MÉMOIRE SUR LA
« rives du Bosphore de Thrace que sur les glaces <jc du Wolga. Qu'importe la communication entre <i ces parties? Quelle puissance pourra jamais ce songer à les séparer et à pénétrer dans la Molce davie et dans l'Ukraine ? Quels attraits ne doit « pas avoir la position de Constantinople , au- « jourd'hui que le commerce est devenu la source « et la mesure de la puissance des États ? Quelles « pertes ne doivent pas réparer la conquête de <c la Grèce y la communication avec Tlnde, et la « certitude de prendre l'ascendant sur toutes les a nations commerçantes.
tf Tels sont les motifs qui détermineront l'im- « pératrice à poursuivre jusqu'au bout Texécu- « tion de son projet. Ne pouvant opposer à de <c tels ennemis des armées de terre et de mer, « dont l'organisation permette d'exécuter un plan a de campagne quelconque , l'empire ottoman a doit se réduire à un système fixe de défensive <i active ou absolue , selon les circonstances et la « part que pourront y prendre ses alliés. Tout « autre projet doit être rejeté, parce qu'on n'éa claire point des hommes entichés du fatalisme, «parce qu'on mettrait au sort des armes l'exisa tence de l'empire, et que, même dans la ferce mentation et l'anarchie actuelles , il serait divisé a aux premiers revers. »
Un demi-siècle, presque écoulé depuis que j'é-
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crivais à Constantinople ces notes historiques, n'a presque rien changé à la situation intérieure de l'empire ottoman ; mais les causes de destruc* tion dont il est menacé depuis longtemps se sont aggravées; son ennemi naturel , devenu plus puissant 9 le presse et le resserre en Europe et en Asie. L'alliance de la Porte ottomane n'entre plus dans les combinaisons de l'équilibre des grandes puissances européennes. Le renversement de l'empire de Napoléon , et l'épuisement de l'Angleterre, pendant la guerre des coalitions, ont affranchi la politique de la Russie, qui est et restera indépendante. La France n'a plus les motifs politiques qu'elle avait autrefois pour soutenir l'empire ottoman; elle ne peut même espérer de recouvrer les avantages commerciaux que lui avait assurés cette alliance. L'Autriche, puissance méditerranée sans frontières, obligée de disséminer ses forces pour retenir sous sa domination l'Italie et la plus belle partie de la Pologne, également impatientes de son joug de plomb, n'oserait, par une alliance offensive et défensive avec la Porte , attirer sur elle le ressentiment de la Russie et celui de la Prusse, son ancienne rivale , ou la neutralité plus dangereuse de celle-ci. Elle est forcée à rester dans l'inaction Ja plus passive, dans l'observation la plus circonspecte, devant de si formidables voisins; et, quelle
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que puisse être l'issue de la guerre allumée en Orient, aucun événement ne saurait changer , pour l'Autriche, cet état de choses, ni lui donner la prépondérance qu'a momentanément affectée son ambitieuse politique. Ainsi la Turquie, sans alliés, ne peut plus faire qu'une guerre défensive. L'énergie du sultan qui la gouverne a pu , cette fois encore, tendre le ressort du fanatisme mu-* sulman , porter la réforme dans les milices indis* ciplinées dont se composait son armée, y introduire^ tactique européennedes armées régulières, et réunir la force, la cohésion, la mobilité d'une infanterie disciplinée aux attaques furieuses et désordonnées des anciens janissaires; mais cette révolution inattendue dans les armées ottomanes, vainement tentée par le sultan Sélim III qui paya de sa tête ce téméraire essai , et la règéaé* ration qu'a entreprise l'intrépide et féroce sultan à l'exemple de Pierre le Grand , ses succès momentanés dans la guerre défensive qu'il est parvenu à nationaliser,, tout cela suffira-t-il , même dans les suppositions les plus favorables à ses desseins, pour sauver l'empire? On peut croire que ces derniers efforts pourront , pour quelque temps encore, arrêter sa décadence; mais les germes de destruction qu'il porte en son sein ne sauraient être si facilement étouffés. Les Turcs ne peuvent plus conquérir, ni abuser plus long*-