MARCHE DE LA DIVISION D AI]GKRI<:AU SUR PARIS. I
Carnot, Tinfluence de ses alentours, et surtout les conseils de Merlin et deTreilhard le détournèrent d'une résolution pour l'exécution de laquelle il aurait fallu un tout autre caractère, plus de lumières , et surtout d'autres sentiments. M. de Talleyrand fut seul appelé au ministère des relations extérieures. Merlin resta à la justice, le ministre de la police fut renvoyé et remplacé par un obscur agent de la faction. On travailla ouvertement à la désorganisation du corps législatif : les dénonciations, les placards, les motions incendiaires dans les clubs nous avertirent que le coup d'État était imminent. Les directeurs conjurés n'attendaient que l'arrivée d'une division de l'armée d'Italie, qu'ils avaient demandée au général Bonaparte , et dont celui-ci avait confié le commandement au général Augereau, tout dévoué au parti conventionnel. Des adresses de l'armée d'Italie, rédigées dans le style le plus menaçant, avaient précédé la marcbe et l'arrivée à Paris de la division du général Augereau. 11 avait été facile de porter le général Bonaparte à donner à la faction cet appui, sans lequel il est vraisemblable que les directeurs n'auraient point osé braver l'opinion publique, et basarder de réveiller dans l'ancienne garde nationale, et dans la population de Paris, les souvenirs et les ressentiments du i3 vendémiaire. Quoique le général Bonaparte fut disposé à
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soutenir les hommes auxquels il devait son élévation, quoique la méfiance que le directoire montrait sur les sentiments du général Moreau et les dispositions de l'armée du Rhin dussent naturellement exciter son rival à se déclarer pour le parti du directoire, il fallut cependant le tromper, et lui représenter la majorité des deux conseils comme entièrement livrée à Tinfluence des Bourbons, et conjurée pour opérer la contrerévolution.
Nous restions désarmés en présence d'une de ces braves légions qui venaient de vaincre trois armées autrichiennes : elle était conduite par l'un de leurs chefs les plus valeureux, fanatisée comme lui, ayant une bonne artillerie, caressée, enivrée par la tourbe des agents du directoire; c'était bien plus qu'il n'en fallait pour contenir la fermentation de la population de Paris. Je ne me dissimulais pas que le mal était sans remède; je ne quittais presque plus mon poste et la réunion des commissions des inspecteurs au pavillon Marsan. Je pressai de nouveau Pichegru de s'expliquer sur les moyens d'attaque ou de défense que ses amis pouvaient avoir préparés : il resta impassible et ne prit presque aucune part à nos dernières et inutiles délibérations. Quelques signes de ralliement, des habits gris à collet noir se montraient çà et là dans Paris ; on déclamait