MISSION EN HOLLANDE
attaques dont la ville était prochainement menacée par la colonne prussienne qui ne pouvait tarder à se présenter du côté de Harlem ^ et celle qui, ayant débouché par Utrecht, et suivi le bord de la mer , était au moment de s'emparer du fort et de la grande écluse de Muiden. Ce dernier poste était le plus important, et comme on nous assurait qu'il était en bon état et serait vaillamment défendu, le marquis de Lambert voulut le reconnaître lui-même. Nous y allâmes donc à pied (la distance est d'environ deux milles) avec quelques officiers français, parmi lesquels se trouvait mon ami M. Poncet, et qui était alors aide de camp du comte de Maillebois. Nous marchions sur la crête de la digue; nous remarquions une frégate et deux bricks qui s'ap^ prochaient de la côte, et qu'on nous disait appartenir au parti patriote. Mais ces bâtiments, se trouvant à demi-portée, arborèrent tout à coup le pavillon orange, et nous canonrièrent si vive* ment que tious fûmes forcés de descendre sur le revers de la digue pour parvenir jusqu'au fort. Cette indication d'une attaque combinée, le mauvais état de ce fortin, et le découragement de la faible garnison qui s'y était renfermée, né nous laissèrent aucun doute sur l'inutilité des derniers efforts du parti vaincu.
Rentrés dans Amsterdam , il ne nous resta plus
qu'à distribuer les secours en argent dont le marquis de Lambert était autorisé à disposer ; nous revînmes par Harlem et la Haye, et, avant de rejoindre le comte deSaint-Priest, nous apprîmes la capitulation d'Amsterdam. Les chefs du parti si impolitiquement y si honteusement abandonné, vinrent chercher un asile en France , pendant que les Prussiens achevaient de rétablir la maison d'Orange 9 et que l'Angleterre triomphait sans avoir combattu.
L'archevêque de Sens , déjà engagé dans les difficultés de finances qui provoquèrent la résistance des parlements et la première explosion de l'opinion publique , feignait encore de protéger le parti patriote en Hollande , et prétait l'oreille aux propositions qui lui étaient faites pour le relever avec éclat. Dans cette vue, et pour donner quelque substance à de vagues projets , on décida qu'il serait formé des camps d'exercice à Metz et à Saint-Omer.
J'avais repris sous les ordres du chevalier de la Luzerne , qui avait remplacé le maréchal de Castries au ministère de la marine , le travail de rédaction des ordonnances des colonies ; je continuais aussi d'être employé à des reconnaissances et des missions particulières par le conseil de la guerre. Le marquis de I^mbert et le comte dé Saint-Priest me chargèrent de rédiger secrète-
PLAN d'invasion en HOLLANDE. 4^ ^
ment , de concert avec M. Paulus , un plan d'invasion en Hollande. La plus grande partie du mémoire 9 dont j'ai conservé la minute^ fut écrite d'après les indications et presque sous la dictée de M. Paulus, vers le mois de mai 1788. Ce projet était divisé en quatre articles ;
ARTIGI.E PREMIER.
Raisons politiques d'entreprendre une expédition contre la Hollande; dispositions générales qui peuvent y être relatives.
Art. II,
Point de rassemblement des troupes qui doivent être employées à cette expédition.
Art. ui.
Marche de l'armée par les Pays-Bas autrichiens.
Art. IV.
Plan d'opérations.
A ce mémoire étaient joints i^ une description topographique de la frontière de Hollande , depuis Grave et Nimègue jusqu'à Gertruidenberg et Breda, ainsi que du cours de la Meuse, du Wal et du Leck ; 2^ un détail des moyens par lesquels on pouvait couvrir les préparatifs, et
4^^ PLABT p'iNVASION £N HOUAtfPS.
en dérober le secret jusqu'au moment de l'exé^ cution.
On partait de cette base convenue, qu'une ligue des puissances du Nord contre la France était résolue; que l'Angleterre aroiait, çt qe lais-r serait pas échapper l'occasion d'engager la France dans une guerre continentale ; que plus tard la Hollande deviendrait le centre et le foyer de la ligue ; que l'Angleterre irait y doubler ses forces de mer dans ses chantiers , et former ses magasins d^ns ses places ; et qu'il convenait à la France de prévenir un orage qu'on ne pourrait dissiper par la voie des négociations.
La situation des affaires dans l'intérieur, IqIu d'être un obstacle au développement de nos forces , était un motif de plus pour relever notre considération au dehors et la réputation de nos armes. Cette guerre n'était pas moins populaire que l'avait été celle de l'indépendance américaine. Elle était ardemment désirée par l'armée, dont elle aurait retrempé le moral et raffermi la discipline. Enfin, pendant la tenue des états généraux, elle ne pouvait qu'affermir l'autorité royale, éteindre des ferments de discorde, pn partageant l'attention et l'intérêt public entre les affaires du dedans et celles du dehors.
On voit par la division des objets traités dans ce mémoire, dont il me suffit d'avoir exprimé la
GâMP de SAINT-OMER. 4^3
substance , qu'il serait superflu d'en rappeler les détails, puisqu'il^ eurent à peine un commencement d'exécution. On rassembla des troupes aux camps de Metz et de Saint-Omer, mais il n'y eut aucune intention sérieuse d'intervenir à main armée dans les affaires de Hollande. On laissa la Prusse et l'Angleterre consolider leur alliance, ménager les intérêts de l'Autriche dans les Pays- Bas, et observer de concert les événements intérieurs que devait faire pressentir 4'agitation des esprits en France.
Je fus employé, comme premier aide maréchal des logis, au camp de Saint-Omer, où commandait en chef M. le prince de Condé; ce camp était formé d'environ vingt mille hommes d'infanterie et de quatre mille de cavalerie. J'y fus extrêmement occupé de divers détails de service, de projets de grandes manœuvres et d'application au terrain. On remarqua dans ce rassemblement la. bonne tenue et le haut point d'instruction des troupes ; mais on put observer aussi le relâchement de la discipline, principalement parmi les officiers, la plupart mécontents des changements fréquents, ennuyés de la vie de garnison, dégoûtés par la lenteur de l'avancement et l'éloignement des emplois supérieurs, presque exclusivement réservés à la noblesse de de la cour. Le brave prince de Condé s'y montra