‹ Souvenirs du lieutenant général comte Mathieu Dumas de 1770 à 1836Chapitre 2 sur 112 · POUR MA SORTIE DE PARIS · texte numérisé non relu

POUR MA SORTIE DE PARIS

comte Charles Lameth avait aussi conrluit la sienne. Celui-ci venait de courir un grand danger. Après le départ de son frère Alexandre I^meth qui, proscrit et poursuivi en même temps que le géqéral la Fayette, avait, comme lui, été forcé de quitter l'armée et le territoire français, Charles, ayant obtenu un congé du maréchal Luckner, se dirigeait sur le Havre, quand il fut arrêté à Barentin, et conduit dans les prisons de Rouen. Il était tombé dans les mains de la même bande qui peu de jours auparavant avait arrêté et massacré le respectable duc de la Roche» foucauld, membre de l'assemblée constituante, et président du directoire du département de la Seine. Théodore I^meth obtint avec beaucoup de peine que le comité de surveillance fit un rapport sincère sur cette arrestation illégale , et ce ne fut que dans les séances du 19, la veille de la dissolution de l'assemblée, que le rapport fut présenté. Théodore en appuya lui-même la conclusion avec beaucoup de courage et de dignité. Le décret portait seulement que « le pouvoir exécutif prendrait les mesures que sa sagesse lui dicterait pour que M. de Lameth ne fût exposé à aucune voie de fait dans la maison d'arrêt où il était détenu. » C'en était assez pour protéger son frère contre les violences dont il était menacé, et lep rapports que MM. de 1^*^

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meth avaient conservés avec Danton, par suite de services personnels qu'ils lui avaient rendus dans les premiers temps de la révolution, servirent à faire rendre la liberté à mon brave compagnon d'armes. Rassuré pour le moment sur le salut des trois frères, mes meilleurs amis, je me séparai de Théodore, qui n'était pas individuellement poursuivi. J'exprimai de mon mieux ma vive reconnaissance à mon loyal collègue d'Espinassy, et je me retirai dans mon logement au dé[>ot de la guerre, place Vendôme, sans in'apercevoir que je fusse observé. Tout était prêt pour mon évasion. Mon frère Saint-Fulcrand m'avait fait expédier à l'administration des subsistances un faux passe-port, sous le nom d'un inspecteur des vivres. Ma chaise de poste, attelée avec mes chevaux, et mon fidèle postillon m'attendaient avec mon valet de chambre à la porte Maillot. Je ne m'arrêtai au dépôt de la guerre que le temps nécessaire pour mettre en ordre quelques papiers que je remis entre les mains de mon excellent ami, le colonel Reynier de Jarjayes, que j'avais fait nommer directeur adjoint, et qui devait me remplacer et diriger pendant mon absence les travaux des ingénieurs géographes. Je sortis seul de l'hôtel, par la porte de derrière, rue Neuve du Luxembourg; je gagnai les Champs-Elysées; j%ne fus point arrêté

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