu'elle fût monarchique au fond. Elle se ])laisait dans une opposition dangereuse, qui lui cachait l'abîme qu'elle ne croyait pas possible de rencontrer.

Si jamais une révolution a lieu, disait-on, on ne reverra jamais les turpitudes de la première, le peuple a fait trop de progrès pour cela. Ce sera une révolution morale et non pas sociale, la garde nationale de Paris est trop éclairée pour être violente, le dernier des ouvriers a trop d'éducation pour se laisser entraîner à des horreurs comme celles commises il y a cinquante ans. Ces belles paroles endormaient le bourgeois; il est si doux de croire au bien; mais, hélas ! le réveil est venu. Les Saturnales de février, les horreurs de juin, ont détrompé bien des hommes et détruit bien des illusions !

La mode de faire de l'opposition devint générale; elle affaiblit le respect bien dû à la constitution la plus libérale qui ait jamais régi un peuple. Elle était devenue sujet de moquerie et la force des lois était à peu près nulle.

L'inviolabilité royale, ce palladium des gouvernements constitutionnels, était une véritable dérision. Dans les dernières années, les écrivains s'attaquaient directement à la personne du Roi. On le mettait en cause, on lui attribuait des vices honteux tels que l'avarice, la cupidité, au moment même où il consommait la ruine de sa famille par des travaux gigantesques qui seront sa gloire dans la postérité.

Depuis quelques années, le Roi avait la pensée d'abdiquer; il ne le fit pas de peur de précipiter les événements qu'il ne prévoyait c^ue trop et qu'il pensait prévenir.

Il savait d'ailleurs tout ce qui se tramait contre le ministère conservateur, mais plein de respect pour sa constitution qu'il avait juré de défendre, il dut conserver ce ministère qui avait pour lui la majorité dans les deux Chambres. En agissant autrement, il eût cru trahir ses serments. La fidélité à la Constitution a pu contribuer à sa perte ; mais l'impartiale histoire lui en tiendra compte, aussi bien que du bonheur dont le peuple a joui sous son régne. Lors des événements, le Roi était dans une disposition

d'esprit qui le préparait à la retraite. La mort du duc d'Orléans et la plaie que chaque crise nouvelle creusait plus profondément arrêtèrent cette disposition. Il sentit que sa présence à la tête de la Nation était regardée par l'immense majorité du pays comme plus que jamais nécessaire à son salut. Mais en se résignant, il garda néanmoins l'espérance que la nation repousserait enfin les funestes doctrines dont on l'empoisonnait chaque jour et que luimême obtiendrait la justice due à son dévouement. Mais déjà le mal était sans remède. Puis, au milieu de toutes les tendances diverses, la Réforme, ce mot magique, apparut au comité qui dirigeait alors les attaques contre le ministère Guizot.

Trompée, aveuglée, la France cria en chœur : la Réforme ! Paris devait à la confiance inspirée par un gouvernement loyal et conservateur sa prospérité, le développement de son commerce; mais la ville donna dans le piège, réclamant : la Réforme !

Toute la population parisienne fut bientôt entraînée, les sociétés secrètes se chargèrent de la diriger. Le gouvernement prit d'abord les mesures propres à rassurer les esprits. 11 y réussit un moment et crut avoir assez fait. Cette fausse sécurité fut la cause de bien des fautes. On pensait que la garde nationale répondrait à l'appel de ses chefs lorsqu'elle verrait l'anarchie s'emparer des rues. On comptait sur le bon sens de la bourgeoisie et sur l'instinct de sa propre conservation. On se trompa encore !

L'heure du banquet (1) venue, un petit nombre d'hommes prit les armes. La plupart s'abstinrent et restèrent chez eux. Sans doute que les organisateurs du banquet ne voulaient que renverser le ministère Guizot et prendre sa place. On ne les accuse pas d'avoir voulu pousser les choses jusqu'où elles ont été, mais leur expérience et l'étude de l'histoire auraient dû leur apprendre que s'il est facile d'exciter les troubles, de lancer en avant les hommes sans

(1) L'opposition, Poutemie par les journaux socialistes sectaires La Réforme et Le National, avait inauguré, le 9 juillet 1847, la campagne des Banquets. En février 1848, les ministres Hébert et Duchâtel interdisent ces banquets séditieux, véritables foyers de révolte. Le National déclare quand môme qu'un banquet aura lieu le 22.

aveu que renferment les grandes cités, il n'en est pas de même quand il faut les arrêter.

Le 22, jour du banquet, les enfants perdus de l'émeute se trouvèrent sur la place de la Concorde. On en reconnaissait les chefs subalternes à leurs blouses blanches. Quelques pierres furent lancées contre les Tuileries. On n'en voulait encore qu'à la majorité des Chambres et au ministère. Mais, dans la nuit du 22 au 23, un grand nombre d'armes furent données aux émeutiers, par des gardes nationaux et, le 23 au matin, les séditieux prirent une attitude telle qu'on put prévoir dès lors une coUision sanglante.

Le Roi était exactement informé des progrès des événements.

Tout le monde était à son poste, et ce fut vers dix heures du matin, en apprenant ce qui s'était passé à la place des Petits-Pères, que le Roi demanda à M. Guizot ce qu'il pouvait faire en ces circonstances. Celui-ci, en homme d'honneur, répondit : « Sire, je ne sais pas ce que je puis faire, mais je sais que je ne puis pas faire ces deux choses : l'une, accorder la Réforme; l'autre, faire tirer sur la garde nationale. »

Cette réponse fut suivie de l'appel du comte Mole. On sait par le Moniteur ce qui se passa à la Chambre et le dévouement des ministres conservateurs, qui attendaient au milieu du danger l'avènement de leurs successeurs.

Pendant que M. Mole cherchait à réunir un ministère, la garde nationale lâchait pied. Déjà même la 3^ légion, réunie sur la place des Victoires, croisait la baïonnette contre la cavalerie qui chargeait les émeutiers qui poussaient le cri de : Vive la Réforme !

La résistance devenait de plus en plus opiniâtre; on faisait des barricades ; les fusils, les munitions, se distribuaient à tous ceux qui en demandaient. Et cette distribution était faite par ceux à qui la Patrie avait confié des armes pour défendre la Constitution et le Roi (1) ! Il n'était pas encore question de renverser le Roi, on n'en voulait qu'à M. Guizot et à ses collègues. Mais le Roi n'avait plus

(1) Toujours le sabre de M. Prudhomme.

que deux partis à prendre : ou verser le sang à flots en faisant attaquer les gardes nationaux, ou céder la place à son successeur. Toutefois, il voulut attendre l'efïet de la nomination du comte Mole comme président du Conseil.

Quelques engagements sérieux de part et d'autre eurent lieu le 23. Il était cependant facile de prévoir que, si le ministère n'était pas formé dans la journée, la bataille, le lendemain, serait plus grave et plus générale. Tous les moyens étaient mis en œuvre pour passionner les masses. Vers le soir, la nomination du comte Mole étant connue, elle produisit une satisfaction unanime. Le Roi annonçait assez par cet acte qu'il consentait à la Réforme. Les troupes mirent l'arme au pied, on illumina par toutes les rues.

L'émeute semblait terminée et la joie sincère, lorsque des hommes à figures sinistres et armés de torches vinrent semer l'épouvante dans tous les quartiers par leurs danses et leurs hurlements sauvages. Ils se groupèrent dans les bureaux du National et de la Réforme où les comités d'action étaient en permanence. Après un conseil tenu par les chefs de ces journaux, le mot d'ordre est donné. Lagrange est désigné pour commander une horde d'hommes déterminés. Ils sont munis de torches et portent des armes cachées. Un tombereau tout attelé est placé sous une porte ccchère rue Gaumartin. On se propose de réj)éter ce qui s'est passé lors de la tragique promenade du cadavre d'une femme en juillet 1830. Plusieurs de ceux qui avaient été du premier complot devaient être du second. Arrivés sur le boulevard, Lagrange et ses hommes se placent en face de la troupe qui garde le ministère des Affaires étrangères.

En vain ils insultent les soldats en leur passant leurs torches sous la figure, même en essayant de brûler leurs vêtements. Immobiles à leur rang, ces braves les laissent faire. Ils ont ordre de ne pas tirer; ils respectent la consigne.

« Gela ne se passera pas ainsi », s'écrie Lagrange furieux. Un coup de pistolet part en même temps. G'est Lagrange qui l'a tiré. La balle va frapper le cheval du chef de bataillon à la jambe. A cette lâche agression, le soldat de la droite du peloton tire un cou}) de fusil qui, à l'instant, est suivi du feu de chaque homme du même peloton. Tout

soldat qui a été dans le rang pendant quelques mois sait que le feu d'un homme entraîne souvent le feu d'un peloton et d'un bataillon entier, malgré les ordres contraires. C'est un mouvement naturel et nerveux qu'il est difficile de réprimer, surtout lorsque l'attention est distraite par ce qui se passe hors des rangs.

Aucun commandement n'avait été donné; l'impulsion des soldats avait été irrésistible devant cette indigne provocation. De nombreuses victimes tombèrent sur le pavé, et Lagrange et ses complices purent s'applaudir du succès de leur horrible complot. Le tombereau, préparé d'avance par les auteurs de cette machination, fut chargé d'autant de cadavres qu'on en put ramasser. Les hommes de la Réforme le promenèrent ensuite dans Paris.

Le funèbre cortège, semant sur sa route le mensonge et la calomnie, criait : Vengeance ! Vengeance ! Le Roi fait assassiner le peuple !

Aussitôt le tocsin sonne dans plusieurs paroisses, et le son lugubre des cloches de Saint-Sulpice et de Saint-Germain-TAuxerrois annonce à la fois la fin de la monarchie et celle du « bonheur de la France ! »

M. Mole était à onze heures aux Tuileries. Il déclara au roi l'impossibilité de réunir un ministère sous sa présidence. Alors M. Thiers, mandé par le Roi, offrit d'organiser un ministère de gauche et demanda la Réforme, qui fut agréée.

A la même heure, le loyal maréchal Bugeaud prenait les ordres du Roi. Il se rendit bientôt au Carrousel où il fit toutes les dispositions militaires requises en pareil cas.

De l'état-major de la garde nationale, il envoyait ses ordres. Chaque chef de colonne reçut ses instructions. Le commandement fut confié au général Sébastiani, au général Bedeau et au général Perrot, commandant de place.

Toutes les éventualités furent prévues. L'ordre général était de ne pas provoquer, mais de repousser par la force toute résistance armée et contraire à la loi.

L'attentat de Lagrange et de ses complices avait changé la face des choses. Ce n'était plus une émeute plus ou moins intense, c'était une insurrection complète, armée et fortifiée. Aux cris de Vengeance ! proférés par les gens qui escortaient le tombereau, les ouvriers répondirent par

d'autres cris semblables : Vengeance ! On assassine le peuple ! A bas Louis-Philippe ! L'infernal stratagème de Lagrange portait ses fruits. Il n'y aurait pas de peine assez sévère pour punir un pareil forfait, s'il n'était l'effet de la démence la plus caractérisée. Cependant, l'homme qui en est atteint siège sur les bancs de l'Assemblée nationale et du haut de la Montagne, il peut impunément faire entendre ses protestations hypocrites en faveur des bandits qui ont si bien suivi en juin la leçon de février ! Horreur !

On répandait le bruit : le Roi fait massacrer le peuple ! alors qu'il se refusait au contraire à verser le sang pour une cause à peu près personnelle.

Exempt de crainte pour lui-même, comme il Ta prouvé en tant d'occasions douloureuses, il ne put se décider à laisser agir, en toute liberté, les hommes d'énergie qui l'entouraient. La pensée des massacres, qu'il voulait éviter à tout prix, se présentait avec horreur à son esprit. Toute sa vie avait été la preuve de son aversion insurmontable pour les guerres civiles. Il a été conséquent avec lui-même dans ce moment solennel. Sa bonne foi et sa loyauté l'ont fait consentir à déposer une couronne qu'il n'avait prise en 1830 que pour épargner à la France le honteux spectacle dont nous avons été les témoins et les victimes depuis février dernier.

Ainsi finit la journée du 23.

L'abdication du Roi fut demandée par ses ministres du moment. Je les crois de bonne foi et que la Régence leur parut un moyen de conciliation. Le Roi régne et ne gouverne pas. Mot vide de sens, puisque c'est toujours sur le Roi c[ue retombent les fautes de ses ministres. C'est une porte ouverte aux ambitieux qui jettent leur portefeuille lorsque la moindre difficulté ou le moindre danger se présente, puis ils vont tranquillement s'asseoir au foyer domestique pendant que leur Roi en exil, en proie aux souffrances du cœur, est, comme dans le cas présent, dans une position voisine de la pauvreté, sans avenir pour sa famille si digne d'un meilleur sort.

Lorsque le Roi eut abdiqué, il se retira pour prouver

la sincérité de son désir de voir Paris reprendre son calme habituel.

Confiant dans la nation, il remit entre ses mains les fils et la veuve du duc d'Orléans.

C'est le lendemain seulement, à Dreux, auprès du tombeau de ce fils chéri, qu'il apprit l'accueil fait à ces orphelins et à leur mère.

Un détail qui m'a frappé en ce moment d'immense trouble où tant de gens entraient et sortaient du cabinet du Roi, c'est la venue d'un homme en uniforme d'Alfort annonçant que le peuple ne souffrait plus de retard. Louis- Philippe le regarda un moment, puis d'un geste brusque il saisit la plume et écrivit avec son sang-froid habituel l'abdication qu'il remit aux mains de M. de Girardin, qui dit à demi-voix en se retournant : « Je la tiens enfin. » Peut-être croyait-il par là sauver la Monarchie.

La Reine, avec son courage invincible de grande chrétienne, s'opposa d'abord à l'abdication, et lorsqu'elle vit que le Roi allait signer, elle s'écria : « Ils ne sont pas dignes d'un roi aussi bon, et bientôt ils se repentiront. »

Puis, se tournant vers moi, elle me dit : « Allez 5ter votre uniforme et accompagnez le Roi. »

Je courus vite chez moi; je pris en hâte un habit bourgeois. En redescendant, je vis le Roi dans la grande allée du jardin. Il était accompagné de la Reine, du duc de Montpensier et d€S enfants du duc de Nemours.

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