DÉFENSE SUR LA RIVE GAUCHE DE LA SEINE
pour venir déboucher dans la plaine d'Issy par les bois de Meudon et de Gamart. Leur marche et leur déploiement furent encore retardés par la vive fusillade qui s'engagea dans les bois de Meudon entre les nombreux tirailleurs angloprussiens et ceux de la garde nationale parisienne soutenus par de^ détachements de troupes de ligne.
Pendant que ces événements se passaient, le maréchal Davoust, faisant traverser Paris , avait porté la majeure partie de ses forces de la rive droite à la rive gauche et les avait disposées de manière à soutenir les redoutes et autres ouvrages qu'il avait fait garnir d'une nombreuse artillerie. Ces nouvelles dispositions furent prises avec tant de célérité et de précision que les généraux ennemis, quoique maîtres des hauteurs de Meudon, dlssy et de Clamart, ne hasardèrent pas de brusquer une attaque du côté de la plaine de Grenelle, ni d'étendre leur droite, qui ne pouvait avoir aucun appui. C'est cette position res^ pective et cette contenance de l'armée française qui ont donné lieu à quelques militaires de penser que le maréchal Davoust aurait pu livrer ba?taille à lord Wellington et obtenir un grand succès. Ceux qui ont fait à un de nos plus illustres guerriers et de nos meilleurs généraux uù si injuste reproche n'ont pas réfléchi que si le
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maréchal avait pris Toffensive, il ne pouvait se promettre d'autre succès que d'obliger momentanément lord Wellington à se replier en refusant son aile droite : ce qui aurait seulement retardé de quelques jours l'occupation de la capitale, puisque les armées autrichienne et russe ne pouvaient tarder à faire leur jonction, et que dans ce cas, outre la difficulté de la retraite, la capitale tombait nécessairement à la discrétion des vainqueurs ; et si le sort des armes dans la bataille de Grenelle nous était contraire, la ville de Paris, devenue un champ de bataille, pouvait être livrée à la fureur du soldat. S'il est vrai qu'il y eût quelque chance de succès, ce qui est plus que douteux, on doit croire que le maréchal Davoust , déterminé par de. si graves considérations , fut assez généreux pour sacrifier l'intérêt de sa gloire au salut de ses concitoyens. Ceux qui, comme moi, ont bien connu le caractère du maréchal, son inébranlable fermeté et ses sentiments patriotiques, lui rendront la même justice. Ses dispositions défensives et le bon ordre qu'il sut maintenir amenèrent la capitulation de Paris la plus honorable et la seule qu'il fut possible de conclure dans ces circonstances, et dont la close principale fut si indignement violée par l'assassinat juridique du maréchal Ney. Dans les grands revers on veut en donner le tort
DIVISION DES SSPRÎTS. 501
à un seul , et la foule des ambitieux veut avoir prophétisé et déterminé la victoire. Telle fut dans tous les temps la condition du métier des armes. T.icite l'a mieux dit avant nous: Hœc est beltorum pessima conditio , prospéra omnes sibi vincUcanty adversa uni soli imputant.
Pendant les derniers moments dont je viens de parler , l'agitation était extrême et l'intrigue des divers partis était également active. Les membres des deux chambres et du gouvernement provisoire qui s'étaient prononcés le plus fortement contre la dynastie des Bourbons et pour l'abdication de Napoléon en faveur de son fils, insistaient pour pousser jusqu'au bout une résistance désespérée. Ils se flattaient encore que les souverains alliés écouteraient les propositions <]ue leurs négociateurs avaient été chargés de faire au nom de la nation , et dont la base était de changer la dynastie en élevant au trône soit le roi de Rome, soit le duc d'Orléans. Ces pro« positions ne furent point accueillies^ comme on pouvait le prévoir. Les plus modérés, qui, depuis la perte de la bataille de Waterloo,«ie se faisaient aucune illusion , cherchaient à profiter des derniers instants et des derniers efforts pour éviter par une composition raisonnable et par une réconciliation y qui n'était pas moins dans les intérêts de la maison de Bourbon que dans ceux de la patrie