‹ Souvenirs du lieutenant général comte Mathieu Dumas de 1770 à 1836Chapitre 100 sur 112 · LA BATAILLE DE WATERLOO · texte numérisé non relu

LA BATAILLE DE WATERLOO

vive joie : c'était précisément la moitié de Topération conçue par Napoléon. J'appris cette nou* velle des premiers chez le prince Joseph^ ci«devant roi d'Espagne, qui^ en arrivant à Paris, avait appelé près de lui les officiers de son ancienne maison qui l'avaient accompagné à Naples et en Espagne, tels que Stanislas Girardin, le général Desprez , moi et quelques autres. Plus ce succès important semblait changer la face des affaires, et plus nous attendions avec impatience les résultats de cette victoire, ses suites probables, c'est-à-dire l'attaque et la défaite de l'armée anglaise.

I^s désastres de Waterloo confondirent toutes les espérances, tranchèrent^ comme à Leipzig, le fil des destinées de la France, et le retour subit de l'empereur dans la capitale porta le trouble dans tous les esprits et dissipa les dernières illusions.

IjG mal était irréparable, et ce puissant génie qui deux fois avait su relever ses aigles abattues et les ramener à la victoire, tombait enfin dans l'impuissance, et ne trouvait plus ni moyens de ralliement, ni les ressources avec lesquelles il aurait pu organiser une résistance momentanée aux efforts réunis de toutes les armées de l'Europe.

L'abattement était extrême. Le désordre et la

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corruption dans les conseils, l'exagération des mesures désespérées, la méfiance, les défection» amenèrent en peu de jours la dissolution d^in état de choses tout provisoire, qui n'avait aucune base et dont les essais imparfaits avaient été livrés au sort des armes.

L'abdication de Napoléon en £iveur de son fils, acte qui ne pouvait avoir aucune exécution, mit le comble à la confiision. Il essaya de reprendre le commandement de Farmée, qui s'était retirée sous Paris et que poursuivaient vivement l'armée prussienne sous les ordres de Blûcher et l'armée anglaise sous ceux de Wellington. On parvint à le détourner d'une résolution qui ne pouvait qu'aggraver les malheurs d'une invasion inévitable, et n'avoir d'heureuse issue pour lui que de lui faire rencontrer une mort glorieuse, qu'il souhaitait sans doute. Il se décida à quitter la France. Il put et ne voulut passe séparer des plus fidèles compagnons de son infortune, honorable sentiment pour eux et pour lui. Il osa compter sur la loyauté de la nation anglaise , et celle-ci fut trahie par un ministère corrompu, qui, s'avilissant jusqu'à servir d'instrument de vengeance, imprima au caractère anglais, par la plus infâme violation du droit des gens et des lois de l'humanité, une tache ineit farabie.

LES ARMiiES ALLIÉES DEVANT PARIS. 5'j5

Le maréchal Davoust, qui avait pris le commandement de Tarmécy fît des dispositions sages et vigoureuses. L'enceinte de la capitale avait été fortifiée d'après un excellent plan tracé par le général du génie Haxo. Une chaîne de retran* chements d'un fort relief, armée d'une nombreuse artillerie, avait mis hors d'insulte toute la rive droite de la Seine depuis Yincennes jusqu'à Neuilly. On avait profité des hauteurs de Belleville, de la butte Chaumont, de celle des Cinq Moulins, de Montmartre, et du canal, qui n'était point encore achevé et qui liait ses points principaux avec Saint-Denis, protégé par des inondations. Dans cette position, le maréchal recueillit \es troupes à mesure qu'elles arrivaient, et le général Blûcher, ayant hasardé de s'avancer entre Pantin et la Yillette, reconnut bientôt que cette position, quoique très-étendue, n'était attaqua* ble de vive force sur aucun point. Les feux croisés de l'artillerie leiorcèrent bientôt à replier la cavalerie qu'il avait déployée dans la plaine. L'armée anglaise ne tarda pas à déboucher, et rencontra les mêmes obstacles.

Le maréchal Davoust avait établi son quartier général à la Yillette dans la maison de M. Holstein : j'allai l'y trouver, et je me rendis avec lui à ses avant-postes, sur le canal de Saint-Denis, au moment où l'ennemi engageait

576 LES ARMÉES ALLIÉES DEVAIfT PABIS.

une fusillade dans le petit village des Vertus, pour reconnaître la ligne du canal. I^e maréchal ne se dissimulait point quelle devait être l'issue de cette situation. 11 savait que le roi Louis X\1II arrivait en toute hâte, et qu'aussitôt que les armées autrichiennes et russes, qui avaient déjà passé le Rhin et se dirigeaient sur Paris, seraient en mesure d'agir avec les armées prussienne et anglaise, il n'y aurait plus aucun moyen d'em* pécher l'occupation de la capitale, le rétablisse* ment du gouvernement royal, ni de trouver des ressources suffisantes pour soutenir la guerre dans l'intérieur du royaume. Il n'avait auctme confiance dans les mesures que prenait le gou> vernement provisoire, et bien moins encore dans la bonne foi du ministre Fouché qui exerçait la principale influence, et qu'on soupçonnait avec raison de pratiques secrètes avec les ennemis. Je partageais l'opinion du maréchal Davoust, mais j'espérais que quelques-uns des ministres qui avaient accompagné le roi à Gand, lui don* neraient de sages conseils dans cette circ<Hiftance. Je croyais que ce prince éclairé, c{ai n'avait pu se dissimuler ni les fautes qu'on lui^ avait fait commettre, ni la disposition des esprits qui avait rendu si facile le succès de l'audacieuse entreprise de Napoléon, agirait cette fois avec uno généreuse prudence, s'interposerait loyale-

CONFÉRENCE DE LA VlLLEÎTE. §77

ment entre la nation et les étrangers; enfin, que se hâtant de pardonner à des sujets qu'il n'avait pas vaincus lui-même comme Henri IV par des armes toutes françaises, il imiterait l'exemple de son illustre aïeul, et saisirait l'occasion de reconquérir leur affection en se montrant comme im ange tutélaire et en négociant lui-même une honorable paix, au lieu de les livrer au ressentiment et à la discrétion des éternels ennemis de la France. Ce fut dans cette vue et dans cet espoir que le maréchal Davoust, quoique résolu de défendre, aussi longtemps qu'il le pourrait, les positions autour de Paris, eut une conférence avec quelques-unes des personnes chargées, sinon des pouvoirs du roi, du moins de préparer des voies de conciliation. Il reçut ces commissaires, et, après avoir fait part à plusieurs des principaux chefs de l'armée des intentions royales qu'ils étaient chargés de manifester, il les introduisit dans cette espèce de conseil afin qu ils pussent eux-mêmes s'expliquer devant les généraux. Les motifs de cette démarche très-franche du maréchal furent diversement interprétés. Il y a toujours dans de telles circonstances des hommes qui, sans pouvoir se méprendre sur l'issue trop probable de la crise, se donnent le facile avantage de se montrer plus rigoureux et plus obstinés.

)'-H .kFFAlBE DE ROCQC ASCOT IT.

G»pendant les généraux Blûcber et Weilinston étaient pressés d'acheter avec leurs armées prussien ne et an^aise la conquête et la reddition de la capitale, pour n'avoir point a partager, avec le reste des alliés, ce ?rand trophée de la bataille de \^ aterloo. Renonçant à forcer les lignes du maréchal sur la riTe droite de la Seine, du moios dans la partie supérieure entre Vincennes et Saint-Denis, ils résolurent de tourner ces positions, de pénétrer par Saint-Germain et Versailles pour remonter la rive gauche, couper la route d'Orléans et attaquer les points de défense à peine encore tracés ou ébauchés du côté de Montrouge. L'armée anglaise commença ce mouvement de flanc et fut suivie par une partie de Tarmée prussienne. Le maréchal Davoust, jugeant que le but de lord Wellington était de diriger ses attaques contre cette partie du sud Ja plus faible par la nature du terrain et par rim perfection des ouvrages, informé d'ailleurs que le pont du Pecq, poste important, avait été lâchement abandonnéà l'ennemi, détacha sur Vei^ sailles le général Excelmans avec sa division df Cc'ivalerie. Ce brave officier rencontra entre Versailles et Saiiit-( jermain une forte avant * garde prussienne, qu il battit après un vif engagement dette vigoureuse expédition obligea les colonnes ennemies à faire uu plus long détour

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