‹ Souvenirs du lieutenant général comte Mathieu Dumas de 1770 à 1836 (volume 2)Chapitre 46 sur 102 · Î288 ARRIVÉE A. NAPLES DE ROMANIE · texte numérisé non relu

Î288 ARRIVÉE A. NAPLES DE ROMANIE

confiées, et ses talents se seraient certainement développés sur un théâtre plus digne de lui. II me rendit faciles des opérations très-délicates, me livra les fruits de son expérience et de ses études, et me confia un excellent mémoire qu'il avait écrit sur l'histoire dé la Morée. Assez de voyageurs ont honoré la cendre des Grecs et suivi tous les pas de ce peuple célèbre ; à cette même époque, l'illustre abbé Barthélémy publiait son Anacharsis , et M. de Choiseul, après avoir parcouru le Péloponèse et l'Attique, y avait laissé des artistes dont le travail exact a jeté une si grande lumière sur la géographie ancienne. Que venais-je glaner après de si riches moissons? Ces belles contrées, lorsque je les visitai, offraient partout les traces des dernières dévastations causées par la malheureuse expédition des Russes , par les ravages des Albanais , et par les représailles atroces qu'exerça contre ces derniers, en 1779, le capitan Hassan-Pacha. Après les avoir défaits devant Tripolitza, il triompha comme un barbare; tous les prisonniers furent massacrés par son ordre, et leurs têtes servirent à maçonner la pyramide qu'il fit élever sur ce champ de carnage.

Je ne pouvais me laisser distraire de l'objet de ma mission par des recherches historiques et de pure curiosité. Dans les instructions secrètes

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qui nous avaient été données à M. de Bonneval et à moi par M. le maréchal de Castries, les places de la Morée nous étaient indiquées comme les plus importantes à reconnaître dans diverses suppositions. Quoique je n'aie inséré dans ces mémoires que les faits et les considérations les plus remarquables sur les différents points que j'ai visités, je crois devoir, pour donner une juste idée des vues générales qui devaient nous diriger, et de l'ensemble du travail qui fut le résultat de nos recherches, extraire ici une partie de l'introduction au compte rendu de nos opérations. Ce mémoire préliminaire présente le tableau de l'Archipel, et indique le parti qu'on pourrait tirer de telle ou telle position , dans les cas supposés d'offensive ou de défensive.

« Il suffit de jeter les yeux sur une carte de « l'archipel du Levant pour déterminer le genre « de guerre qu'on y peut faire. Le rapproche- <r ment des îles et des côtes, l'enchaînement de (c tous les points, les embarras continuels de la « navigation indiquent assez que le choix des « postes doit décider des succès ; et quel que fût « le système de guerre, on ne saurait mettre trop « de diligence à s'assurer des plus importants, et « trop de soin à les conserver.

« Pour assigner plus clairement les rapports « des différentes positions avec les opérations,

Iigo POSITIONS MILITAIRES DE L ARCHIPEL.

« nous divisons l'Archipel en deux parties, septen- « trionale et méridionale, que nous appellerons ic intérieure et extérieure. La partie extérieure ou « méridionale comprend la Morée^ l'ile de Cé- <K rigo, le royaume de Candie et les Cyclades^j usée qu'aux débouquements par lesquels on passe « nécessairement pour monter dans la partie sep- « tentrionale que nous nommons intérieure. « Celle-ci renferme le Négrepont, les côtes de a Thessalie et de Macédoine , les îles de Scio, « Mételin et Lemnos , les côtes de l'Asie Mineure c( ou Natolie , enfin la position de Constantinople a sur les deux mers, dans laquelle on comprend « le canal des Dardanelles et celui de la mer «. Noire. Ayant donc suivi la division essentielle tf que la nature a si bien marquée en posant la t( barrière des îles Cyclades, examinons successi- « vementy par rapport à elles, et en remontant a du sud au nord, quelle est l'importance des « îles et des parties du continent que nous ve* « nous de nommer, i»

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