‹ Souvenirs du lieutenant général comte Mathieu Dumas de 1770 à 1836 (volume 2)Chapitre 63 sur 102 · NAVARIN · texte numérisé non relu

NAVARIN

après avoir facilement forcé la passe, alla mouiller dans le fond du port; on débarqua du canon des vaisseaux 9 et Ton éleva, au delà du ravin dans un poste fort bien choisi, une forte batterie , qui en très-peu de temps fit brèche à la citadelle et à l'enceinte de la ville. Lorsque les mauvais succès des Russes, dans cette partie, les forcèrent de changer leurs plans de campagne, avant d'évacuer Navarin, ils firent sauter les fortifications et dégradèrent l'artillerie. Je trouvai ces brèches assez bien réparées, et le fort en bon état et hors d'insulte.

Navarin est un poste très-important 'par les avantages de son port si heureusement placé pour recevoir les vaisseaux qui, atterrant sur le cap Matapan , se trouveraient forcés de relâcher par un vent de S. O., à cause des communications intérieures et des routes qui y aboutissent, telles que celle d'Arcadia qui en est éloignée dé quatorze lieues; celle de Misitra ou Sparte, en passant par le fond du golfe de Calamata; enfin, celle de Tripolitza qui est la capitale et le centre de la Morée, et qui en est distante de vingt-six lieues.

La citadelle de Navarin, dans l'état où je la vis, ne me parut pas susceptible de résister longtemps à une attaque régulière; je jugeai que pour la mettre dans un état respectable il faudrait, en

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profitant des deux ra\ins dont j'ai parlé plus haut, construire quelques ouvrages extérieurs, et surtout occuper la hauteur qui domine la position ; enfin l'entrée du port pourrait être bien défendue par des batteries placées à la pointe de l'île de Sphacia et sur les îlots. Il paraît que les Turcs n'avaient pas négligé ces avantages , et l'on peut juger par les détails de la reconnaissance que j'en ai faite, et que j'ai rapportée succinctement, que la résolution de forcer cette passe pour attaquer la flotte turco-égyptienne embossée dans le port, est l'une des plus audacieuses que présente l'histoire de la marine des trois puissances qui ont concouru au dernier et mémorable combat de Navarin.

Je ne retournai point à Coron ; j'étais convenu avec M. de Bonneval qu'il viendrait mouiller dans le port de Navarin où devait finir ma tournée. Les vents ne lui permettant pas d'y pénétrer, il resta quelques jours à croiser devant l'entrée et m'envoya son canot; le ï3 juillet, je me rendis à bord de la BaxUne, joyeux d'avoir heureusement achevé de remplir la mission qui nous avait été confiée. Nous nous félicitâmes réciproquement , et nous fîmes route pour France. Des vents d'est , faibles et doux , nous portèrent sur la côte de Sicile en vue du mont Gibel et du cap de I^armi, extrémité de la Calabre. M. de Bon-

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