NAPLES DE ROMANIE. SOQ
moins fichants et plongent dans le fond du vallon. Cette enceinte enfin est terminée vers le nord par une batterie casematée pareille à celle qui couvre la communication avec la ville.
Le vieux château, qui renfermait les magasins d'approvisionnements, était, à cette époque, en fort mauvais état. Il a dû être négligé depuis la construction du fort de la Palamide , aux feux duquel il est soumis.
La ville est fermée du côté de la mer par un mur d'enceinte peu élevé et flanqué de quelques tours. Le quai où abordent les bateaux est extérieur, et terminé vers l'est par une batterie séparée du corps de la place. Cet ouvrage spacieux et bien construit bat le fond du port et la plage le long de laquelle l'ennemi pourrait cheminer. Ces fortifications, tracées sur un bon système, ont été construites avec beaucoup de soin par les Vénitiens. Ce front de l'isthme est composé d'une courtine entre deux bastions irréguliers ; le fossé est inondé d'eaii jusqu'au flanc- du bastion du côté du sud, dont l'angle flanqué se trouve précisément aa pied de la Palamide. Ici le fossé a été taillé profondément dans le roc ; il paraît qu'on avait eu le projet de couper l'isthme et d'isoler absolument le coi'ps de la place. Il y a dans ce même bastion une batterie supérieure et parallèle au flanc du bastion ; elle est prolon-
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suis et négociants de diverses nations qui avaient intérêt de pénétrer notre secret. M. de Bonnevai s'occupait beaucoup et très-ostensiblement du commerce; et, de mon côté, je mettais en ordre les matériaux que nous avions recueillis. Je me livrais le plus qu'il m'était possible à la société , et, sous le nom que j'avais pris, passant pour un ami de M. de Bonnevai, je parvins ainsi à garder mon incognito qui me semblait un rôle inutile et ridicule pour quelqu'un d'aussi peu d'importance que moi.
C'est à Smyrne que je fis le plus long séjour pendant le cours de mes voyages , et c'est aussi dans cette métropole du commerce d'Orient que j'eus le plus d'occasion d'observer les formes du gouvernement, les mœurs et les usages des Turcs, tant dans leur intérieur que dans leurs rapports avec les autres nations.
La ville de Smyrne , une des plus anciennes et des plus célèbres de l'Asie Mineure , a éprouvé tant de révolutions, et le sol en a été tellement bouleversét qu'on y chercherait en vain les traces de ce qu'elle fut autrefois f il serait même difficile de déterminer. sa position dans les siècles reculés , et tout ce qu'on en peut dire ne porte que sur de vagues conjectures. Ce qui parait plus certain, c'est que, dans les temps postérieurs et sous les empereurs grecs , Smyrne
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était située dans ]e même emplacement à peu près qu'elle occupe à présent. Depuis que les Turcs s'en sont rendus maîtres, l'ignorance et la barbarie^ les tremblements de terre, les fréquents incendies ont achevé de détruire ce qui pouvait rester encore d'anciens monuments et de son antique splendeur; elle n'a conservé que son nom. Aujourd'hui, c'est une ville assez grande et peuplée, mais qui n'offre absolument aucun objet de curiosité aux voyageurs. Sa position et son commerce sont encore ce qui la rend recommandable, et y attirent cette foule d'étrangers qui y abordent de toutes parts^ et forment aussi la plus grande partie des habitants dont trèspeu sont indigènes. Toute l'Anatolie, la Morée» Candie, les îles de l'Archipel et la Perse méme^ ont fourni à la population de Smyme et continuent de l'alimenter. Ces diverses races, assez semblables entre elles par l'uniformité de mœurs asiatiques qui les confondent, conservent cependant une sorte de caractère primordial qui les distingue. Le Turc, le Grec, l'Arménien, le Persan , le Juif, différant de religion et de rite , diffèrent encore par des nuances plus ou moins sensibles dans leurs manières de vivre et de traiter. A l'époque où je visitai Smyme, toutes ces nations étaient encore divisées en corps de communautés, dont chacune avait ses chefs et ses^
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députés. Les Grecs formaient , après les Turcs, la nation la plus nombreuse, ]a plus rîclie, et la plus considérée. Spirituels et industrieux, ils semblaient conserver encore quelques faibles sentiments de leur ancienne supériorité.
Presque tous les habitants de Smyme sont adonnés au commerce. Us s'y livraient alors avec d'autant plus de confiance et de sûreté, qu'ils ayaient rarement à craindre ces vexations tyranniques, ces extorsicms aii)itraires qu'on éprouve ailleurs et qui renversent les fortunes les mieux établies; c'est, de toutes les villes de l'empire ottoman, celle où les sujets du Grand Seigneur étaient le moins molestés et jouissaient de la plus grande liberté. On doit présumer qu'avant l'établissement des Francs à Smyme, le commerce était borné au trafic des productions indigènes du pays et de celles de l'Asie Mineure avec les autres États du Grand Seigneur et les îles de l'Archipel. Ce commerce s'est beaucoup accru dans le cours du XVIII® siècle, et il aurait acquis une plus grande extension si Fétat intérieur de la Perse, tourmentée par des révolutions , avait permis la libre circulation des caravanes. Les Français avaient autrefois , et encore à l'époque où je voyageais, en Orient, la plus forte part des profits de ce commerce ; mais on se plaignait déjà que la qualité de nos draps
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était détériorée; nous avons perdu depuis Favantage que nous donnait rimportation de nos denrées coloniales pour compléter et bien assortir nos cargaisons. Les Anglais, qui rivalisaient avec nous pour les draps légers, et qui l'emportaient même par la variété et l'éclat des couleurs, ont presque achevé de rtriner notre commerce pendant une longue guerre maritime. Ils ont, presque seuls, importé dans le Levant les denrées coloniales ; enfin , l'accroissement et l'activité de la navigation des Grecs nous ont ravi les bénéfices du cabotage , branche la plus précieuse et la plus utile à notre marine militaire, puisque ce cabotage employait et formait près de vingt mille matelots.
Smyrne est l'apanage de la Validé, ou sultane mère , et , à son défaut , cet apanage apparti^it au grand vizir en place, et le gouvernement n'en est* jamais conféré à un pacha. Un molla, un musselin, un mufti, un serdar des janissaires, sont les quatre officiers qui y commandent. Excepté le mufti , les autres sont ordinairement changés tous les ans. Le molla est chargé de rendre la justice, et c'est en lui que réside essentiellement l'autorité. Toutes les affaires ressortissent à son tribunal ; il est seul juge au civil^ et lorsqu'il y a peine de mort, il peut prononcer au criminel, mais toutefois après avoir obtenu
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au préalable un feiva ou décision du mufti. Le musselin est l'homme de la Validé ou du grand vizir, ou, pour mieux dire, le fermier de Tune ou de l'autre; il achète à forfait pour deux cents bourses les revenus annuels de ce gou^ vernement. Le musselin exerce dans la ville, sous l'inspection du mollah, les fonctions de lieutenant de police ; il est aussi le receveur des différents droits d'aubaine, de pèche et de douanes. Le mufti, interprète de la loi musulmane, est souvent consulté dans les matières contentieuses; et, sur l'exposé qu'on lui fait de l'objet en litige , il donne par écrit son fetva ; la partie qui est prémunie de cette décision la produit au procès devant le mollah , et elle détermine communément la sentence de ce juge. Leserdar est un of&cier subalterne des janissaires. Autrefois, cette milice était peu nombreuse à Smyrne , mais elle s'est beaucoup multipliée pendant la dernière guerre des Russes; elle se monte aujourd'hui à quatre ou cinq mille hommes. Ce ne sont, à proprement parler, que des volontaires qui ont suivi les drapeaux des différents agâs pendant la guerre, qui n'ont ni solde, ni discipline, et ne font d'autre service que des rondes pour contenir leurs camarades.
Le mollah , en qui réside l'autorité tout entière , est, comme je l'ai dit, l'organe de la loi maho-
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mètane; s'opposer à ce que cette loi ordonne, ce serait s'y rendre réfractaire; mais ce frein ne suffit pas toujours : il arrive quelquefois en temps de guerre que la levée des recrues, le passage des troupes, la licence et l'insubordination qui régnent parmi elles, le fanatisme qui les anime, occasionnent des troubles que l'autorité seule du mollah ne saurait arrêter. Alors, tous les grands du pays concourent au rétablissement de l'ordre public, et dans ce cas la Porte envoie un officier qui sévit rigoureusement sans distinction de rang et de personnes. Quelquefois aussi, lorsque la conduite oppressive du mollah et de criantes injustices donnent lieu à une fermentation générale, le respect pour l'alcoran n'est plus observé, la populace ameutée accourt au Mehkème; les femmes elles-mêmes s'y attroupent, et le juge est forcé de quitter son siège et de sortir ignominieusement. Toutefois le peuple est rarement obligé d'en venir à ces extrémités; il suffît que toutes les classes de citoyens réunies exposent leurs griefs à la Porte, dans des représentations où ils font toujours intervenir les Francs pour avoir l'appui de leurs ambassadeurs. Le ministèi^e ottoman fait droit à' ces plaintes , et le juge est envoyé en exil. Telle est l'influence du peuple dans ce gouvernement despotique; telles sont les modifications qu'elle y entraine. Il faut cpnnaître
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bien les mœurs et les lois de ce peuple pour n'être pas étonné des difficultés qu'on éprouve en traitant avec lui, soit d'affaires politiques, soil d'affaires de commerce. Pour ce qui regarde les premières 9 on ne trouve en général chez les Turcs que la plus profonde ignorance ; ils n'ont aucune notion exacte des intérêts des princes, aucune connaissance positive ni de l'état de leurs forces et de leurs finances, ni de leurs traités respectifs, ni de leurs alliances. Aveuglés par la présomption que leur inspirent et la prétendue ^ divinité de leur religion et les conquêtes rapides qu'elle leur a procurées depuis son établissement, ils croient qu'il suffit de savoir l'alcoran, et dédaignent les lumières des infidèles. Cependant on en trouve parmi eux qui reconnaissent que leur défaut d'instruction rend leur existence précaire. Mais comment réformer une nation entière,imbue de préjugés fanatiques, la &talité et la prédestination, et qui fonde sa supériorité sur celle qu'elle attribue à son culte enthousiaste! Quel* ques-uns de leurs sultans ont essayé de vaincre leur aversion pour les usages des nations européennes, et d'introduire dans les armées ottomanes l'organisation et la discipline des nôtres. Jusqu'à nos jours ces essais ont été non-seulement infructueux , mais ils ont encore causé de sanglantes révolutions. Mahmoud II, qui règne
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aujourd'hui, semble avoir été plus heureux; il a pu dominer le mufti et les ulémas toujours contraires à ces innovations ; il a pu exterminer des milliers de janissaires ^ et substituer à cette ancienne milice dégradée des corps de troupes régulières, uniformément armées, équipées ^ exercées selon les principes adoptés depuis plusieurs siècles par les nations chrétiennes. Mais il est probable que les premiers revers essuyés par l'armée ottomane réveilleront le fanatisnàe et la fureur des musulmans, vieillis dans d'iavincibles préjugés, et feront proscrire cette imitation impie des infiddies. Lorsque Pierre le Grand réprimait les stré^tz et régénérait son empire, il appelait à son secours les lumières qui, dans les autres États de l'Europe, avaient dissipé par dégrés les ténèbres de la barbarie; il répandait partout les semences de la civilisation; il était puissamment aidé par les dogmes, et la doctrine de la religion chrétienne; mais, avec l'alcorau et le fatalisme, comment concevoir que l'on puisse éclairer et civiliser les musulmans?
La société de Smyrne me parut être aussi piquante par la différence et la variété des caractères et des mœurs, que par le mélange des costumes. Divisée par les affaires et la concurrence d'intérêt, elle était fort unie par les rapports les plus agréables; on se rassemblait fréquemment
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chez les consuls des diverses nations et chez les plus riches négociants; on y vivait avec une sorte de magnificence. Toutes les commodités, tous les objets de luxe et d'agrément que nous avions en Europe dans les plus grandes villes, s*y trouvaient mêlés au faste oriental.
Je fus particulièrement accueilli dans la famille de M. Yanlennep , riche négociant hollandais dont la maison était le rendez-vous de la meilleure société deSmyrne et des étrangers, qui ne manquaient pas de solliciter l'avantage d'y être admis. M. de Bonneval, qui, dans un voyage précédent, s'était lié avec cette intéressante famille, se hâta de m'y présenter. Je n'avais pas encore vu, et, depuis cette époque, pendant ma longue carrière et dans le cours de mes voyages, je n'ai pas encore rencontré de modèle plus parfait du bonheur et des jouissances de la vie domestique : c'était la réalité des mœurs patriarcales ; M. et M"" Yanlennep , au milieu de onze enfants (sept filles et quatre garçons), en présentaient le plus fidèle tableau. M"* Yanlennep, née à Smyrne et célèbre par sa beauté, l'était plus encore par les rares qualités de l'esprit et du cœur. On admirait en elle une douceur inaltérable , unef âme expansive qui se communiquait sans cesse et se portait tout entière vers les objets qu'elle affectionnait : une aimable philosophie, fruit d'une étude profonde et
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d'un génie méditatif , la variété de ses connais* sances^ la facilité avec laquelle elle parlait huit langues différentes, lui donnaient une grande influence sur tous ceux qui avaient été à portée de la connaître. Les familles divisées la prenaient pour arbitre, et les hommes en place la consultaient dans les affaires importantes. Son caractère était ferme; mais cette fierté, cette dignité grecque était heureusement tempérée par la noblesse de ses manières, la grâce de ses mouvements, la sensibilité de son organe, et par son goût exquis pour les ouvrages d'esprit et pour les arts. C'est surtout dans l'éducation de sa belle et nombreuse famille qu'on pouvait reconnaître la supériorité de l'esprit et des talents de cette femme incomparable. Le fils aîné, après avoir voyagé en Europe , conduisait avec son père les affaires de la maison ; sa sœur aînée , aussi belle que l'avait été sa mère, était mariée à M. Moriès, négociant anglais établi à Smyrne dans la maison de son beau-père, et qui, depuis son retour en A.ngleterre, a été employé à des missions importantes. Son fils, qui n'avait alors que cinq ans, est aujourd'hui consul d'Angleterre à Paris. x\près madame Moriès, trois sœurs, dont la plu» jeune avait alors seize ans, étaient aussi remarquables par leur beauté que par leurs divers talents. Ânnetta, la plus âgée des trois, a été depuis
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la marquise de Chabannes ; elle a aussi élevé ellemémeune nombreuse famille^ et, dans des circonstances malheureuses, a montré un caractère digne de celui de sa mère. La seconde, Cornélia^ Tune des plus aimables et des plus attrayantes personnes, épousa, peu de temps après, lord Wald- Grave. Son fils aîné est aujourd'hui capitaine de vaisseau dans la marine anglaise. La troisième, Mimica, fut mariée à M. Enselie, l'ami et l'associé de M. Vanlenepp. Quatre autres jeunes sœurs et trois garçons complétaient la famille. Madame Vanlenepp, qui prouvait si bien par le succès de ses soins maternels la justesse de ses vues sur l'éducation, n'avait, à proprement parler, d'autre système que la marche de la nature. On pourrait dire qu'elle avait pressenti et merveilleusement appliqué la méthode de l'enseignement mutuel, proportionné aux différents âges et aux: développements progressifs de l'intelligence. Chacun de ses enfants s'empressait de transmettre à celui d'un âge inférieur l'instruction qu'il avait reçue ; tous se croyaient dans l'obligation de savoir davantage pour avoir plus à montrer. Il résultait de ces soins mutuels un indissoluble attachement ; et cependant cette mère adorée semblait passer sa vie dans un parfait repos; son âme avait passé tout entière dans celle de ses enflants.
lies trois mois que je passai à Smyrne , dans
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cet agréable quartier d'hiver, s'écoulèrent rapidement; nous avions y le comte de Bonneval et moi 9 achevé de mettre en ordre les matériaux que nous avions recueillis ^ et nous avions expédié nos dépêches au ministre; peu de temps après nous fîmes voile pour Constantinople. Le hasard nous donna un compagnon de voyage très-aimable. M. de la Fitte, ingénieur du roi, avait mission de remplacer M. de Chabot, le même que nous avions débarqué aux Dardanelles Tannée dernière. M. de la Fitte était venu sur un vaisseau marchand jusqu'au port Olivier de l'île de Mételin, et cherchait une occasion de se rendre à Constantinople. M. de Bonneval s'empressa de la lui offrir. Notre mission était trop conforme à la sienne pour que le résultat de l'une et de l'autre ne dût beaucoup gagner par notre accord, et la juste opinion que cet officier nous donna de ses lumières et de son excellent caractère nous fit rechercher les moyens de confondre nos travaux sur la position de Constantinople, et la solution du problème que la cour donnait à résoudre à chacun de nous sous des. rapports différents. M. de Saint-Priest non-seulement approuva ce concours, mais il y donna même sa sanction , sans laquelle nous n'aurions pas été les msutre» de nous communiquer réciproquement nos instructions. Je n'ai garde de répéter ici les
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descriptions si connues du canal des Dardanelles et de celui de la mer Noire, ni de reproduire le magique tableau qu'ofFre la vue de Constantinopie du côté de la mer. Une foule de voyageurs ont vu les mêmes choses et les ont décrites de la même manière. Entre tous ceux qui ont exploré ces contrées, le général Andréossy, l'un des derniers ambassadeurs français près de la Porte, est celui dont les savantes recherches lopographiques les font le mieux connaître et peuvent être le plus utiles.
Nous fûmes accueillis avec la plus grande bienveillance par M. le comte de Saint-Priest, et logés chez lui , au palais de l'ambassade. Je m'occupai sans délai , de concert avec l'ingénieur la Fitte et mon collègue, M. de Bonneval, de faire la reconnaissance de la position de Constantinople et de ses environs, celle des rives du Bosphore et des côtes de la mer Noire adjacentes; nous fûmes autorisés à visiter les châteaux et tous les points de défense. M. de Saint-Priest nous fit accompagner par un ingénieur turc, espèce de maçon, dont la confiance et les prétentions égalaient l'ignorance. Après chacune de nos excursions, nous rentrions à Péra, ou à la maison de campagne de l'ambassadeur, située à Buyuck-Déré, sur la rive droite du canal. Lorsque nos travaux furent achevés , et pendant que nous nous occu-
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pions de mettre en ordre leurs résultats , j'eus le temps de parcourir la ville et d'en visiter les principaux monuments. Je trouvai dans la société diplomatique de Péra les secours et les lumières que je. pouvais désirer pour me faire une juste idée du gouvernement et de la situation de l'empire ottoman à cette époque. J'avais été particulièrement recommandé par la maison Yanlenepp à leur ami et allié , le baron d'Heidenstham , ambassadeur dé Suède, homme d'un rare mérite et d'une profonde instruction; mais ce fut surtout M. le comte de Saint-Priest qui voulut bien me donner de précieux renseignements. Il était depuis quinze, ans ambassadeur à Constantinople , poste qui, pour un homme d'État tel que lui, n'était qu'un honorable exil. Il joignait à un génie actif et élevé une longue expérience des affaires , un esprit cultivé et mûri dans cette philosophique retraite. Je transcris ici le mémoire que je rédigeai d'après ses communications. Il y avait peu de temps que le traité d'Ainaly-Kavac entre la Porte et la Russie avait été conclu par l'entremise de la France et l'influence personnelle du comte de Saint-Priest, et le calme le plus parfait succédait à la crise politique qui avait fixé l'attention de toutes les cours de l'Europe , et plus particulièrement intéressé la nôtre.
« L'étonnant accroissement de la puissance de
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« la maison d'Autriche, sous Charles-Quint , ayant « éclairé la cour de France sur ses véritables ^nté- « rets , on vit commencer des rapports politiques « avec l'empire ottoman et des liaisdps secrètes « contre l'ennemi naturel. François I®', attaqué t< dans ses États , entama des négociations avec « la Porte; il trompa le pape Adrien VI, qui « voulait en vain réveiller le fanatisme déstruc- <c teur des croisades ; il trouva dans le sultan So- « Hman un prince éclairé, ennemi irréconciliable « de la maison d'Autriche, et qui opéra de puisce santés diversions. Cette politique de position a « été depuis maintenue par la France, intéressée (( à susciter à la maison d'Autriche d'étemels c( ennemis. Quelques fautes que l'on ait faites , a et dans le temps même des guerres civiles, « où la politique extérieure était rétrécie par les a divisions intestines, on reconnut toujours la <« nécessité de ménager l'empire ottoman.
(f On trouva dans l'accroissement de notre « commerce dans le Levant, qui fut pendanf: « longtemps exclusivement réservé à notre pa- « villon, des avantages inappréciables. Ces divers ce motifs soutenaient donc le système de nos « liaisons avec la Porte; et lorsqu'après la mort '< du sultan Soliman, la faiblesse des milices et « la corruption du gouvernement rendirent les « forces de l'empire turc moins prépondérantes,
situjltion politique. Ô27
(K l'ancienne réputation de leurs armes les soute- <x nait encore et rendait leur intérêt nécessaire au ce maintien de l'équilibre,
« Les liaisons de la Porte avec la France furent « négligées pendant la minorité de Louis XIII , à « cause de l'influence de l'Espagne, mais le car- « dinal de Richelieu , qui voulut abaisser la mai- « son d'Autriche, les remit en activité : aussi ce « ministre écrivait-il ce mot fameux : Le conseil « du roi a changé de maximes. Il est intéressant a d'observer ici qu'à cette époque, c'est-à-dire, « vers l'an i635, le czar Fœderowitz, alarmé par « les incursions desTartares, fit ses soumissions « à la Porte.
« Je ne veux point cependant m'engager à suite vre sans interruption le fil de l'histoire, dans la « vue de prouver que la puissance de la maison <c d'Autriche fut toujours balancée par celle des « Turcs ; on^ retrouve partout le même principe (c et les mêmes résultats. Quelquefois pourtant la « brutale ignorance de ces peuples, leur féroce « inimitié contre les populations chrétiennes rom- « paient toutes les mesures. C'est ainsi que, pen»* « dant la fameuse guerre contre la république de « Venise, l'ancienne fureur contre le nom chré- « tien se montra plus vivement que jamais. Le « sultan Ibrahim voulut forcer tous les ambassace deurs francs à répondre de l'insulte faite à uu