‹ Souvenirs du lieutenant général comte Mathieu Dumas de 1770 à 1836 (volume 2)Chapitre 47 sur 102 · POSITIONS MILITAIRES DE L ARCHIPFX. 9.() I · texte numérisé non relu

POSITIONS MILITAIRES DE L ARCHIPFX. 9.() I

« rigo et nie de Candie ^ la première entrée dans « les mers du Levant. Les navigateurs la ran- « gent de près, soit que les vents du sudf< ouest leur permettent de faire une route directe a vers les débouquements des Cyclades, soit que ce les vents du nord , les plus constants dans ces <c mers 9 les engagent à se maintenir au vent des a ports où ils pourraient relâcher. Cette seule « considération ferait regarder comme très*avan- « tageuses les stations dans les golfes ouverts au « sud de cette grande presqu'île. La bonté des « ports qu'on y trouve, et surtout les ressources « qu'on peut tirer de l'intérieur de ce pays, ajou» <c tent encore à son importance. Il semble que la « nature, en découpant le pourtour de cette con* « trée fameuse, y ait ménagé des abris pour les « différents vents, et il est aisé de sentir de quel « avantage ils peuvent être à l'entrée même de cr ces mers. Les trois golfes principaux sont ce- « lui de Coron , en deçà de Cérigo et du cap Maa tapan, et ceux de Naples de Romanie et d'A** « thèues au delà du cap de Saint-Ange. Les (i langues de terre qui séparent ces golfes, sont a toutes fort élevées, et les côtes en sont presque a partout inabordables. Telles sont les hauteurs ce de Navarin, les montagnes du Magne, celle de « la Scanie , à l'ouest du golfe de Naples de Ro«^ i< manie, et enfin celles de l' A t tique. Cette dispo-

*ig7, POSITIONS MILITAIRES I>F L ARCHIPEL.

« sition du terrain est d'autant plus remarquable « qu'elle ajoute à la force des positions inté- « rieures.

« La presqu'île de Coron , qu'on découvre d'ace bord en atterrant sur les côtes occidentales de a la Morée , est aussi une des plus essentielles à « occuper, parce qu'elle donne la facilité de pé- « nétrer dans le cœur même de cette province, « et de communiquer avec Naples de Romanie. a On s'assure d'ailleurs la possession du beau port « de Navarin, utile pour un rassemblement de « forces, pour la relâche des convois, et qu'il seft rait dangereux de laisser au pouvoir de Tenue* (( mi. Les mouillages de Modon et de Coron, « quoique périlleux en hiver, ont aussi leur im- « portance, et peuvent recevoir et cacher les « bâtiments en croisière sur le Venetico et sur « le cap Matapan. La presqu'île de Coron est dé- <c fendue par les places de Navarin, Modon et « Coron, tellement liées qu'il faut nécessairement « les réduire toutes les trois. On aurait cependant « une fausse opinion de la force de ces places si ce on en jugeait par le mauvais succès des Russes, « dont le plan de campagne était bien tracé, mais a qui n'employèrent que des demi -moyens et « morcelèrent leurs opérations. Sans entrer dans a les détails d'une distribution de forces, on peut « assurer qu'un corps de dix mille hommes, avec

POSITIONS MILITAIRES DE l'aKGHIPEL. agS

« un équipage de siège , suffirait pour réduire et « contenir la Morée.

a Le golfe de Naples de Romanie se trouve fx. au centre de la Morée^ au nord du cap Saint* t< Ange, et précisément à l'ouvert du passage en- « tre les Cyclades et le continent d'Europe. Cette c( position centrale, la beauté de la rade, le poste « inexpugnable de la Palamède, devraient faire <x choisir Naples de Romanie pour y fonder un « établissement solide. Sous quelque point de « vue qu'on le considère, ce golfe offrira des ce avantages qu'on ne trouverait réunis dans aua cun autre port de l'Archipel, par les ressources '< qu'il présente et la sûreté de sa défense. En « marquant ce point comme le plus important c( de la Morée, celui où il conviendrait de faire « hiverner une escadre, nous ne devons pas ou- « blier les mouillages de l'Especy et celui de rt Naples de Malvoisie, que les bâtiments peuvent i< prendre lorsque les vents du golfe leur en dis- A puteraient l'entrée.

a Le golfe d'Athènes ou d'Engia, plus élevé <c que ceux de Coron et de Naples, plus près des « débouquements, offre d'excellents mouillages, « parmi lesquels il faut distinguer celui de Coûte louri ou rade d'Athènes : c'est le champ de ba- « taille de Salamine, et qui pourrait recevoir nos « armées navales les plus nombreuses. On ne voit

294 POSITIONS MILITAIRES D£ L'AnCHlP£L.

« pas quelles circonstances pourraient obliger à a former un établissement dans le golfe d'Athènes ; (c mais, dans ce cas, ce serait au port Pirée, au- « jourd'hui sans défense. U y a, à l'extrémité sud « de l'Attique, vis-à-vis de Vile Longue, un excel-. « lent mouillage , connu sous le nom de la Man- « dry ; il se trouve sur le canal même. On peut y « avoir connaissance des bâtiments qui veulent « doubler le cap Doro^ et il serait nécessaire d'y et stationner des frégates et de protéger le mouil- « lage par des batteries.

« Si une puissance s'emparait de la Morée au « commencement d'une guerre, ne fût-ce même « que temporairement et dans la vue de se facilicc ter des opérations ultérieures, elle ne devrait « pas se borner à la possession des places mari- « times dont nous venons de démontrer l'impor- « tance, il lui faudrait pénétrer rapidement dans « l'intérieur du pays, et surtout s'assurer du châ- « teau de Patras et de l'isthme de Corinthe : ces '< derniers postes étant mis en état de défense, et « les bateaux du golfe de Corinthe ayant été dé- (c truits, on n'aurait point à craindre l'inondation (c des hordes albanaises et rouméliotes, qui, quelle « que fût la politique ou l'intérêt national par « rapport aux nouveaux maîtres de la Morée, ne a manqueraient pas d'y porter la désolation, et a d'obliger à des mouvements continuels le petit

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c( nombre de troupes destinées à maintenir l'or- « dre. Après cette première précaution, il fau- €< drait encore établir des postes aux principaux «lieux, tels que Tripolitza , Corinthe, Arcadia, <c Sparte ou Misitra, et les lier par de petits postes <c de cavalerie. En suivant cet ordre, en ouvrant (c les principales communications, mais surtout i< en observant une discipline sévère, on contiena drait facilement ce pays. Ces dispositions se*f< raient d'autant plus nécessaires que l'abondance a des subsistances, en temps de guerre, dépen* a drait uniquement d'elles. La facilité de s'appro- « visionner doit être le premier fruit d'une telle « conquête; on verra, par la suite de ce mémoire, « combien il serait nécessaire de s'assurer un tel a avantage '.

Cérigo.

« La position de l'île de Cérigo entre la Morée « et la Candie l'a fait appeler la clef de l'Archipel ,

■ Lorsque nous faisions cette supposition de guerre pour motiver rimportance relative des places et des principales positions du Péloponèse, nous étions loin de prévoir ou plutôt d'espérer qu'elles pourraient s'appliquer avec tant dd justesse aux circonstances qui fixent aujourd'hui l'attention de l'Europe chrétienne* On pourrait croire que nous avions d'avance conçu le plan d'opérations d'un corps d'armée français destiné à occuper la Morée, pour protéger son indépendance, et la garantir de toute invasion ultérieure des barbares.

^<)6 POSITIONS MILITAIRES DE l'aRCHIPEL.

« et 9 quand la porte en a été fermée aux Véni- « tiens, cette mauvaise clef leur est restée. Elle « avait sans doute plus d'importance lorsque la a faiblesse dés bâtiments de guerre leur permet- « tait de trouver un abri dans quelques anses c< étroites qui sont au sud de cette île. Elle « n'a point de port, et ses fortifications, fort i< anciennes et en mauvais état, doivent être « comptées pour rien. La rade de San-Nicolo, dans « le sud-est de l'île, est une bonne relâche pour <c les vaisseau:^ par les vents de nord , et serait sans « doute une station commode pour les bâtiments « croiseurs que Ton tiendrait en observation entre <( la Morée et l'île de Candie ; mais cette rade est ce découverte des vents de sud, et, dans l'hiver, « les vaisseaux y seraient en perdition. L'île est a peu fertile, et sous tous les rapports elle peut « être considérée comme un poste indifférent.

Ile de Candie.

« Soit que l'on considère l'île de Candie en elle- « même comme un objet de conquête, soit qu'on « n'y recherche que les avantages relatifs au mouce vement des armées dans les mers qui l'environ- , (c nent, elle justifie également encore le titre de te dominatrice des mers que les anciens donnèrent ce à l'île de Crète,

POSITIONS MILITAIRES D£ L ARGHIP£L« ^297

« Cette île, qui a cincjuante lieues de longueur « sur dix dans sa plus grande largeur, sépare « l'Archipel des mers d'Egypte et de Syrie. Les « débouquements qui sont à ses extrémités est a et ouest, sont rétrécis à Touest par les écueils a de Cérigo, et à l'est par ceux de Scarpante et « les îles de la côte d'Anatolie. Ainsi la puissance « qui , possédant l'île de Candie, y entretiqndrait <c une petite marine et fortifierait les mouillages « qui sont autour de l'île, pour assurer une re- « traite aux croiseurs , gênerait ou favoriserait à a son gré la communication avec l'Archipel et « toute la Turquie d'Europe; elle se rendrait par (( là maîtresse du commerce important d'Egypte « et de Syrie. Si, d'un autre côté, dans le dé- « membrement d'un vaste empire, il lui conve- « nait de créer des établissements en Egypte pour « faire revivre des branches de commerce affai- « blies, ou pour en former de nouvelles, l'île de « Candie serait l'arsenal de ses forces et devien- « drait le plus riche entrepôt de ces mers. L'île de « Rhodes, si bien placée pour favoriser le com- « merce de Syrie, concourrait au même avance tage, moins par la bonté de son port que par « ses propres ressources. La reconnaissance de 4C cette position , l'une <les places considérables du (i Levant, aurait été naturellement mentionnée c< ici , et nous regrettons doublement que la peste

298 POSITIONS MILITAIRES DK L ARGHIPKL.

« nous ait repoussés de ces parages. Du côté de 1 l'Archipel, l'importance de l'île de Candie n'est « pas moindre. Le port de la Sude, aussi vaste « que sûr , est la seule relâche qu'aient les bâti- « ments qui , chargés d'un coup de vent de nord , a sont obligés de tomber au-<lessous des Cyclades. « Tous ceux qui connaissent les orages de la mer a Egée et la difficulté de la navigation à travers « tant d'écueils, conviennent que le port de la « Sude, quelque difficile qu'en soit la reconnais- (c sance, quand les côtes sont embrumées, est ad- (c mirablement situé; il serait aisé d'y faire des «c établissements de toute espèce, et la défense en « serait aussi facile qu'elle est bien indiquée par « la nature. Les places fortes que les Vénitiens « élevèrent dans l'île de Candie , et que les Turcs « leur enlevèrent au prix de tant de sang, sont « encore en assez bon état, mais mal armées, a mal approvisionnées , et seraient sans doute ence core phis mal défendues. Il n'y a plus de nerf « dans les milices ottomanes; le ressort du fana- (( tismeestusé, il n'inspire plus que la licence. « 11 parait que ces places sont mal situées par « rapport aux établissements qu'on pourrait for- « mer et à la topographie intérieure. Une défen- « sive des côtes sur lesquelles les points de dé- <c barquement sont rares et déterminés , serait un c( système mieux entendu.

POSITIONS MILITAIRES DE L ArKGHIPEL. 299

ce Dans l'état actuel de l'ile de Candie, on y « trouverait peu de ressources pour les approvi- (c sionnements, puisque ces ressources ne suffia sent pas même à la consommation des habi* (c tants qui en tirent une grande partie de la « Morée et des côtes de Barbarie. Sous ce dernier oc rapport, l'ile de Candie serait absolument dé* a pendante de la Morée dans le cours d'une guerre, a et, si on ajoute à la considération majeure des (( subsistances l'avantage des ports de la Morée « qui se trouvent au nord de ceux de Candie, on a verra combien il serait essentiel de se ménager (c un établissement dans l'une et l'autre de ces « provinces.

<c On ne doit pas conclure de la pénurie des « subsistances dans l'ile de Candie, que son sol « très-montagneux soit très-peu fertile ; il suffirait f< sans doute à une population plus que double « de celle qui s'y trouve, et qu'on fait monter à « deux cent quarante mille âmes. C'est à la cul* « ture trop étendue des oliviers, aux vexations (c inouïes des maîtres, à la paresse, à l'ignorance « des esclaves, qu'il faut attribuer ce dépérisse- « ment; il n'est point douteux qu'un bon gouver- « nement ne fît refleurir l'île de Crète.

« Nous évitons de répéter ici les détails descrip- « tifs renfermés dans la reconnaissance très-étenc< due que nous avons faite dans l'île de Candie,

3pO POSITIONS MILlT/ilRES DE l'aRCHIPëL.

a et nous nous sommes bornés à déterminer les « avantages de sa situation. On trouvera dans « la deuxième partie de cette reconnaissance les « informations désirées sur le caractère des peu- « pies; on y verra chez les Turcs la barbarie, la a faiblesse et la cruauté qu'enfante le despotisme; « chez les Grecs l'avilissement poussé jusqu'à « l'insensibilité. La seule peuplade des Sphacio- « tes, qui habite les montagnes Blanches, a court serve, avec l'esprit belliqueux des anciens Crétf tois , le goût de la liberté ; ils ont souvent « combattu pour elle ; ils sont toujours prêts à « s'armer Contre leurs tyrans ".

Iles Cyglades.

« 11 est inutile d'éniimérer ces îles, et de faire « remarquer dans le tableau général que nous « traçons, la place de chacun des anneaux de « cette chaîne; elle s'étend depuis le cap Doro

> L'ile de Candie est sous tous les rapports la position la plus désirable pour la France , celle qui est le plus à sa convenance et qui balancerait avec justice les avantages que les Anglais ont successivement acquis par les établissements militaires qu'ils ont formés dans la Méditerranée, à Gibraltar, à Malte, et dans TAdriatique, aux lies Ioniennes. Si, n'ayant pu prévenir l'explosion d'une guerre en Orient, et forcée d'y prendre une part active, la France voyait tomber enfin la puissance ottomane en Europe , et partager ses dépouilles, elle devrait saisir l'occasion de fonder un établissement solide dans l'ile de Crète.

POSITIONS MILITAIRES DE l'aRCHIPEL. 3oI

« jusqu'aux côtes de l'Asie Mineure, à ]a hauteur « du golfe de Scala nova ; car, pour suivre la dite vision que nous avons adoptée, il faut y com- « prendre Samos et Stancho. Dans cet amas d'é- « cueils, la situation de quelques ports et la « direction des débouquements sont les seules « choses dignes d'attention, et qui appartiennent « à l'objet de ce mémoire.

tf L'île du Mile ou Melos peut être regardée i< comme l'atterrage et l'entrée des Cyclades. « L'écueil très-élevé, qui couvre l'entrée de son a port et qu'on nomme Antimile ^ semble être « placé pour diriger et diviser les routes des navi- « gateurs. Quant au port , il est très-bon , tresse vaste et d'une entrée facile. Il offre un asile et aux bâtiments qui, s'étant engagés dans les « Cyclades , y trouvent des vents du nord trop « frais, et seraient sans cette ressource obligés a de sortir de l'Archipel. Il faut aussi remarquer « qu'il est intermédiaire entre la Morée et l'île de « Candie, et plus précisément entre Naples de tf Romanie et la Sude. Ces trois points devront a donc asseoir la principale ligne des croisières à « l'entrée de l'Archipel. La rade de l'Argentine, « qui est fort près du port de Mile , devrait être a préférée dans les cas et les saisons où l'on n'au- « rait à craindre ni des forces supérieures, ni la « violence des vents du nord.

3o2 POSITIONS MILITAIRES DE L ARCHIPEL.

« Si nous suivons, en remontant vers le cap a Doro, la chaîne des lies jusqu'au débouquement « entre ce même cap et l'île d'Andros, la seule « île de Zea offre un port très-sûr, mais dont il « est difficile de sortir. C'est ici le lieu de faire « remarquer le débouquement du cap Doro , resa serré entre les Cyclades et l'extrémité du Né* « grepont, seul passage pratiqué dans cette parce tie, et duquel les vaisseaux sont souvent « repoussés par des vents de nord. En se retra- « çant les positions que nous avons décrites, cette ce dernière circonstance leur prêtera un nouvel « intérêt.

« Si nous nous dirigeons sur le débouque- « ment entre les îles du Tine et de Micony, le a port de Nausse , sur l'île de Paros , fameux par a le choix qu'en firent les Russes, arrêtera un ce instant notre attention. Entre autres inconvéce nients, ce port a celui d'obliger à une défense ce de côtes étendue et dispendieuse. La sortie en a est difficile et conviendrait à des bâtiments desa tinés à croiser. A la guerre, tout est relatif aux « circonstances; les Russes étaient incontestabletf ment maîtres de la mer; après la destruction ce de la flotte ottomane, ils n'eurent plus à emce ployer leurs forces navales; quelques frégates e< suffisaient pour gêner le commerce et les cornée munications des Turcs. Paros, entourée d'îles

POSITIONS MILITAIRES DE l'aRGHIPEL. 3o3

« très-productives, leur convenait donc, pour un fc établissement, mais dans tout autre cas il fau- « drait en rejeter le projet.

« Le débouquement entre les îles de Tine et de a Micony est très-fréquenté dans la belle saison, « parce que tous les bâtiments y trouvent ordi- « nairement des vents plus doux que sur le cap « Doro, et qui leur permettent de s'élever dans a le canal de Scio pour y profiter des brises de a terre. Nous relevons cette routine de naviga- « tion pour faire sentir l'importance du mouillage a de Micony, où l'on est en sûreté par les vents « de nord, et qui se trouve sur le canal même. « Les Russes y trouvèrent toujours une frégate « mouillée, et cette croisière commode leur fut a aussi trèfr-lucrative. On les a peut-être justement a soupçonnés en dernier lieu de se préparer un « établissement à Micony et de pratiquer sourde- « ment les Grecs des îles voisines les plus riches « et les plus peuplées de l'Archipel. Le gouvera nement ottoman a été alarmé de la résidence a d'un consul général sur ce mauvais écueil, et a n'a pas eu la force de l'empêcher.

« Les écueUs qui se trouvent entre l'île de tf Micony et les continents d'Asie n'ont aucune « importance. Samos et Stancho n'ont que de tt mauvais ports auxquels on préfère les mouilla- « ges qui se trouvent dans le fond des golfes;

3o4 POSITIONS MILITAIRES DE l'aRCHIPEL.

« mais une escadre devra toujours éviter de donii ner dans le débouquement de Nacarie , qui est <i parsemé d'écueils^ et dans lequel les bâtiments « craignent de s'engager.

« Telles sont dans la partie extérieure ou /wé?- « ridionale les positions qu'on pourrait prendre, « et les croisières qu'il faudrait tenir. On bloqueu rait pour ainsi dire l'Archipel ; on s'emparerait « de la navigation et des ressources nécessaires « à la poursuite de la guerre. Quoique la quan- « tité des forces qu'on y devrait employer dût « être relative à celles de l'ennemi et aux points ce où elles pourraient se trouver rassemblées, « on peut assurer cependant que c'est le théâtre « le mieux disposé pour une défense active. »

J'interromps ici l'extrait de ce mémoire militaire sur les positions relatives des îles et des côtes de l'archipel du Ijcvant. La première partie qu'on vient de lire renfermant les vues générales qui se lient à la reconnaissance de l'île de Candie , il est donc naturel de continuer l'historique du voyage , d'achever la description des points principaux de cette partie méridionale, et de réserver la seconde partie du mémoire ( ceUe intérieure ou septentrionale) pour la faire servir aussi d'introduction à la description des points principaux de cette même seconde partie.

La ville de Naples de Romanie «st située dans

RADE DE NAPLES DE ROMAJVIE. 3o5

le fond du golfe de ce nom autrefois appelé j4rgo^ licus Sinus; elle se trouve à vingt et une lieues ^ N. N. O., du cap Saint^Ange. A une lieue de la langue de terre sur laquelle est bâtie la ville, on trouve la sonde par les trente-cinq brasses, et ce fond va toujours en diminuant. A mesure qu'on s'approche du petit fort isolé qui forme l'entrée du port, les vaisseaux peuvent mouiller par les neuf ou dix brasses, fond de vase noire, à la distance de cinq ou six cents toises des maisons les plus O. de la ville. Ce mouillage s'étend de l'est à l'ouest jusqu'aux moulins qui se trouvent sur la côte de l'ouest, à une lieue de la ville, où Ton trouve une aiguade commode. Les vaisseaux qui vont y faire de l'eau mouillent à trois cent cinquante toises de la côte par un fond de sept brasses. On ne peut point approcher la côte du fond du golfe ; toute la partie dans le nord-nordest du petit fort est ensablée.

Cette rade immense, qui pourrait contenir jusqu'à deux cents vaisseaux de ligne, est regardée comme très-sûre, quoiqu'on y soit à découvert des vents de S. et S. S. E. qui y élèvent beaucoup de mer. Les vaisseaux doivent s'y afïourcher E. S. E. et O. N. O. Les vents du sud y pénètrent rarement.

Le mouillage que nous venons de décrire est très-bien défendu par les batteries de la pointe O. I. 10

3o6 PORT DF NAPLES DE ROMANIË.

de la ville, dont la position est élevée et avantageiise. Les bâtiments, mouillés en dedans, et plus N. que la direction de leur tir, n'auraient rien à craindre de forces supérieures; cependant le Commodore Elphinston, détaché avec deux vaisseaux et quelques frégates de l'escadre russe commandée par le comte Orlow, attaqua sous voile l'armée turque forte de dix caravelles mouillées dans cette rade; mais cette canonnade qui dura toute une journée n'eut aucun succès, et si les caravelles eussent été embossées, et les batteries de terre bien servies, il eût été téméraire et inutile de l'entreprendre.

Le port n'a que très-peu de fond, et ne peut recevoir que de très-petits bâtiments. On ne trouve que trois brasses à l'entrée , et cette profondeur diminue jusqu'au fond du port où il n'y a plus qu'une brasse. L'entrée est formée par l'îlot sur lequel est bâti Un petit fort dont les batteries sont à fleur d'eau.

Le port de Naples de Romanie était trèsestimé par les Vénitiens; ils Je trouvaient excellent pour leurs galères, qui s'y retiraient àTabri de tous vents. L'entrée en était fermée par deux chaînes : l'une était tendue du petit fort à Fextrémité de la jetée du côté de la ville , et l'autre fermait la passe étroite qui est au nord du château.

NAPLES DE ROMANIE. 3o7

La montagne au pied de laquelle est bâtie la ville forme un cap assez élevé qui ne tient à la terre que par un isthme d'environ deux cents toises y position qui a toujours fait regarder cette place comme la plus importante de la Morée. Les fortifications du château , qui commande la ville y ont passé longtemps pour inexpugnables. La montagne n'est accessible que par une plage fort étroite, entre la mer et le mont Palamide ou Pyramide., rocher très -élevé, escarpé à pic * de toutes parts, excepté du côté de l'est, par lequel il tient à la crête des hauteurs qui bordent la côte orientale du golfe jusqu'au port Coron. Cette montagne, dominant Naples de Romanie à la portée de fusil, plonge tous les ouvrages de l'ancien château et du corps de la place. Les Vénitiens trouvèrent cette position négligée, lorsqu'ils en firent le siège en 1686; c'est à cet avantage qu'ils durent la réduction de la ville. Ils y bâtirent depuis un très-bon fort qui est aujourd'hui la clef et la principale défense de cette place.

Les fronts du nord et de l'ouest du fort de la Palamide sont absolument inaccessibles à une hauteur perpendiculaire de plus de quatre cents pieds. L'enceinte suit l'irrégularité .de là sommité. On a profité d'une masse de rochers qui forme un petit plateau, pour y construire un

QlO.

3lO NAPLES DE ROMANIE.

gée jusqu'au pied de la tour du vieux château. On a habilement profité des inégalités du rocher; cette double batterie bat d'écharpe le terrain du front d'attaque. Au pied de la Palamide est une traverse ou demi-contre-garde , construite sur le prolongement du flanc du bastion , qui sert à couvrir Tissue de la communication. La contrescarpe entre la porte de la ville et le port est contre-minée ainsi que le glacis.

La place de Naples de Komanie, ou plutôt la forteresse de la Palamide , peut être réduite par un bombardement sévère ou par famine; elle n'avait, en 1784, qu'une mauvaise artillerie, et était très-mal approvisionnée. L'incurie des Turcs a seule donné lieu de supposer que cette forteresse pourrait être surprise et escaladée par des troupes débarquées au port Coron, sur la cote orientale du golfe, à une lieue seulement de la place ; le succès d'un tel coup de main est in- . vraisemblable. Les Turcs, qui s'emparèrent delà Palamide en 1716, l'écrasèrent de bombes , livrèrent l'assaut en escaladatit une brèche à peine praticable, et passèrent au fil de l'épée le reste d'une garnison vénitienne de huit cents hommes qui s'y étaient renfermés.

Les Grecs ont récemment réduit Naples de Romanie par la famine. Ce dernier boulevard de l'indépendance de la Grèce ne peut retomber

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