LETTRE A MON FILS
placé. Quelques historiens modernes, d'ailleurs très-estimables, mais qui voudraient imposer à la postérité leur jugement prématuré, blâment leurs contemporains auteurs de mémoires particuliers, de se produire individuellement sur la scène, et les accusent de l'orgueilleuse et puérile prétention d'attirer exclusivement sur ce qui leur est personnel l'attention de leurs lecteurs : je ne chercherai point à éviter ce reproche. Quoique les matériaux qu'ils ont recueillis aient pu leur paraître suffisants, souvent même surabondants, pour fixer le point de vérité historique , ils auraient tort de suspecter de partialité et de condamner d'avance toutes les dépositions qu'ils n'ont point entendues. Ce n'est point une production inutile et sans intérêt que celle d'un témoin oculaire, qui, racontant sa vie, est forcé de parler de lui-même , en disant , comme le pigeon de la Fontaine :
« J'étais là : telle chose m'advint. »