SCÈNE DES INVALIDES
en un clin d'œil, l'escarpe fut escaladée, les pièces abandonnées, et la grille forcée. En même temps , la pliis grande partie de la foule tournant l'hôtel, se jeta sur le boulevard, et j'entendis un de ceux qui étaient à cheval , crier : A la porte de la boulangerie! allons chercher des armes! Il y avait en effet, dans l'église des Invalides, un dépôt d'armes, qui fut entièrement pillé. Par la position où je me trouvais pendant ce mouvement, il me devenait difficile de me dégager. Je regagnai lentement le boulevard; mais. j'apercevais déjà qu'on arrêtait les voitures , et qu'on dételait les chevaux, en criant qu'il fallait mener les canons à la Bastille. J'eus bientôt mon tour, et je courus un véritable danger. Je fus enlevé de dessus mon cheval et jeté dans un des petits fossés creusés entre les arbres. Je me relevai promptement, saisissant les rênes de mon cheval; je tins aux gens qui m'entouraient le langage qui pouvait leur persuader que j'étais des leurs. Quelques-uns de ceux qui suivaient les hommes qui m'avaient désarçonné prirent mon parti et me remirent à cheval. Je fis quelques pas avec eux; et, comme la foule se portait vers la porte de la boulangerie, je profitai de l'occasion , et je m'échappai au plus grand train de mon chevfi^l. On cria derrière moi : Cest un traître ! arrêtez ! On me tira quelques coups de fusil I. 28
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qui ne pouvaient plus m'atteindre^ et j'arrivai à l'hôtel deLameth. Je m'entretins avec mes amis des scènes dont je venais d'être témoin , et de la terrible crise qu'elles annonçaient. L'issue devait évidemment faire triompher le parti patriote, et confondre les projets des ennemis de la liberté ; mais le spectacle d'un peuple en délire , les vœux et les efforts des gens de bien, mêlés avec les actes d'une licence effrénée, affligeaient tous les cœurs généreux , envenimaient les haines et les justes ressentiments contre les mauvais conseillers dont l'orgueil et la téméraire résistance à l'opinion publique avaient provoqué les désordres. Tels étaient, dans ces circonstances, les sentiments de mes honorables amis, qu'on accusa depuis si injustement d'avoir ourdi des trames pour faire éclater cette grande émeute, et qui, sachant bien distinguer la cause et les effets du grand mouvement national d'avec tant d'excès , i
tant de malheurs inévitables, ne s'occupaient ,
que des moyens de rétablir l'ordre et la confiance. Ils retournèrent à leur poste, naguère si • périlleux, dans l'assemblée nationale, et j'allai i rejoindre ma famille dans la maison où elle s'était réfugiée. Ma présence la rassurait , et je ne la quittais que pour aller m'informer de tout ce qui se passait et en juger par moi-même. Je n'avais plus d'autre emploi, d'autre fonction pu-
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blique à remplir que celle de directeur général du dépôt des cartes et plans de la guerre. Cette place, vacante par la mort de M. Devaux, m'avait été confiée peu de temps avant la dissolution du conseil de la guerre ; elle exigeait ma résidence à Versailles. Je me préparais à y retourner, lorsque le général la Fayette , nommé commandant des gardes bourgeoises , dont la formation , d'abord spontanée, avait été provisoirement régularisée par l'assemblée des électeurs de Paris , m'invita à me rendre auprès de lui. Un plan d'organisation de milice nationale, que l'indiscipline et l'espèce de dissolution des gardes françaises rendait très-urgent , avait été proposé par Alexandre Lameth au comité des électeurs; les bases en furent discutées dans une. conférence qui eut lieu chez le général la Fayette, et à laquelle se trouvèrent Lameth, Barnave, Duport, et quelques autres principaux membres de l'as* semblée nationale. J'y fus appelé, et après avoir recueilli les diverses opinions , je rédigeai la note suivante que M. de la Fayette approuva et envoya sur-le-champ au comité militaire, séant à l'hôtel de ville.
Note ppur servir au mémoire sur la formation des milices parisiennes.
<K Le but de cette note est de déterminer une « formation qui n'astreigne pas à un régime pu-