‹ Souvenirs du lieutenant général comte Mathieu Dumas de 1770 à 1836 (volume 2)Chapitre 67 sur 102 · MISSION EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

MISSION EN ALLEMAGNE

« qui ont été envoyés à M. le maréchal > le plus « exact et le plus détaillé par rapport à la force a effective des colonnes, est celui de M. le baron (c de Grosplag; la suite des bulletins que j'ai fait « passer à M. le maréchal contient les documents « que j'ai successivement recueillis sur la direction « des colonnes 9 la marche des troupes, leur force mation et leurs subsistances. Cette marche et « ses variations , ce passage de trente mille hom- « mes sur les différents cercles de l'Empire, sont H à présent bien connus ; le point essentiel est le « rassemblement des deux plus fortes colonnes à « Coblentz , parce que la position avantageuse de « cette place rend maître de la navigation du Rhin « et de la Moselle. Quoique S. M. I. n'ait demandé « à l'électeur qu'un séjour de trois jours pour « ses troupes, sous prétexte d'avoir le temps de « préparer ses potltons pour le passage du fleuve, « tout porte à croire qu'au moins une partie de <c l'armée sera cantonnée dans les environs de « Coblentz. La forteresse de Ehrenbreitstein est « un point d'appui sur lequel doivent être diri-

« gés les renforts et les convois. ... *

« J'ai pris connaissance du mémoire adressé à a M. le maréchal par M. le comte Dumoustier , a ministre de France auprès de l'électeur de a Trêves, et je me suis pénétré des observations I. 26

4oa MISSION EN ALLEMAGNE.

« judicieuses qu'il contient. M. de Vaux, d'après a les notes qui m'ont été communiquées, pense « avec raison que l'empereur voudra lier la place « de Luxembourg avec Coblentz par le cours de (c la Moselle et le pays très-coupé et très-monta- <( gneux de l'électorat de Trêves. Telle devra a être en effet la base de ses opérations, ou du « moins la position générale d'une armée d'ob- « servation par rapport à notre frontière.

a S'il est vrai qu'on ne puisse soupçonner les (c dispositions ultérieures de S. M. I. que par les « magasins déjà formés, on peut dire qu'en fai- « sant arrêter partout les ressources qui se trouée valent dans chaque contrée, elle a couvert (C son secret et assuré les subsistances pour une a armée beaucoup plus considérable que celle « dont nous avons connaissance. L'intendant gé- « nëral de l'armée impériale, M. Legisfeld, a dit <c à CoblentE avoir acheté en Souabe et en « Franconie assez de grains pour faire subsister « cent mille hommes pendant deux.ans. N*est-ce « qu'une jactance politique ? Le magasin formé c( à Luxembourg, où l'on a rassemblé un million ff et cent cinquante mille rations de fourrage, « justifierait en partie l'assertion de cet intentt dant

« On prépare à Luxembourg un équipage

a d'artillerie, et des munitions de guerre de tou- « tes espèces.

« M. le maréchal pourra s'apercevoir, par la a suite de la correspondance qu'il a ouverte « avec les ministres et résidents du roi, du zèle ce qu'ils portent tous à servir sa prévoyance »

Toutes ces précautions ainsi que les apprêts commencés dans nos arsenaux devinrent super* flus; les explications données par la cour de Vienne dissipèrent les alarmes; l'empereur Joseph se borna à diriger dans les Pays-Bas et sur les places du Rhin six régiments d'infanterie et deux régiments de troupes à cheval, en tout en* viron quinze mille hommes. I^a fermentation qui se manifestait dans ces provinces motivait assez de telles dispositions.

Vers la fin de décembre , après cette tournée assez pénible et qui ne fut pas tout à fait inutile pour mon instruction , je repris mes occupations ordinaires; mais j'en fus bientôt agréablement distrait par des projets de mariage. J'étais depuis quelques années et avant mon départ pour l'Amérique , fort lié avec la famille de M. Delarue j sjrndic des payeurs des rentes de la ville de Paris; mon ami et ancien camarade du régim^it àe Médoc, M. Poucet, allié à cette famille, m'y avait présenté; et madame Delarue, l'une des

4o4 MOJV MARIAGE.

femmes les plus spirituelles et les plus attachantes par ses rares qualités , m'avait attiré dans sa société et traité avec la plus aimable bienveillance ; M. et madame Delarue n'avaient que deux enfants : une fille charmante, élevée sous les yeux de sa mère, et qui n'avait pas alors quinze ans, et un fils plus âgé seulement d'une ann^ée. Julie, que j'avais laissée encore enfant, était, sous tous les rapports, développée au delà de son âge et déjà recherchée par de fort bons partis. La fortune de cette maison était assez considérable et solidement établie. J'osais à peine, à cause de la modicité de mes ressources, concevoir l'espérance d'un établissement si désirable. Madame Delarue, présumant, de mes premiers succès dans la carrière, que mon zèle, encouragé et soutenu par d'honorables protecteurs, me mettrait en mesure de suppléer, par mon travail, au manque de fortune, rendit justice à mes sentiments et à mon caractère, en se persuadant que ma vie entière serait consacrée au bonheur de sa fille. Elle plaida ma cause auprès de M. Delarue; ils m'adoptèrent, et je reçus la main de Julie comme un présent du ciel, comme une récompense anticipée de tout ce, que je pourrais faire de bien dans le cours de ma vie. Mon père donna avec joie son consentement à cette heu-.

Page 1