‹ Souvenirs du lieutenant général comte Mathieu Dumas de 1770 à 1836 (volume 2)Chapitre 11 sur 102 · RECONNAISSANCE DBS PORTS DE LA MANCHE · texte numérisé non relu

RECONNAISSANCE DBS PORTS DE LA MANCHE

Lç comte de Maillebois, qui avait mûri un projet de descente en Angleterre, dont les apprêts ressemblaient à ceux qu'a depuis exécutés Napoléon ^ venait d'être chargé par le ministre de la guerre d'examiner quelles dispositions on pourrait faire dans les petits ports de la Manche entre Dunkerque et Boulogne, et plus particulièi^ement pour le rétablissement de celui d'Ambleteuse, depuis longtemps abandonné. Il m'envoya une instruction détaillée sur cet objet, et ne tarda pas à se rendre lui-même à Am^bleteuse, où je lui présentai le plan que j'avais levé et le mémoire que j'avais préparé d'après ses indications. Je l'accompagnai ensuite dans la tournée qu'il fit sur la frontière du nord pour visiter divers cliamps de bataille que, pour la plupart, j'avais déjà reconnus. J'admirai la promptitude du coup d'œil, la justesse des observations de ce général, auquel il n'a manqué, sans doute, que des circonstances favorables pour s'élever au plus haut rang.

La guerre éclata au commencement de l'année j 778 entre la France et l'Angleterre. Un grand plan d'offensive fut résolu par le cabinet de Vei^ sailles. Pendant qu'on pressait les armements dans les ports de Brest et de Cadix, et qu'on méditait la réunion d'une grande flotte combinée, une expédition secrète, confiée au comte d'Estaing pour frapper un coup inattendu aux An-

gàmp de wussieux. 19

tUles 9 porter des secours et opérer une diversion utile aux insurgés, sortait de Toulon. La flotte française de Brest , sous les ordres du comte d'Orvilliers, attaquait la flotte anglaise à Fouvert de la Manche. Chi rassemblait en même temps des troupes dans les camps de Yaussieux en Nor* mandie et de Paramé en Bretagne. Le comte de Puységur était employé à ce dernier camp, et je devais m'y rendre; mais le régiment de Médoc ayant reçu l'ordre de faire partie du camp de Vaussieux Jene pus en être détaché. Le régiment fut d'abord cantonné à Vire et entra dans la formation d'une brigade spécialement destinée k manœuvrer sous le commandementdeM. le comte de Rochambeau. Le corps d'armée qui devait se rassembler dans (a plaine de Vaussieux était composé d'environ vingt mille hommes de toutes armes sous les ordres de M. le maréchal de Broglie. Il fut convenu qu'on y ferait l'essai d'un nouveau système proposé par M. de Mesnil-Durand, connu sous le nom d'ordre pro/brui y en le comparant à celui de la nouvelle ordonnance, ou système prussien simplifié, qu'on appelait ordre mince. Les troupes d'infanterie furent pendant deux mois exercées dans leurs cantonnements respectifs à la formation et aux manœuvres de ï ordre profond ^ à l'exception de la brigade commatidée par M. de Rochambeau. Ce général

aO CAMP DE VAUSSIEUX.

établit son quartier à Vire, et fit exercer sous ses yeux cette brigade de comparaison en suivant strictement la nouvelle ordonnance française. Je m'appliquai à bien étudier les deux systèmes, les écrits polémiques et les instructions particulières publiées à cette occasion. Recommandé particulièrement par M. le comte de Puységur, je fus accueilli et distingué par M. de Rochambeau.

Dès que nous fûmes campés à Vaussieux , je levai à vue la position du camp et celle des terrains environnants où devaient s'exécuter les manœuvres de détail et d'ensemble, ainsi que les différentes applications. Je ne laissais pas échapper une occasion de m'instruire et d'observer. J'acquis la conviction que le système de M. de MesnÛ-Durand n'offrait qu'une vaine théorie, une formation habituelle, lourde et embarrassante, des changements de dénomination pour les fractions de la hgne de bataille qui ne présentaient aucun avantage; tandis que notre ordonnance donnait tous les moyens d'exécuter les mêmes manœuvres, de former des. colonnes ou des carrés , et de déployer avec plus de célérité. Des officiers instruits par l'expérience de la guerre partageaient mon opinion. Le comte de Rochambeau, qui, dans les manœuvres de brigade , avait fait valoir ces avantages , les fit triompher dans une application au terrain qui donna lieu à de

gâmp de saint-halo. ai

vives discussions. Resserré dans sa position , d'après les distances calculées, il était presque enveloppé par de nombreuses colonnes , et le déploiement de celles qui l'avaient débordé devait terminer ce simulacre d'attaque h l'avantage du système de Mesnil-Durand ; mais le général Rochambeau ayant alors ordonné au général Lukner, qui commandait sa cavalerie (à peu près dix escadrons) , de former un rideau en avant de sa ligne y exécuta sa retraite à la faveur de charges simulées de cette cavalerie , qui s'écoula rapidement par les intervalles de bataillons. Le ploiement en colonnes se fit avec tant de prestesse y la marche en retraite fut si rapide et en si bon ordre, qu'il eut le temps d'aller prendre une bonne position hors de portée, et telle que les colonnes convergentes sur la position qu'il avait quittée durent renoncer à le poursuivre.

Après la levée du camp, le régiment de Médoc fut envoyé à Lille , et peu de temps après sur la côte de Brest au commencement de l'année 1 779. Le projet et les préparatifs d'une descente en Angleterre devinrent plus sérieux. La flotte combinée espagnole et française fut réunie dans le port de Brest; les ports de Saint-Malô et du Havre furent destinés à l'embarquement des troupes, qui furent cantonnées dans les provinces de Normandie et de Bretagne. Le comte de Vaux,

U2 PRléPARATIFS DE PESCElfTE

nommé commandant en chef de Texpédition, établit son quartier général à Saint-Malô. Douze bataillons de grenadiers et chasseurs tirés de différents régiments qui ne faisaient point partie de l'armée y furent réunis aux environs de Saint-' Malo sous le commandement du comte de Ro-> chambeau. Ceux du régiment de Médoc furent compris dans cette élite qui devait former l'avant* garde; je marchai donc avec eux. Le comte de Puységur y major général de cette armée , m'appela auprès de lui^ et^ sans discontinuer mon service comme lieutenant de chasseurs, je rem* plis aussi près de mon général mes fonctions d'aide de camp avec son jeune frère , le cheva* lier, et son cousin le comte Maxime de Puységur. J'étais employé très-activement aux détails multi* plies du service d'état-major pour tout ce qui était relatif aux préparatifs d'embarquement soit des troupes, soit du matériel de l'artillerie et des munitions de bouche , ainsi qu'à la correspondance. La rédaction des tableaux d'embarquement et des diverses instructions, d'après les rapports des chefs des différentes armes, fut pour moi, sous un maître aussi habile, une occupation très-profilable. Je suivis assidûment les essais d'embarquement et de débarquement que le comte de Rochambeau faisait exécuter fréquemment à son corps d'avant-garde.

EN AMOLETERRE. l3

Vers la fin d'août^ la grande flotte combinée, commandée par le comte d'Orvilliers , étant sortie de Brest au nombre de soixante vaisseaux de guerre, pour aller à la rencontre de la flotte anglaise, et la contraindre à abandonner les parages delà Manche, nous attendions avec impatience la frégate qui devait nous apporter l'ordre d'appareiller; mais notre attente fut trompée; les Anglais restèrent dans leur port; il n'y eut point d'engagement général. Les maladies ravageaient les équipages français et espagnols; et le comte d'Orvilliers, après une fatigante croisière, après une vaine démonstration de forces supérieures devant Plymouth , fut obligé de faire rentrer à Brest la flotte combinée. Les Espagnols, mécontents, ne tardèrent pas à s'en séparer, et firent voile pour Cadix. Ainsi se termina cette campagne dont les apprêts avaient coûté des sommes immenses. Le projet de descente en Angleterre fut abandonné.

Le comte de Puységur avait obtenu pour moi une commission de capitaine; j'allai le rejoindre en Flandre , et je revins avec lui à Paris au mois de janvier 1780.

^4 GUERRE d'Amérique.

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