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de nos alliés et les nouvelles circonstances qu'on n'avait pu prévoir.
Après la tourmente que nous avions essuyée dans le golfe de Gascogne, cette navigation dans de belles mers fut un doux repos , une véritable fête. Un vent léger enflait toutes les voiles et tempérait la chaleur pendant le jour : les nuits étaient charmantes. Nous jouissions avec délices de la sérénité de l'air; on ne changeait point les amarres, et le vaisseau bien appuyé ne faisait presque aucun mouvement. On eût dit que cette belle machine, comme un corps animé, avançait par sa propre volonté, par ses propres forces^ et qu'elle n'atteignait les vagues qui fuyaient devant elle que pour achever de les aplanir. Nous continuâmes à gouverner au sud jusqu'au 3o mai. Nous nous trouvions alors par les ^S^ 58' de la* titude et 34** 44" ^^ longitude. Notre brave capitaine, M. de la Clochetterie, nous démontrait qu'il était préférable défaire un si long détour, au lieu de prendre la route moyenne en rangeant de près les Açores.
Les vents alizés en deçà du tropique sont ordinairement, disait-il, des vents de nord-est et d'est-nord-ouest; et ceux qu'on trouve au delà sont des vents de sud-est. Sous le tropique on a des vents d'est franc. Avant d'être parvenu à la latitude où l'on peut profiter de ces vents gêné-
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raux, il est assez ordinaire d'éprouver des coups de vent et beaucoup de calmes dont ia cause constante parait être la réduction des vents et des courants contraires du nord et du sud à une même direction d'est en ouest. Les forces se trouvant détruites ou balancées doivent procure!* dés calmes^ et des réactions accidentelles , nécessairement violentes, doivent occasionner des coups de vent dans les zones les plus prochaines de celle où l'on trouve les vents généraux. Il est donc plus sage de prendre du sud jusqu'à ce qu'on les ait dépassées, et cette route est plus »ure que si on se mettait le plus tôt possible en latitude du point où l'on veut atterrir.
Nous commencions à douter de la véritable destination de l'expédition. La plupart des offi* ciers de marine pensaient que nous allions à Saint-Domingue, et qu'on avait couvert, par de faux apprêts pour l'Amérique septentrionale, une réunion de forces de terre et de mer destinnées à attaquer la Jamaïque. La constance de l'amirai à gouverner au sud , quoique nous eussioiis atteint depuis plusieurs jours la zone des vents généraux, rendait cette conjecture très-vraisem^ blable. J'en étais pour mon compte fort alarmé ; j'apercevais de nombreuses difficultés à cette réunion de forces ; l'excessive cbaleur du climat me déplaisait beaucoup, mais surtout j'avaiâ
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épouâé de cœur la cause de l'indépendance des Américains, et ce n'eut été qu'avec le plus vif regret que j'eusse renoncé à l'honneur de com^ battre pour leur liberté. Enfin dans la nuit du ag au 3o mai, l'amiral ayant fait signal de mettre le cap à l'ouest , tous nos doutes furent levés.
Du i^'* au i5 mai, nous avions passé du 34^ au 6a^ de longitude; nous nous maintenions toujours à peu près dans les mêmes latitudes : nous avions donc parcouru un espace d'environ huit cents tieues, sans éprouver aucune contrariété, et sans avoir fait d'autre rencontre que celle de cinq bâtiments qui croisaient notre route, et que l'amiral ne fit chasser par les frégates et par un vaisseau que pour éclairer sa marche. Un brick anglais, venant d'Halifax, et allant à Saint-Christophe, tomba dans l'escadre, et fut pris par la frégate lu Sufveillante, Le capitaine nous apprit que Charlesiown avait été assiégé et pris par le général Ginton. L'amiral donna ses instructions pour l'ordre du combat en cas que nous rencontrassions l'ennemi , et ses dispositions pour le débarquement. Le comte de Rochambeau fit aussi connaître les siennes par un ordre du jour qui fixait l'ordre de bataille, et où tout était prévu avec autant de clarté que de précision. Les jours suivants , l'amiral ayant fait mettre le cap au nord-est, exerça l'escadre à pas-
'in TRAV£llséË.
ser de l'ordre de marche à l'ordre de bataille , le convoi restant sous le vent. La frégate la Surveillante chassa et prit un brick armé de douze canons. Le capitaine de ce bâtiment, im major, et quelques autres officiers qui passaient de l'armée du général Clinton à celle du général Waughan aux îles du Vent, confirmèrent la nouvelle de la prise de Charlestown par le général Clinton, le i5 mai. Le général américain Lincoln, après avoir, avec la brave garnison , défendu la place pendant quarante -six jours de tranchée ouverte , avait été forcé de capituler : ces prisonniers nous dirent aussi que leurs troupes avaient déjà pénétré fort avant dans la Caroline septentrionale ; que l'amiral Arbutnoth était encore à Charlestown au moment de leur départ, et qu'on y attendait une escadre de neuf vaisseaux, vraisemblablement celle de l'amiral Graves. En supposant même que ces rapports fussent exagérés, il était |)robable que nous trouverions aux atterrages des forces supérieures. Les généraux annoncèrent enfin, le 19 juin, que l'expédition devait aborder à Rhode-Island. Nous en étions encore éloignés d'environ trois - cents lieues. Les vents étant au sud-sud-est, l'escadre reçut ordre de gouverner au nord-ouest. Le lendemain ao, la plus grande partie du convoi se trouvant sous le vent de l'escadre ^ et quelques
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bâtiments seulement au vent et à une lieue de nous , les frégates qui nous éclairaient signale* rent des voiles bâbord à nous qui couvraient les amures à tribord , et qu'elles ne tardèrent pas à reconnaître et signaler forces supérieures. Le général ordonna aux vaisseaux le Neptune et F Éveillé d'appuyer la chasse ; en même temps il fit signal au reste de l'escadre de tenir le plus près^ et au convoi de passer sous Je vent. Les vaisseaux chasseurs découvrirent bientôt six voiles de guerre, dont cinq vaisseaux et une frégate ; ils se replièrent sur l'escadre : et les ennemis chassant sur nous, nous dûmes présumer que les bâtiments du convoi qui étaient fort au vent, avaient été aperçus par eux avant l'escadre, et qu'ils s'étaient engagés à chasser sans connaître la force de l'escorte.
Alors le général fit former la ligne de bataille ; les ennemis couraient à bords opposés, et, étant au vent à nous, nous restaient hors de portée. Un seul de leurs vaisseaux, qui, sans doute, avait chassé trop de l'avant, était fort éloigné des autres, et pouvait être coupé et séparé de son escadre par le Neptune et le Jason^ vaisseaux de tête de notre ligne. Le convoi était alors bien rassemblé et couvert par nos frégates ; et si le soin de le protéger ne l'avait pas emporté sur toute autre considération, on aurait désiré que I. 3
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le général eût ordonné aux vaisseaux de tête de chasser vivement le vaisseau séparé , tandis qu'il aurait retenu et combattu avec les cinq autres vaisseaux de sa ligne, les quatre vaisseaux anglais. Ceux*-ci, voyant qu'un des leurs était engagé et près de tomber sous le vent , virèrent de bord et, en se rapprochant de lui^ se trouvèrent par notre travers.
Le général y s'attachant à bien former sa ligne | et contrarié sans doute par le vaisseau la Proi^ence qui, ne tenant pas le vent, ne put venir prendre son poste dans les eaux du Jason^ fit signal aux deux vaisseaux de tête de diminuer de voile, afin de remplir plus tôt le trop grand intervalle qui se trouvait entre eux et lui. Dès ce moment il se décida à prendre son poste avant la ProMence, Pendant ces dispositions, le vaisseau anglais vira de bord et se dirigea sur la tête de la ligne anglaise^ qui avait viré vent devant pour le joindre. Chaque instant nous 6tait l'espérance de le couper; à peine le général futril dans nos eaux qu'il fit le signal de forcer de voiles et peu après celui d'engager le combat. Le Neptune et le Jason étaient alors à demi-portée du dernier vaisseau anglais , qui reçut successivement la volée de tous les vaisseaux de notre ligne; les autres^ quoique plus éloignés, le protégèrent par leur feu jusqu'à èc qu'il eût atteint la queue de la ligne. Après
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cette canonnade, les ennemis tenant le plus près, le général fit signal de virer de bord, vent devant par la contre-marche; alors nous counons à bords opposés; les Anglais s'éloignant de nous, nous tirâmes à toute volée; le même vaisseau serre^file nous passa plus près que les autres, et nous nous aperçûmes qu'il avait beaucoup souffert dans ses manœuvres.
Les ennemis ne tardèrent pas à s'éloigner de nous; à peine entendions-nous les coups de canon de leurs signaux. Nous fîmes route à brume de nuit pour rallier le convoi. Le général fit signal de gouverner au nord toute la nuit, et fit passer l'ordre de former la ligne de front. ^
Au point du jour, ne découvrant plus l'ennemi, l'escadre reprit l'ordre de marche sur deux colonnes, et nous continuâmes notre route.
Ce combat, ou plutôt cette r^icontre , ne dura guère plus d'une heure et demie; nos pertes fiirent peu considérables; un seul des vaisseaux anglais fat très-mahraité , il fiit reconnu par h Neptune y qui en était le plus près, pour être le vaisseau le Rubis, de 74 canons. On s'épuisait en conjectures : quelle était donc Fescadre que nous avions rencontrée ? Était*ce celie d'Arbutnoth? était-'ce une partie de celle de l'amiral Graves? Cette escadre était-«lle détachée, et Êii* sait-elle voile pour les Antilles, ou devions-nous