‹ Souvenirs du lieutenant général comte Mathieu Dumas de 1770 à 1836 (volume 2)Chapitre 49 sur 102 · MÉMOIRE SUR LA · texte numérisé non relu

MÉMOIRE SUR LA

c( vaisseau turc par les galères de la religion. Le « vizir Kiiiperli conduisait alors les affaires de la « Porte ; il répara la flotte battue par les Vénitiens c< devant Candie ^ pressa le siège de cette place, «et, enflé par ses premiers succès, il se refusa « aux sollicitations de la France et aux ouvertu- « res de paix. Le ressentiment et la fausse politi- <c que de Louis XIV l'engagèrent à prêter du se- « cours aux Vénitiens.

« Les premiers efforts de la nouvelle marine « française furent dirigés contre les Algériens, et « quelque temps après on arma une escadre pour n la malheureuse expédition de Candie. Il fallut (( cependant revenir au vrai système,^et chercher « à renouer avec la Porte. L'empereur avait procc fité de notre refroidissement et de la bataille ce gagnée par MontécucuUi^ pour conclure une <: trêve de vingt ans qui fut employée en intri- « gués et en guerres contre la France. Colbert « faisait alors fleurir notre commerce. La concur- « rence des Génois rendit plus vif encore le désir « d'un raccommodement avec la Porte; et nos « capitulations avec elle furent renouvelées en « 1673, à l'époque des brillants succès de (f Louis XIV.

•< L'éclat du règne de Méhémet IV s'évanouit « à la mort de Kiuperli, et c'est dans ce même « temps que les Russes commencèrent à se ren-

« dre formidables. On était bien loin de penser « qu'ils dussent un jour menacer et ébranler « l'empire turc. La France ne voulut prendre au- « cune part à cette guerre que dans le cas où la a Pologne se joindrait à la Russie. Le génie de « Montécuculli avait prévu la révolution qui dece vait arriver en Russie , et il conseillait à l'em- « pereur, en 1686, d'entrer dans une ligne offen- « sive et défensive avec le czar Alexis contre i< l'empire ottoman.

« La France était au plus haut période de sa « grandeur , et ses intérêts politiques s'affaiblis- « saient en raison de la supériorité de ses forces. « On eut sans doute à se repentir dans, la suite, « lorsque la ligue d' Augsbourg fit éclater4a guerre, a d'avoir laissé respirer la maison d'Autriche, de « n'avoir pas soutenu l'empire ottoman, et de « n'avoir pas assez ouvertement encouragé les « révoltes en Hongrie.

a En parcourant rapidement ce tableau, on « voit toujours la nécessité d'en revenir à la polii< tique naturelle, je veux dire, celle qui est dictée a par la position respective des divers Etats. Il Vf fallait sans balancer soutenir les Turcs et opé- « rer en Europe des diversions en leur faveur; (( oiî eût ainsi prévenu l'alliance de la Russie avec « l'empereur, et surtout la paix demandée par les « Turcs en 1688, circonstance qui permit à la

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« maison d'Autriche de disposer de toutes ses « forces contre nous. On revint enfin à garder a des ménagements pour l'empire turc ; on cher- « cha à échauffer la guerre contre les Impériaux ; a mais la bataille de Lissa était perdue ; le prince « de Transylvanie était expulsé de ses États, et le « dernier des Riuperli n'était plus. De si longs (( revers , la hauteur et la mauvaise foi dans les a négociations éloignèrent les ministres de la a Porte de nos intérêts, et les Turcs, malgré les a oppositions de la France, achetèrent la paix de « Carlowitz par le sacrifice des places important « tes de Kaminiek et d'Azof, qu'ils cédèrent, la (( première aux Polonais, et la seconde aux Rusaes. (c Les concessions arrachées à Fempire ottoman ce par le traité de Carlowitz, et l'état de faiblesse « où il se trouvait, enhardirent le czar Pierre 1*'. « Il étendit ses projets jusque sur la mer Noire; « il tenta même d'avoir un établissement en Gri- « mée, et en forma un à Voronetz, au delà du « détroit de Taman, Le génie de Pierre le Grand « lui faisait pressentir quelles pouvaient être les « conséquences de l'affaiblissement des Turcs; « mais ses projets précoces étaient bien loin de a pouvoir être exécutés. Les Tartares de Grimée a et de l'Ukraine opposaient une barrière redpu- « table ; jie plus , le grand éloignement de Pétersa bourg, dont il venait de faire la capitale de son

« empire, et la nécessité d'y concentrer toutes « les ressources qui pouvaient vivifier le com- « merce et assurer la défense des frontières de (c Finlande, ne lui permettaient de considérer les « établissements sur la mer Noire que comme t< les fruits tardifs des principes politiques qu'il « avait posés et de l'accroissement successif des « forces de son nouvel empire.

« La guerre de la succession fut une diversion a heureuse pour cette puissance, et le czar en a sut habilement profiter. On tenta vainement de « mettre les Turcs encore une fois aux prises tt avec les Impériaux : les insinuations de la « France furent inutiles; le mauvais succès de « nos armes nuisit à notre politique extérieure, « et la Porte, que nous avions trompée dans des ce temps plus heureux, ne prit aucune confiance a et méconnut ses véritables intérêts. Elle devait «soutenir les Hongrois; mais, fatiguée de la « guerre et humiliée par sa dernière défaite, elle « ne songeait plus qu'à se maintenir en paix. La « force des musulmans est un vrai torrent qui tf entraine tout ce qui cède à ses efforts ; mais s'il ce est arrêté dans son cours, s'il est détourné, di»* a visé par un grand obstacle, il perd tout à coup « son ^ergie. Charles XII, battu à Pultawa en « 1709, vint chercher un asile en Turquie; il ne « put parvenir à y opérer la révolution qu'il

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