‹ Souvenirs du lieutenant général comte Mathieu Dumas de 1770 à 1836 (volume 2)Chapitre 10 sur 102 · ETUDES ET TRAVAUX · texte numérisé non relu

ETUDES ET TRAVAUX

« landais. » — N'est-il pas extraordinaire que je puisse aujourd'hui , d'après le récit d'un témoin oculaire y parler d'une bataille livrée depuis cent vingt ans ?

Peu de temps après, le marquis de Castries, qui avait le commandement supérieur de la Flandre française y et qui, gouverneur de Montpellier y connaissait et protégeait ma famille , passant en revue le régiment de Médoc, m'accueillit et m'encouragea. Je lui présentai un essai sur les reconnaissances de terrain ; il m'appela à son quartier général à Lille, où venait de se former la grande école de théorie pour les nouvelles manœuvres proposées par le major Pirsch. On s'occupait enfin de fixer les principes de notre excellente ordonnance d'infanterie d'après celle des armées prussiennes , qu'on avait jusque-là ou mal conçue ou trop servilement et diversement imitée. On s'appropria ces méthodes simples applicables à toute espèce de formation pour rompre et rétablir l'ordre de bataille, selon le besoin. On régla, on limita l'école du peloton pour la manœuvre du bataillon et l'école du bataillon pour les manœuvres de ligne; on prescrivit surtout et l'on obtint promptement de l'intelligence française, l'uniformité de commandement pour les détails et pour l'ensemble. Ces principes, une fois acquis et pour ainsi dire

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implantés dans l'instruction de l'infanterie fran^ çaise et ensuite appliqués à celle de la cavalerie avec les modifications exigées par la différence des armes 9 ne se sont jamais perdus. Ils ont résisté à l'exagération , à l'esprit de système et de préférence pour tel ou tel ordre de bataille; leur excellence a été prouvée par l'expérience à la guerre dans toutes les suppositions possibles ; et comme la négligence de l'insti'uction de détail à laquelle on a souvent été forcé n'a jamais fait oublier ni même af&ibli ces principes , les perfectionnements essayés y introduits pendant les loisirs de la paix par une instruction plus éclairée et plus soignée y n'ont point altéré la solidité du fonds.

Le marquis de Castries voulut bien m'interroger sur le genre de mes études. Il me donna lui-même une sorte de problème à résoudre dans une instruction pour une reconnaissance relative à un investissement de la place de Yalenciennes. Il me présenta et merecommandaparticulièrement au comte de Puységur, lieutenant général, l'un des meilleurs inspecteurs d'infanterie , qui ne tarda pas à m'attacher à lui , comme son aide de camp, et m'bonora constamment d'un intérêt tout paternel. Je dus à ses sages conseils ^ même k sa sévérité, de ne pas me laisser distraire de mes études militaires , et entraîner par un goût trop

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vif j>oar là littérature et les plaisirs de là tociété. Mon excellent protecteur ne jugea point à pro-f pos de iiie détacher de. mon régiment; — c'était )à, me disait-il, qu'étaient mon premier devoir, tnon occupation la plus utile et le fond du métier. Quand je l'avais aiccompagné dans les inspections et que j'avais séjourné quelque temps dans sa famille, il me renvoyait k ma garnison.

Vers la fiii de l'année 1776, le régiment de Médoc quitta Valencîennes pour occuper la place du Quésnoy, ce qui m'éloignfait très-peu de Ift résidence la plus habituelle de mon général , atl château de Raysmes, chez son beau-père le mar^^ quis de Cemay. Ije système militaire de M. de Saint-Germain s'établissait alors et occupait toute l'armée. J'écrivis des observations sur les nouvefles ordonhances. Mon colonel me permit d'essayer, dans un simulacre d'attaque de poste, uri tracé de retranchements que j'avais proposé dansi mùn tnémoire sur l'investissement de Valenciennes.

décrivis aussi , pendant mon séjour au Questi5y, une table analytique de tous les objets à considérer dans- leâ recontiaissances de terraiti ihelàtiveâ atrx dîffércintes opérations de gtierre : c'était uni résumé des notes que j'avais faites {Pendant tneti lectures , ayant toujours en vue cet objet principal.

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En 1777 9 le régiment ayant été mis en marche pour Calais^ je fus rappelé à Duakerque par le comte de Puységur. Il .commandait dans cette partie de k Flandre ^ et avait été chargé d'une mi^ion particulière. L'insurrection des colonies anglaises de l'Amérique septentrionale avait éclaté depuis 1775 ^ Le gouvernement français qui, depuis la paix de 1 763 et la perte* dé la belle colonie du Canada^ siip(portait impatiemment les conditions humiliantes qu'il avait été forcé d'stûcep ter y après une guerre aussi malheureuse que mal conduite, voyait avec une secrète joie lesilor rissantes colonies de l'Angleterre prêtes à s'éman* ciper; il souhaitait leurs succès et favorisait leurs efforts. Ses secours^ non encore avoués, avaient excité les plus vives réclamations de la part de l'Angleterre. Louis XVI, dès son avènement an trône, avait donné tous ses soins au rétablissement de la marine; on préparait de grands^ arme* i^ents dans les arsenaux de Sj^est et de Tpulon. Des ofi&ciers français, dont une longue paix excitait l'ardeur impatiente , passaient en Amérique; ils étaient accueillis dans les rangs, des insurgés. {je jeune niarquis de la Fayette avait donpé , des premiers, l'exemple du plus généreux dévone-

I Lire lés mémoires c(e M. de Ségur et l'histoire de la guerre américaine.

I fÇ premieHs secours

ment à la cause de rindépendance américaine I aussitôt qu'elle avait été proclamée. Il avait armé

f un bâtiment de. guerre à ses frais et s'était rendu

comme volontaire à Tarmée du général Washington, sinon avec l'autorisation ^ du moins avec l'approbation du roi et de ses ministres ^ qui n'avaient pu ignorer une démarche si éclatante. M. le maréchal de Castries me fit proposer d'accompagner M. de la Fayette avec quelques autres officiers; j'acceptai avec empressement, mais c'était déjà trop tard. Le gouvernement, qui avait encore intérêt à dissimuler ses secours, arrêta pour quelque temps cette espèce d'émigration.

La guerre entre les deux puissances maritimes rivales était imminente, et cependant les apprêts étaient encore couverts d'un voile mystérieux. Un train d'artillerie de campagne, destiné aux insurgés, avait été préparé à l'arsenal de Douay et devait traverser Dunkerque pour être embarqué à Ostende. On sait qu'il y avait alors à Dunkerque un commissaire anglais chargé de veiller à ce que les ouvrages d'art et les défenses maritimes de ce port , détruits par l'article le plus honteux du traité de 1763, ne fussent point rétablis. Il avait fallu , il fallait encore dévorer cet affront et dérober à M. Frazer, ingénieur et commissaire anglais, le passage et l'expédition de cette artillerie.

AUX INSURGÉS AMÉKlGAmS. I7

Les réclamations de cet officier, dans le cas où il aurait été informé immédiatement du .passage et de la direction du convoi j eussent embarrassé le commandant en chef. Le comte de Puységur, pour prévenir des difficultés au moins impor^ tunes y invita M. Frazer à dîner chez lui avec les principaux officiers de la garnison; je fus chargé de veiller à ce qu'aucun message ne parvint au commissaire anglais et de le retenir le plus longtemps possible en prolongeant la conversation sur des détails de métier. Je jouai de mon mieux, mais avec un secret dépit, ce rôle humiliant. Le convoi traversa la ville à l'entrée de la nuit , et fut dirigé sur Ostende. Le commissaire anglais l'ignora ou feignit de l'ignorer.

Je passai le reste de l'hiver à Calais ; je rejoignis, ensuite mon général et l'accompagnai dans ses inspections. Ibm'amena avec lui à Paris, où j'obtins , pour mon frère Saint-Marcel , un emploi de sous-lieutenant dans le régiment d'Aquitaine, commandé par le marquis de Grillon. De retour à Calais, je m'occupai avec mon ami Poncet de faire une reconnaissance des côtes et des ports de la Manche. J'étais loin de prévoir que ce travail dût m'être un jour personnellement utile, et que je verrais se réaliser des suppositions d'expédition contre l'Angleterre que je faisais alors comme on se donne un problème à résoudre. L a

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