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sur un point aussi connu serait superflu ; je passe à celui du port de MiJo , l'un des plus beaux du Levant et des plus intéressants par sa position.
L'île de Milo est le dernier anneau de la chaîne des Cyclades qui ferme l'entrée de l'Archipel; c'est le point où se divisent les routes pour les principaux débouqueraents, et c'est aussi celui où se croisent les routes de Morée en Candie. L'île de Milo est presque ronde; on lui donne environ douze lieues de tour; elle est inabordable presque partout, si l'on en excepte quelques anses qui se trouvent dans la partie du nord vis-à-vis de l'Argentière. Toute la côte est escarpée à pic, et, dans quelques endroits, elle est défendue par des rochers sous l'eau ou des îlots qui en rendent les approches dangereuses.
Le port de Milo, aussi vaste que sûr, se trouve dans le nord-ouest de l'île. Pour en reconnaître l'entrée, il faut, quand on vient du côté du nord ou de l'ouest, faire route sur l'Anti-Milo, qu'on peut approcher de tous côtés. En se dirigeant sur cet écueil, on découvre l'entrée du port qui est fort évasée, et dont les côtes sont très-élevées et saines. Il y a sur l'extrémité nord-est de l'entrée deux îlots très-remarquables. On ne peut point passer entre eux, mais on peut ranger la côte entre l'île et ces mêmes îlots. Le village de Sixfours, qui est placé sur une montagne en
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forme de pyramide qu'on laisse à bâbord , est encore un point de reconnaissance ainsi que le mont Saint-Élie, d'une forme à peu près semblable, sur la côte de tribord. Enfin, quand on se trouve sur la pointe nord de l'Anti-Milo, il suffit de mettre le cap au sud-est du compas pour aller droit au milieu du port.
Il faut, pour prendre le beau mouillage, s'enfoncer jusque dans le fond du port, parce qu'à l'entrée, et même au milieu, on trouve un fond de quarante à cinquante brasses. On range de près la côte de bâbord, et on va mouiller à quatre cents toises de la plage de sable qui forme le fond du port par le travers des grottes taillées dans le roc. On est mouillé par les dix-huit, vingt et vingt-deux brasses, ^ fond de sable fin. On doit s'affourcher nord-sud et sud-ouest pour se garantir de la grosse mer, qu'élèvent dans ce port les vents de nord-est.
Outre les avantages de position que nous avons déjà fait remarquer, le port de Milo a encore celui d'être une relâche aussi commode que nécessaire pour les bâtiments qui se trouvent engagés entre les îles de Cherson, Termie et Zea, par des coups de vent de nord et de nord-est.
Il n'y a aucune fortification dans ce port, et son entrée ayant huit cent quatre-vingts toises d'ouverture, elle ne pourrait être défendue que
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par de très-fortes batteries placées sur les deux mornes élevés et inaccessibles qui ia resserrent; mais on ne conçoit aucune supposition qui pût obliger à une telle dépense , la saison des opérations étant précisément celle où le port de Milo n'est presque d'aucun avantage, puisque les vents par lesquels on y relâche permettent de tenir la mer, et qu'il est difficile d'en sortir à cause de la constance des brises du nord; d'ailleurs l'insalubrité de Tair et la mauvaise qualité des eaux feront toujours rejeter l'idée d'un établissement à terre , quelque court qu'il dût être.
Cette île était autrefois très-considérable. Dans le temps même qu'elle appartenait aux Vénitiens, c'était une de leurs plus florissantes colonies. Aujourd'hui elle est presque dépeuplée, à cause des vapeurs sulfureuses qui s'exhalent incessamment de cette terre volcanique. Du reste, la terre y est très-productive et le vin d'une excellente qualité. Le peu d'habitants qui y sont restés recueillent avec un faible travail au delà de leur consommation; mais on ne saurait trop faire sentir les inconvénients et le danger de cette relâche pendant l'été, où peu d'étrangers bravent impunément l'intempérie du climat.
En quittant la rade de l'Argentière , nous nous arrêtâmes à Cérigo, l'ancienne île de Cythère,
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dont j'ai déjà parlé, et aous entrâmes dans le golfe de Coron.
Je devais reconnaître, dans cette partie de la Morée , les places de Coron , M odon et Navarin , situées dans la presqu'île dite du Belvédère, l'ancienne Messénie. Comprise entre le golfe d'Arcadia, du côté de l'ouest, et celui de Coron, du côté de l'est, elle forme la plus occidentale des cinq presqu'îles ou langues de terre qui terminent , vers le sud , le territoire de la Morée ( l'ancien Péloponèse), et dont les intervalles forment autant de golfes. Elle est limitée , vers le sud , par le cap Gallo , au large duquel se trouvent ^ dans le sud et le sud-ouest , les îles Sapience et l'écueil appelé Venetico. Le pourtour de cette côte, depuis l'île du Prode jusqu'à Calamatay qui est le fond du golfe de Coron y est d'environ vingt, lieues, et la largeur de la presqu'île, à la hauteur de Nai^arin^ n'est guère que de sept lieues. On trouve sur ces côtes plusieurs ports et mouillages ; les principaux sont ceux de Navarin , Modon et Coron. Ces divers points ont été rendus fameux par les anciennes guerres de la république de Venise et par l'expédition infructueuse du comte Orlow. Ils le seront bien davantage par les vains efforts d'Ibrahim-Bey, qui, ayant fait de cette presqu'île la base de ses opérations pour conquérir le Péloponèse et réprimer la généreuse insiir-