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Basile 9 après les avoir attaqués à plusieurs re-» prises et leur avoir enlevé Ghandace^ parvint à les chasser entièrement de Tile. Candie fut dès lors entièrement soumise à la domination des empereurs grecs ; elle était resté plus d'un siècle sous celle des Sarrasins*
Voilà par quels degrés Tîle de Crète, si favorisée par la nature, est tombée dans Tétat d'esclavage et de barbarie où elle est aujourd'hui. Théâtre de guerres sanglantes et continuelles, elle s'est vue successivement dépeuplée; l'agriculture et l'industrie en ont fui avec la liberté.
Lorsque , après l'invasion des barbares^ l'empire d'Orient fut démembré et que les Italiens eurent divisé les provinces en différentes principautés y vers la fin du onzième siècle, Baudouin^ comte de Flandre, fut élu empereur de Constantiuople ; c'est à cette époque que l'île de Candie tomba entre les mains des Génois qui avaient étendu leur piraterie dans tout l'orient. L'empereur Baudouin la céda à Boniface, marquis de Montferrat, en récompense des secours qu'il en avait reçus, et celui-ci la vendit aux Vénitiens par im traité conclu avec le doge Henri Dandolo en iao4« Les habitants de File de Crète souffrirent impatiemment ce nouveau joug ^ et furent plusieurs fois sur le point de le secouer; la république ne négligea rien pour retenir une acquisition si im*
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portante ; et après avoir réprimé plusieurs rébellions, elle fit, en i343, passer dans l'île une colonie considérable, et prit les mesures les plus sages pour veiller à la garde de l'île et y maintenir l'ordre parmi les habitants. Les montagnards de la Sphacié, restes de l'ancienne population indigène, enhardis par la force de leur position , résistèrent longtemps, et furent enfin soumis par Marc Cornaro. Depuis ce temps, la république a joui paisiblement de cette possession jusqu'à ce qu'elle lui ait été enlevée par les Turcs. L'île de Candie reprit quelque importance sous la domination de la république, et aurait pu recouvrer ses avantages, si, par un faux système, on n'avait transplanté au milieu d'un peuple mêlé et dégénéré toutes les institutions du gouvernement vénitien. Les nobles obtinrent des concessions Gomsidérables ; ils divisèrent le pays en fiefs et le peuple en deux classes. Cependant, malgré ces entraves, la population s'accrut considérablement, les différentes peuplades se rapprochèrent, le commerce s'étendit, et les industrieux mais trop fiers habitants des lagunes auraient fait sagement de transporter au mileu de la nouvelle île de Crète le siège de leur gouvernement, comme ils en avaient déjà fait le centre de leurs forces. La ville de Candie fut fortifiée à grands frais , de même que toutes les villes maritimes :
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on construisit des chantiers et des arsenaux. Les Vénitiens durent à ces établissements leurs succès contre les Turcs, qui, dès le commencement du seizième siècle, sous le règne d'Amurat IV, songèrent à leur enlever File de Candie, objet constant de leur politique et de leurs efforts.
En 1 644 éclata la longue guerre entre la Porte Ottomane et la république de Venise. La prise d'im vaisseau turc, sur lequel était le kislar aga , par les galères de Malte, en fut le prétexte. Le sultan Ibrahim voulut forcer tous les ambassadeurs des puissances chrétiennes à lui faire raison de cet outrage ; il menaça d'attaquer l'île de Malte, et revint au projet de la conquête de l'île de Candie. En conséquence , ayant rassemblé l'dnnée suivante à Navarin , en Morée , une £k>tte et une armée formidables, sous les ordres du général Schilutar , les Turcs firent une descente , et , s^étant emparés du château Saint-Théodore dans le golfe de la Canée, mirent le siège devant cette place. Joussouf, capitan pacha, battit les galères vénitiennes et s'empara dé l'entrée du port. Mais le gouverneur de Candie avait eu le temps de renforcer de mille hommes sa garnison. Les Vénitiens soutinrent plusieurs assauts, et ce n'est qu'après soixante-quatorze jours de tranchée ouvelte qu'on put les contraindre à capituler. Dans le cours de cette campagne, ces derniers fi-
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rent une vaine tentative pour reprendre la Ganée ; mais les Turcs poussèrent leur conquête avec ardeur, et s'emparèrent de la ville et du château de Rétimo , dont la garnison fut en grande partie massacrée pour avoir fait une vigoureuse défense^. Dès cette même année , les vainqueurs s'avancèrent jusqu'à la ville de Candie, et subjuguèrent presque toute la partie occidentale de l'ilé.
L'anarchie causée par de sanglantes révolutions dans le sérail arrêta les progrès des Ottomans. Les Vénitiens battirent leur flotte et s'emparèrent des îles de Lemnos et de Ténédos. Us ne purent chasser les musulmans de l'île de Candie; ceux-ci , retirés dans les places qui étaient en leur pouvoir , les défendirent avec vigueur. liC vizir Kiuperli fit construire une nouvelle flotte, reprit les deux îles et pressa vivement le siège de Candie. Les Vénitiens, désespérant de pouvoir conserver cette possession et fatigués par cette guerre ruineuse, firent offrir à la Porte, par l'entremise de M. de la Haye, ambassadeur de France , de céder la moitié de l'île ; cette proposition fut rejetée avec hauteur. Louis XIV ressentit trop vivement le mépris qu'on avait fait de sa médiation, par une politique fausse, contraire au système établi depuis François I*', et aux vrais intérêts de la France par rapport à la
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maisoil d'Autriche ; il rompit avec la Porte et secourut trop faiblement les Vénitiens. Le prince Alméric d'Est, avec une escadre française et quatre mille hommes de débarquement, joignit, en 1660, les forces de la république devant l'île de Gérigo; il tenta et manqua l'escalade de la Canée.
Kiuperli, après avoir fait des préparatifs immenses et rassemblé devant Candie une artillerie formidable, y alla lui-même, et ouvrit le siège le a 2 mai, en 1667. Cette entreprise fixa l'attention de toute l'Europe^ alors en paix de tous côtés. Cette place, fortifiée par le chevalier de Ville, passait pour une des plus fortes de ce temps-là, et était défendue par une garnison de huit à dix mille hommes sous les ordres du général Morosini. Les Turcs restèrent près de deux ans baraqués dajis leurs lignes de circonvallation. Ils parvinrent cependant à s'approcher de la place , et livrèrent sans succès de furieux assauts^
Louis XIV arma une escadre sous les ordres du duc de Beaufort pour secourir les Vénitiens; on y joignit un corps de quatre mille hommes , commandé par le >duc de Navailles, et bientôt après un grand nombre de gentilshommes volontaires. Cette espèce de croisade fut entreprise sous l'influence du pape. Ce secours tardif arriva devant Candie au mois de juin 1669; on débarqua les troupes sous le feu de l'ennemi , et l'on L iS
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résolut de faire une sortie. Ce dernier effort , duquel on attendait le salut de la place , fut précisément ce qui en hâta la reddition. La sortie, mal combinée, n'eut pas une meilleure exécution. Les troupes, engagées dans un terrain désavantageux , furent repoussées , poursuivies et hachées. Le duc de Beaufort périt dans cette action, où l'on perdit beaucoup de monde et un vaisseau qui sauta avec tout son équipage. La mésintelligence se mit entre les généraux; les Français se retirèrent , et la ville capitula le 5 septembre.
Par le traité de paix qui suivit la prise de la ville de Candie, toute l'île passa sous la domination ottomane, excepté les forteresses de la Sude, de Carabusa et de Spina-Longa , bâties sur des écueils détachés de l'île pour défendre les principaux mouillages du côté septentrional. La république retint ces points fortifiés, sans doute dans la vue de recouvrer un jour ses anciennes possessions; mais elle n'a jamais été, depuis ce temps-là, en mesure de l'entreprendre, et elle a même perdu successivement les trois forteresses qu'elle y avait conservées avec le vain titre de souveraineté.
Pendant cette guerre, qui dura vingt-cinq ans, l'île de Candie fut accablée par tous tes fléaux. L'armée turque dévasta les campagnes et détruisit tous les bois. Dans le premier dénombrement
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qui fut fait après le siège ^ on ne trouva, dans toute l'île, que vingt-deux mille habitants sujets au tribut; depuis ce temps, elle est restée entre les mains dès Turcs qui, attirés par la douceur du climat et la richesse du sol, s'y sont établis en grand nombre.
Quarante ans écoulés depuis l'époque où je voyageais sur l'ile de Crète n'y ont amené aucun changement ; et aujourd'hui que les Grecs candiotes y dont la population s'est accrue malgré les rigueurs de leur esclavage, veulent, comme leurs frères du continent et des autres îles de l'Archipel , secouer le joug musulman , tous leurs efforts sont impuissants. Leurs tyrans, maîtres des places fortes, n'en pourraient être dépossédés et chassés de l'île que par l'intervention de quelque grande puissance européenne; mais serait-ce pour rendre la liberté aux Grecs candiotes et assurer leur indépendance? Il est sans doute plus vraisemblable qu'ils ne feraient que changer de maîtres. Toutefois, leurs fers seraient brisés. Us recevraient des mains du conquérant les bienfaits de la civilisation, et la belle île de Crète reprendrait son ancienne splendeur.
U me tardait de m'éloigner des habitants soupçonneux de la Canée ; déjà mon équipage m'avait devancé et m'attendait au couvent de Crou&sopighy , à une lieue de la ville. Un sergent des
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troupes de marine , nommé Bernizet^ plein d'in^ telligence^ possédant les premiers éléments de géométrie, exercé an levé des plans et assez bon dessinateur y s'était attaché à moi et me servait de secrétaire. Ce jeune homme, d'uii courage éprouvé, avait rempU les mêmes fonctions, pendant les quatre dernières campagnes, auprès de M. d'Albert de Rioms, chef d'escadre et l'un des meilleurs officiers de notre marine. Je l'affectionnais beaucoup; il me fut très-utile pendant tout le cours de ma mission ; je le ramenai ensuite à Paris, et, sur la proposition que j'en fis à M. de la Peyrouse, il fit partie de son expédition; il a péri sans doute avec ce célèbre navigateur.
Le comte de Bonneval m'avait donné, pour me seconder dans la reconnaissance des divers mouillages, son premier pilote, M. Vialis, brave et excellent marin , choisi parmi les plus instruits dans cette profession. Un guide grec, qui connaissait trèsbien le pays, et deux domestiques complétaient notre caravane. Mon aimable compagnon de voyage et moi nous nous rendîmes pendant la nuit au couvent de Croussopighy et nous en partîmes avant le jour. Nous côtoyâmes d'abord le golfe de la Sude; je m'arrêtai un instant dans le vallon de Calivès, en deçà des montagnes qui séparent le golfe d'avec la plage de l'Armiro; j'y remarquai avecétonnement une rivière d'un volume