LE PIR^E
laisse à tribord. On porte ensuite au nord-nordouest, et on parvient, en suivant cette aire de vent^ jusqu'à un tiers de lieue d'une petite île, appelée le petit Couloury , qui avoisine le Pirée , où on découvre parfaitement l'entrée qui, jusque-là , était cachée par plusieurs pointes basses.
Pour entrer dans le Pirée, il faut ranger de très-près les ruines de l'ancien fanal, et venir ensuite passer entre les deux anciennes jetées, dont on voit encore quelques débris à fleur d'eau. Cette entrée n'a que cinquante toises de largeur ; elle se fermait avec une chaîne. Le fond, dans ce passage étroit, est de quatorze brasses d'eau. Lorsqu'on l'a doublé, le port s'agrandit, et l'on peut jeter l'ancre partout, à l'abri de tous les vents, par un fond de vase de six, sept, huit et neuf brasses d'eau.
Il n'y avait alors aucune défense au port Pirée ; il serait facile de le fermer et de rétablir les anciennes jetées. Des batteries bien disposées dans une passe si étroite ne permettraient pas aux vaisseaux d*en approcher, et l'on devrait aussi fortifier la presqu'île du Pirée, sur laquelle était la fameuse forteresse dont on voit encore les débris. L'ancien port de Phalère, qui n'est qu'une anse, se trouve au sud de cette presqu'île, et serait un point de débarquement très-commode pour des troupes destinées à tourner le
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food du port Pirée et à couper sa communication avec Athènes.
A une demi-lieue, dans le nord-ouest du Pirée, est le port de Couloury , formé par deux îles qui, de loin, paraissent tenir à la terre ferme. On les appelle le grand et le petit Couloury ; ce sont les mêmes que les Salamines des anciens. L'entrée de ce port, qui s'offre au nord-nord-ouest, est entre le petit Couloury et le continent. Dès qu'on a dépassé cette île, on découvre un port immense et qui pourrait contenir une flotte considérable ; on y mouille sur un fond de dix-huit à vingt brasses, sable gris, et, lorsqu'on est affourché est et ouest , on est à l'abri de tous les vents.
A six lieues, dans l'ouest de Cbuloury, est le mouillage de Mégare, autrefois appelé port Nisaea, où l'on a vingt brasses, et enfin dans le fond du golfe, celui de Corinthe, où l'on mouille à trois cents toises de terre , par un fond de trente brasses, vase dure.
La ville d'Athènes, éloignée d'une lieue et demie du port Pirée, est située au milieu d'une plaine fort étendue; quelques hauteurs isolées, sur l'une desquelles est bâtie la citadelle , entourent cette ville, et semblent ainsi placées par la nature pour la protéger.
L'acix>poUs d'Athènes , où se trouvent le temple
de Minerve et celui d'Érechthée , est un rocher très-élevé, qui n'est accessible que sur un seul point. Les murs de cette citadelle ont été plu* sieurs fois démolis et relevés; ils étaient à cette époque extrêmement dégradés. Il y a, à environ trois cent cinquante toises de la citadelle , une hauteur un peu moins élevée , mais d'où on peut la battre; on l'appelle le Philoppappus ^ à cause d'un monument triomphal qui y fut dédié à Caïus PhiloppappuSy et dont on y voit encore les ruines. Ce poste , plusieurs fois occupé dans les guerres des Athéniens , le fut aussi par le général Morosini, qui réduisit cette place. Les Albanais , répandus en Morée pendant la dernière révolution, vinrent plusieurs fois, en forces, piller la ville d'Athènes , et c'est pour se défendre de leurs brigandages que les Turcs ont élevé la mauvaise muraille dont elle est enceinte.
Les environs d'Athènes étaient bien cultivés lorsque je visitai cette belle contrée, aujourd'hui ravagée.
Après avoir achevé mes reconnaissances du golfe et des environs d'Athènes, je m'arrêtai quelques jours chez le consul de France, M. Gas* pari, pour examiner à loisir les antiquités que renfermaient la ville et la citadelle* J'avais sous les yeux l'excellent ouvrage de M. Leroy, les Ruines des plus beaux monuments de la Grèce ^
dans lequel ces antiquités sont décrites avec )a plus grande exactitude, soit pour la partie historique, soit pour les détails géométriques. C'était alors, et avant la publication de la sefconde partie dii Voyage pittoresque du comte de Choiseul, le meilleur guide à suivre.
Le premier objet qui arrêta mes regards, en entrant dans Athènes, fut le temple de Thésée, » situé sur une petite colline au-dessous de la citadelle. C*est le morceau le mieux conservé et le plus parfait modèle de l'ordre dorique. Quoiqu'il soit fort ancien, il ne faut pas le confondre avec le premier temple de Thésée qui fut détruit lors de l'invasion des Perses. Le temple encore debout fut élevé dans le second âge de la Grèce; la beauté de ses proportions , la richesse des ornements, et la recherche dans les moindres parties de sa construction, donnent une juste idée de la perfection des arts chez les anciens Grecs.
On fait honneur aux Doriens des premiers perfectionnements de l'architecture, ainsi que l'atteste la dénomination d'ordre dorique. Les Ioniens introduisirent un ordre moins sévère, moins pur, mais plus gracieux; enfin les Corinthiens allièrent ces deux ordres, et y ajoutèrent des ornements imités des plus belles productions de la nature. On modifia et l'on enrichit ces or- ' dres selon l'objet pour lequel ils furent employés;
on y mit plus de force et de majesté , plus de légèreté et de grâce; mais, toujours fidèles à la nature, les Grecs, en perfectionnant ce bel art, surent lui conserver les traits de son enfance. Le temple de Thésée est une preuve de la pureté de leur goût. Le caractère mâle de cet édifice répond à celui du demi-dieu en l'honneur duquel il fut élevé; il est construit en marbre. Les colonnes, l'entablement et la cella ou muraille intérieure sont dans leur entier ; ces masses énormes, que ne lie aucun métal, aucune matière étrangère, ont résisté aux injures du temps, aux tremblements de terre et à la fureur destructive des barbares. Quelques parties du plafond des portiques ont été dégradées, mais il en reste encore assez pour faire admirer l'assemblage ingénieux des pièces de marbre dont il était composé. Les bas- reliefs de la cella , dont l'un , celui du péristyle, représente le combat des Centaures, et Tautre la paix accordée aux Amazones, sont des morceaux achevés, et les métopes qui font partie de l'entablement, sont aussi enrichies de basreliefs où sont sculptés les exploits et les travaux du compagnon d'Hercule.
Le temple de Thésée servit, dit-on, de modèle à celui de Minerve que Périclès fit élever au milieu de la citadelle dans les beaux jours d'Athènes. Je montai ensuite à l'acropolis, où je trouvai L a4
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à la porte du château , dans un mauvais corps de garde y le disdar ou commandant turc que je remerciai d'avoir bien voulu me laisser pénétrer dans l'enceinte sacrée. Les Turcs ne conçoivent point notre curiosité ; les débris des plus beaux monuments n'ont aucun prix à leurs yeux. C'est ainsi qu'une partie du théâtre sur lequel on jouait les pièces de Sophocle et d'Euripide est liée aujourd'hui à la double enceinte du château et qu'ils se sont servis, à plusieurs reprises, des fragments de marbre les plus précieux pour rétablir les murs de la citadelle. C'est même avec peine que l'on peut distinguer la forme des pro«» pylées. Ces propylées étaient l'entrée de l'acropolis. La pente rapide du terrain avait fourni à l'architecte une ijouvelle idée pour la décoration ; les cinq portes qu'on y voyait encore lorsque je visitai ces ruines , se trouvaient sous une belle colonnade d'ordre dorique qui communiquait à de vastes portiques sur les deux ailes ; tout était en marbre; et l'escalier, de toute la largeur de l'édifice, était terminé par des statues équestres. Je cherchais au milieu de ces débris épars à me former une idée du monument le plus parfait de la Grèce, et me transportant au temps de Périclès, je me figurais un peuple immense inonr .dant ces mêmes portiques pour venir sacrifier à la déesse des beaux-^arts.
Le rocher sur lequel est bâtie la citadelle d'Athènes domine toute la plaine; on découvre au loin le port Pirée et les hautes montagnes de l'Attjque ; on suit le cours de l'Ilissus et de l'Éridan, faibles ruisseaux auxquels on n'ose ren-* dre le nom pompeux de ces fleuves si chantés. On a sous les yeux le terrain qu'occupaient la ville et les collines qui y étaient renfermées , toutes fameuses par quelques monuments. Je me plaisais à reproduire les objets disparus , et mon imagination rendait en quelque sorte la vie et le mouvement à ce magnifique tableau. Je reconnus le rocher de l'aréopage et du côté opposé le stade, et l'on me montra sur une colline fort élevée les restes de l'Odéon. Après m'étre fait indiquer l'emplacement des différentes ruines que je me proposais de visiter, je m'éloignai des propylées presque enfouies pour examiner à loisir les restes précieux des temples de Minerve et d'Érechthée, qui sont au milieu de la citadelle.
Le temple de Minerve est d'ordre dorique et sur les plus grandes proportions ; les colonnes cannelées ont un diamètre de plus d élévation que celles du temple de Thésée, ce qui donne plus de légèreté à l'édifice. Les artistes remarquent dans les proportions et dans les ornements un goût exquis et la plus grande pureté; je fus frappé d'admiration. Je fus surtout étonné de |a
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dimension des blocs de marbre employés à la construction de ce temple. Les magnifiques basreliefs qui ornaient les tympans des frontons à l'est et à l'ouest, ont été, à une époque assez récente, presque entièrement détruits. Ce monument si vaste, si solide, si parfait, devait rester indestructible; il s'était conservé sans la moindre dégradation jusque vers la fin du XVIII* siècle , mais pendant le siège de la citadelle d'Athènes par les Vénitiens , une bombe ayant mis le feu aux poudres que les Turcs avaient retirées dans le temple, plus de la moitié de l'édifice fut renversée ; les deux façades et une partie du portique de la droite étaient encore entières en 1784. Le général Morosini, en entrant dans la place, regretta sans doute d'avoir détruit lui-même le plus beau trophée de sa victoire; il essaya de faire enlever une partie du bas-relief du fronton de l'ouest, que l'explosion avait épargnée; mais, soit que les pièces en eussent été ébranlées , soit que l'équilibre de ces bosses, qui avaient presque leur saillie entière , eût été dérangé par les efforts que l'on fit pour les enlever, presque tout le placage se détacha , et il ne resta plus que des fragments mutilés du plus beau morceau de sculpture que les anciens Grecs nous eussent laissé. Le sujet de ce bas-relief était l'entrée de Minerve au conseil des dieux ; la figure de Mi-
nerve et quelques autres parties du fronton existaient encore; elles ont été depuis enlevées et transportées en Angleterre par lord Elgin. Le. bas-relief du fronton de l'est , qui fut détruit par l'explosion , représentait le combat de Neptune et de Minerve se disputant l'honneur de protéger la ville d'Athènes. Il n'en restait, dans l'angle du tympan , au-dessus de la corniche , que quelques têtes de chevaux marins expirants , de la plus grande beauté.
Le temple d'Érechthée, dédié à Cérès, d'une bien moindre proportion que celui de Minerve, et bâti selon l'ordre ionique , me parut remarquable par sa construction irrégulière, son double péristyle et ses deux principales façades ; il n'avait encore éprouvé aucune dégradation lorsque je le vis. L'entablement de la plus petite façade était soutenu par des cariatides ou demi-figures drapées d'une forme svelte et gracieuse , supportant des chapiteaux ioniques simples. L'autre façade avait des colonnes cannelées et des chapiteaux de la plus grande richesse.
Les fortifications mal entendues et mal armées de la citadelle de la nouvelle Athènes méritaient peu d'attention. Ce poste, très-fort par sa position , a été de nouveau très-célèbre par le siège qu'en ont fait les Turcs sous Reschid-Pacha et par la belle défense des Grecs. L'un des of-
ficiers les plus distingués de Farinée française , le colonel Fabvier, qui s'était dévoué à la cause de l'indépendance de la Grèce , et qui l'a soutenue avec la plus rare constance , osa forcer les lignes des Turcs avec cinq cents soldats qu'il avait formés, pénétra dans l'acropolis, dont il prolongea la défense tant qu'il eut des vivres et des munitions, et y de concert avec l'amiral français de Bigny, sauva par une honorable capitulation les restes de cette garnison héroïque , dont il avait relevé le courage par son intrépidité. Pendant ce long siège, les projectiles turcs ont sans doute presque achevé de détruire les belles ruines que j'avais admirées.
£n descendant de la citadelle, je rentrai dans la ville , et le premier objet qui fixa notre attention fut le petit, temple appelé la Tour des Vents ^ monument aussi solide qu'ingénieux où l'on retrouve avec plaisir la manière dont les anciens divisaient les vents et le rapport exact de cette division à celle de notre boussole. Cette tour a huit faces différentes sur chacune desquelles le caractère de chaque vent est exprimé par une figure ailée. Ces bas-reliefs sont bien conservés et les figures n'ont rien perdu de leur expression. Borée est un vieillard furieux; il agite avec force ses ailes pesantes et les vêtements dont il est enveloppé. Zéphire est un beau jeune homme à
demi nu; ses mouvements sont faciles, son attitude est belle, gracieuse et balancée. D'autres vents sont distingués par des attributs , par le6 Éavêurs qu'ils répandent ou les ravages qu'ils entraînent. La tour des Vents servait aussi à indiquer les heures ; on voit encore sur les angles de la corniche la place des styles et les rayons tirés obliquement sur chaque face. Le toit ou chapeau de l'édifice n'est pas moins digne de remarque. 11 est formé de vingt- quatre pièces de marbre de forme triangulaire réunies dans une seule clef. J'eus le plaisir d'examiner l'intérieur de cette construction, que je trouvai également riche et bien conservé.
Les Turcs ont fait une mosquée de ce petit édifice , et , par une assez juste application , des moines tourneurs ont choisi la tour des Vents pour le théâtre de leur exercice.
Si les tourneurs ont respecté ce monument précieux, nos capucins plus barbares ont, en revanche, défiguré un petit temple d'Hercule adossé à leur couvent, et faussement appelé la Lanterne de Démosthène. On ne peut voir qu'une partie de ce temple qui n'a pas plus de vingtcinq pieds de circonférence, et environ trente pieds de haut. C'est une tour creuse dont le dôme est soutenu par six colonnes d'ordre corinthien; le fiini des ornements est de la plus
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grande délicatesse; c'est uïie vraie miniature. On remarque dans le chapiteau des recherchée qu'on ne voit point dans les autres du même ordre. La frise en est très-riche et ornée d*un bas-relief représentant les travaux d'Hercule. Il n'y a pas une figure qui ne soit une étude achevée. Malgré le plâtre et la fumée dont sont couvertes ces idoles^ on suit et l'on admire la composition de ce bas-relief. Le couronnement répond à l'élégance de l'édifice; il est d'un seul bloc et soigneusement travaillé. Le recouvrement est formé par des feuilles de pommes de pin renversées, dont l'effet jusqu'au chapiteau qui termine la sommité est très-agréable.
Le temple de Jupiter Olympien, dont les ruines ou plutôt les vestiges se trouvent à peu près au. centre d'Athènes, était, si l'on en croit la description que nous en ont laissée les anciens, l'un des plus vastes et des plus magnifiques qu'il y eût au monde. Le corps de l'édifice était entouré d'une colonnade dont il ne reste rien. Une partie de la cella et du portique indique seule la perfection des proportions, et du goût dans l'exécution de l'ordre corinthien. Le travail en est admirable; les cannelures des colonnes, les moindres moulures sont d'une pureté extraordinaire , et la sculpture en est finie. Tout le temple était bâti en marbre de Phrygie. Une co-
lonne de Tangle du péristyle, et par conséquent la seule qui pût faire connaître la forme et les proportions de l'édifice, était encore debout lorsque nous arrivâmes à Athènes. Je l'ai vue tomber sous la main d'un barbare : Taga la fit briser et scier en morceaux pour en construire quelques marches d'escalier à une mauvaise maison qu'il habitait en face de ces ruines. J'étais saisi d'une sainte fureur, j'aurais volontiers arraché des mains de ces ouvriers ignorants l'équerre et le ciseau qu'ils osaient porter sur ces chefsd'œuvre pour méditer et consommer leur sacrilège destruction. Les Grecs ne voyaient point cette profanation avec indifférence; ils chérissent ces témoins muets de leur ancienne splendeur qui soutiennent en eux le souvenir de leurs ancêtres. L'empereur Adrien, qui rappela les beaux-arts dans la Grèce et fit refleurir la plus belle partie de son empire épuisé par de longues guerres , rendit à la ville d'Athènes ses privilèges , releva ses murs et ses temples, et se plut à l'embellir. Il renferma dans l'enceinte de la ville tout le terrain jusqu'aux bords de l'Ilissus. Pour distinguer ce nouveau quartier de l'ancienne ville , on éleva un arc de triomphe qui subsiste encore et sur lequel on lit d'un côté : Cest ici la ville de Thésée , et de l'autre : C'est ici la ville d^ Adrien et non pas celle de Thésée,
ijS ATHÈNES.
Cet empereur, voulant encore immortaliser sa mémoire, éleva un temple à tous les dieux; ce Panthéon, dont il reste dix-sept colonnes, en avait cent vingt-six. Elles sont d'ordre corinthien , et ont cinquante-sept pieds de hauteur. Elles ap^ partenaient au double péristyle de la façade et au portique de la droite. Il n'y a pas en Europe, si l'on en excepte la basilique de Saint-Pierre, d'édifice public d'un plan aussi vaste. Après avoir admiré la belle architecture et l'exécution hardie du Panthéon, si l'on jette les yeux sur les différents sites qui l'environnent, on voit combien ce temple devait ajouter à l'embellissement d'Athènes. Placé au pied de la citadelle et à l'extré* mité du plateau qu'occupait la ville, il dominait sur le vallon arrosé par l'Uissus. Les anciens observaient sévèrement les règles de la perspective, non*seulement dans les proportions des édifices, mais encore dans le choix de leur emplacement; et nous , qui avons approfondi et mieux fixé ces règles , nous négligeons le plus souvent le choix des sites, et nous forçons la nature en accommo«> dant après coup lé terrain à la position et au genre de l'édifice.
Quoique la description des antiquités d'Athènes se trouve dans les relations de tous les voyageurs qui ont visité ces contrées fameuses , et quoique le crayon ou le burin en ait repro-
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duit et multiplié les tableaux , je n'ai pu me dé fendre de rappeler ici le souvenir de Timpression que firent sur moi ces divers témoignages de la splendeur de l'ancienne Grèce et des vœux que je formais alors pour sa renaissance. Je remercie la Providence de m'avoir accordé d'assez longs jours pour être le contemporain d'un si grand événement.
Je ne voulus point quitter Athènes sans aller voir la foret des Olwiers^ où se tenait , dit-on, la célèbre académie de Platon. Les bords de l'Éi'idan sont encore très-agréables; ce ruisseau, divisé en plusieurs branches, fertilise encore la plaine des Oliviers; il arrose beaucoup de jardins; mais il s'atténue insensiblement, et le fleuve fameux n'apporte plus aujourd'hui qu'un faible tribut à la mer.
Partis d'Athènes le 4 juillet 1784? nous allâmes d'abord mouiller à l'île de FArgentière pour y prendre les dépêches qui nous y étaient adressées. Avant de sortir de l'Archipel, il nous restait à reconnaître l'île ou le beau port de Milo ou Melos. Il y régnait alors des fièvres trèsdangereuses : ce qui décida M. de Bonneval à n'y pas conduire sa corvette. Il resta donc au mouillage de FArgentière pendant que j'allai avec les pilotes et quelques hommes de son équipage faire la reconnaissance de Milo. Cette île était
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alors presque dépeuplée par les effets de cette intempérie qu'on attribue aux exhalaisons produites par des feux souterrains. On y trouve à chaque pas des sources d'eaux chaudes , du soufre, de l'alun et tous les indices d'une fermentation continuelle. Tous les voyageurs s'accordent à dire que la ville et la plaine, qui sont dans le fond du port, sont plus sujettes aux funestes effets de ces émanations malignes qu'aucune autre partie de l'île : aussi me gardai-je bien d'aller m'y établir. Un petit vallon , ombragé par des figuiers au pied de la montagne de Sixfours qui se trouve à l'entrée du port , me parut un meilleur asile. J'y pris terre, et je fis dresser une tente où nous nous retirions lorsque la chaleur insupportable de midi ne nous permettait plus de travailler.
L'île de Milo, située par les aa" 34' de longitude et 36** 43' de latitude, selon les cartes, se trouve à l'entrée des Cyclades; et l'écueil trèsélevé qui est dans la partie de l'ouest, et qu'on appelle l'Anti-Milo , est la principale reconnaissance de ces parages. Cette île , qui n'est séparée de celle de l'Argentière que par un chenal étroit, forme avec elle et l'île Brûlée la rade de l'Argentière. Ce dernier mouillage est très -fréquenté surtout par les bâtiments français , qui vont y prendre des pilotes. Un raisonnement nautique