CONFERENCE DES DEUX GÉNÉRAUX
et ce secours si important était remplacé par im subside de six millions.
Le comte de Rochambeau et le général Washington se réunirent, le ao mai, à Westerfield, près de Hartford, dans le Connecticut , pour conférer d'après ces données sur les opérations qu'il était préférable d'entreprendre , soit dans le nord contre la place de New- York, soit en Virginie contre Farmée de Cornwallis. Le général Washington pensait qu'il fallait attaquer immé« diatement New-York , qu on porterait ainsi un coup plus décisif à la domination anglaise. Il savait que le général Clinton s'était fort affaibli par les détachements qu'il avait successivement envoyés dans le sud ; il croyait aussi que la barre de Sandy*Hook , que les vaisseaux ne peuvent franchir qu'en s'allégeant, n'était pourtant pas un obstacle insurmontable. M. de Rochambeau jugeait, au contraire, qu'il valait mieux opérer dans la baie de Chesapeak, où la flotte française aborderait plus promptement et plus facilement. Le résultat de cette discussion fut, comme on Ta vu ci-dessus, de n'exclure aucune des deux opinions, de réunir les deux armées sur la rive gauche de l'Hudson, de menacer New- York, et de se tenir prét^ en attendant l'arrivée du comte de Grasse, soit à pousser sérieusement les attaques contre cette place, soit à marcher vers la Che- I. 5
66 ERREUR DU GéNl^.KAL ANGLAIS.
sapeacky selon les circonstances , et selon Vappui plus ou moins efficace que Tamiral français croi-> raît préférable de donner à l'une ou à l'autre entreprise. J'ai déjà dit quelle fut la résolution de M. de Grasse, et ses mouvements en partant de Saint-Domingue , et son arrivée dans la baie ; je dois, maintenant, reprendre les opérations des armées de terre, et dire par quels isYratàgèmes les généraux alliés trompèrent l'enhëmi, et portèrent rapidement leurs principales forces en Virginie sur le point le plus éloigné, et qui semblait n'être considéré que comme un objet secondaire.
Après la conférence de Westèrfield , une dépêche du général Washington au général Suttivan, député du congrès , et une autre lettre écrite par un général français, furent interceptées par des coureurs anglais et rémises au général Clinton. Ces lettres, dans lesquelles était rappelée la discussion entre les'deux généraux alliés, persuadèrent au général anglais que l'attaque de New- York était sérieusement résolue ; et, cohime il arrive trop souvent à la guerre, ce hasard nous servit mieux que n'eussent pu le faire les plus habiles espions. Pendant que cette information trompait le général anglais sur nos véritables desseins, le général Washington était, de son côté, beaucoup mieux éclairé sur les vues du
MSPART DE L'ARMiE FRANÇAISE. 67
gouvernement aogiais. Une dépêche de lord Ger- «laine au lord Clinton fut interceptée par un corsaire américain : elle renfermait la résolution du cabinet de Saint-James de pousser la guerre dans le sud. Cette intelligence ne servit pas peu à convaincre le général Washington de la justesse des vues du comte de Rochambeau.
L'escadre française sous le commandement du .comte de Barras continua >de stationner dans le port de Rhode^Island , où M. de Choisy, brigadier des armées , officier très- distingué par sa brtUante valem*, fut chargé de protéger le mouillage de l'escadre avec un détachement de cinq cents hommes seulement et mille hommes de mihces américaines. Tout notre équipage de siège était employé aux batteries , et devait être embarqué sur l'escadre lorsque le comte de Barras partirait pour se rallier à la flotte du comte de {Grasse.
Le 16 juin, le corps français fut mis en marche pour feire sa jonction avec celui du général Washington sur la rivière d'Hudson.
Les différentes missions dont j'avais été chargé, et: surtout celle de l'établissement des quartiers de la légion de Lauzun dans le Connecticut , m'avaient fourni l'occasion de reconnaître le pays et les principales communications entre Rhode- Island et la rivière du Nord. Je reçus du mare-
68 MARCHE DE l'aRMÉE FRANÇAISE.
chai général des logis de Tannée, M. de Béville, Tordre de précéder les colonnes, et d'indiquer les camps et les positions que l'armée devait successivement occuper.
Le premier mouvement de l'armée française fut accéléré par les informations que reçut le général en chef de l'état des affaires en Virginie , et de la position où se trouvait le général Washington lui-même sur la rive gauche de l'Hudson. Comme il s'était aperçu que lord Clinton avait dispersé ses troupes en plusieurs camps et Jeté de gros détachements dans les Jersey , il tenta de surprendre le fort Washington à l'entrée de l'île de New- York; il chargea de ce coup de main le général Lincoln qui commandait son avant-garde, et marcha avec le reste de son armée pour le soutenir. En même temps , il invita M. de Rochambeau à presser la marche de sa première brigade et du corps de Lauzun, afin d'être en mesure de le seconder si l'action s'engageait sérieusement avec le gros de l'armée anglaise. Le général Lincoln tomba dans un fort détachement de l'ennemi qui était sorti le matin de New-York pour faire un fourrage ; il se replia en bon ordre sur la tête de la colonne du général Washington , qui arrêta l'ennemi en même temps que la cavalerie de Lauzun menaçait son flanc.
Lord Clinton replia ses troupes et les fit rentrer
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dans File ; les deux armées se réunirent dans le camp <le Hiilîppsbaurg, à trois lieues de Kings» bridge, poste le plus ayanoé de Tennemi sur File de New-York. Cette jonction en imposa au général Clinton, le retint à New-York et l'empêcha d'exécuter l'ordre qu'il avait déjà reçu de s'embarquer avec un corps de troupes pour aller descendre dans la Chesapeak , sur les côtes du Maryland , afin de marcher ensuite par la Pensylvanie et les Jersey, de couper ainsi toute communication entre les États du nord et du sud , et de réduire le général Washington k la défensive sur la rive gauche de llludson. Pour concourir à l'exécution de ce nouveau plan, et pour mieux établir le foyer de la guerre dans les États riverains de la Chesapeak , lord Comwallis devait , d'après ses instructions, choisir et fortifier uu poste permanent vers l'entrée de la baie.
Sans cesse harcelé par le général la Fayette , qui, ayant reçu un renfort de troupes régulières de la ligne de Pensylvanie, le serrait de plus près, il abandonnait le haut pays, et successivement les plaines entre les rivières , rétrogradant vers leur embouchure pour y protéger l'abord et le mouillage des forces navales cpii lui étaient annoncées. La force effective des deux armées réunies u'était guèi'e que de dix mille hommes; nous étions campés sur une seule ligne. La droite,