‹ Souvenirs du lieutenant général comte Mathieu Dumas de 1770 à 1836Chapitre 3 sur 112 · POUR MA SOHTIK DE PARIS. D · texte numérisé non relu

POUR MA SOHTIK DE PARIS. D

à la barrière, et ne fis aucune rencontre jusqu'à la porte Maillot, où je montai clans ma voiture. Je fus conduit avec la plus grande vitesse possible jusqu'à la poste de Nanterre, où, sur l'exhibition de mon faux passe-port, je pris des chevaux de poste, et renvoyai mon postillon avec mes chevaux devenus sa propriété. Là, je recommandai à mon valet de chambre, Philippe, excellent courrier, de gagner de l'avance, et surtout de ne pas se laisser dépasser , de bien payer les postillons, et de ne s'engager dans aucune querelle. Malgré cette prévoyance, en arrivant à la poste de Vernon vers une heure du matin, j'entendis une vive discussion entre Philippe et un courrier qui m'avait atteint, et qui, sous le pré-^ texte qu'il courait par ordre du gouvernement, força le maître de poste à lui donner le bidet déjà préparé pour mon courrier. Cet incident inedonna peu d'inquiétude. Toutefois, en arrivant à Rouen, au lieu de descendre à la poste, je me fis conduire chez M. Lemaitre, directeur des subsistances militaires, pour lequel j'avais une lettre de recommandation, et qui m'accueillit avec toute sorte de prévenances. Après deux heures de repos, on m'y amena des chevaux de poste, et je continuai ma route sans obstacles jusqu'à Yvetot. ^

Là , je fus arrêté par un poste de garde natio-

G ARRESTATION A YVETOt.

iiale et conduit à la maison commune , où, me dit*on, je devais, comme tous les voyageurs, me présenter pour faire viser mon passe-port. En mettant pied à terre, j'aperçus sur le seuil de la porte un individu que je reconnus pour être le même qui m'avait suivi au bureau des passe-ports , et que j'avais retrouvé et bien fixé à l'entrée de la salle. Il m'invita à monter, et me dit qu'il était le procureur de la commune. Il donna sur-ie-champ l'ordre de réunir la municipalité, fit appeler le commandant de la garde nationale, et resta près de moi, affectant un air de gravité et me montrant beaucoup d'égards. Je ne doutai plus que je ne fusse tombé dans le piège. La salle fut bientôt remplie par la municipalité et par un public nombreux. Des groupes se formèrent peu à peu sur la place. Sur la demande du procureur de la commune, j'exhibai mon passe-port d'inspecteur des vivres. II fut lu à haute voix, et on me le remit. « Avant de le viser, dit le perfide procureur, il faut interroger ce citoyen. Puisqu'il prend la route du Havre, et peut-être celle d'Angleterre, il faut s'assurer s'il est bien en effet le personnage pour lequel ce passe-port a été délivré, et si ceci ne cache pas un espionnage. » Je répondis très-sommairement à quelques questions insidieuses, et, tout à coup, jugeant qu'il serait vraisemblablement plus dange-

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