DANS LES ALPES
Berwick et les notes excellentes de mon guide.
J'avais rencontré un camarade , M. Poncet, qui partageait mon goût pour l'étude. Il s'était d'àlK)rd destiné comme moi à l'arme du génie, et il avait le même désir de tirer parti pour son avan-^ cément des premières connaissances qu'il avait acquises : nous nous liâmes étroitement. Dès que la saison le permit, nous fîmes ensemble plusieurs reconnaissances. Le marquis de Mauroy voulut faire avec nous une tournée dans les hautes Alpes. Nous visitâmes les principaux cols et passages , les positions les plus importantes et les postes les plus connus par divers événements de l'ancienne guerre. Nous figurions nos itinéraires et nous faisions ensuite des rapports ou mémoires sur ces reconnaissances.
L'hiver suivant le bataillon dont je faisais partie ayant relevé la garnison du fort des trois têtes y je profitai de cette espèce d'exil pour m'appliquer plus sérieusement à l'étude de l'attaque et de la défense des places, et pour m'exer» cer au dessin des cartes et plans. Vers cette époque ( 1 7 74)? qui fiit celle de la mort de Louis XV et de l'avènement de Louis XVI, j'obtins un congé; pendant mon absence, le régiment de Médoc, qui depuis la guerre de 1757 , après avoir fait partie de l'armée du siège de M afaon , était resté dans les provinces méridionales , fut porté
lO ETUDES ET TRAVAUX
dans le nord et d'abord à Yalenciennes. Avant de ' le rejoindre , je passai quelques semaines à Paris chez mon colonel , le marquis de Mauroy, Je fus présenté par lui an comte de Maillebois, l'un de nos meilleurs généraux, qufi sa disgrâce avait privé des plus hauts honneurs militaires, mf is dont ks talents supérieurs n'en étaient pas moins reconnus par ses rivaux. Il m'accaieillit avec beaucoup de biei|veillance et me donna de bons conseils.
Je trouvai à Valphciennes de nouvelles et de phis grandes ressources pour mon instruction. Je rencontrai dans Le régiment Dauphin infanterie qui feisait partie de la garnison qudques officiers qui s'occupaient ainsi que mon cama* rade Poncet et moi de l'étu/de du métier : parmi ces officiers étaient M. de Servan^frèr» du célèbre avocat général au parli^nent de Grenoble , et qui fut depuis appelé au ministère de la guerre; il écrivait alors l'ouvrage qu'il a donné depuis sous le titre du soldai citoyen ; M. Lacu^ , ministre de l'administration de la guerre sous Fempire, qui rédigeait divers arficles pour TËpcyclopédie, et le comte de Grinsioard, le même qui publia un essai^sur les bdtaiUe3. Je travaillai beaucoup avec eux ; j'étudiai l'histpire dps gu^ernes de Flandr/e et les campagnes de nos meilleure généraux sur cette frontiiène. J'allai visiter l^s
EN FLA.NDR£. I 1
plus Êimeux champs de bataille , tels que ceux de DenaiD , Fontenoy , etc. Je .parcourais uu jouf* celui de Malplaquet, et, suivant la relatioa crir tique de Feuquières que j'avais sous les jeux ^ je cherchais daps le bois de Sars le passage par lequel le prinpe Eogène, après avoir tourné l'aile gauche de la ligne française , rompit et sépara la cavalarie et décida par ce mouvement le. sort de cette sanglante journée si funeste aux armées françaises. Un vieillard que je rencontrai sur uae ancienpie route qui traverse le bois^ et qu'on appelle encore la chaussée de Brunehaut, réponr dit à mes questions sur ces localités d'une manière aussi précise que s'il eût été témoin de l'action ; « saps doigte, j> me dit-il , « j'y étaif ; j'acce compagnais mon père, le meunier qui servit « de guide au prince ; j'étais alors ( 1 1 septemi- <c bre 1 709) âgé de 1 4 ans et je n'ai rien oublié (( 4^ tout ce que j'ai vu. » U n^e rendit en e£Cet un i^ompte fidèle descon^bats livrés sur différents points, et ses indications se trouvaient parfait(&^ ment d'accord avec la relation de Feuquières. -a Voilà, me disait*il, le sentier que nous suivi* <c mies en partant du moulin ; voyez cette p^ite ce chapelle encore criblée de balles : c'était là le tt milieu et le plus fort de la bataille. Plus lojin a vers la droite vous verrez encore les grosses « haies derrière lesqueUes périrent tant de HoU