RENCONTRE DU DUC DE CUOISEUL. I7I
des gens et des lois de Thumanité, arrêté comme émigré, et que la majorité du conseil des anciens et surtout la mâle et touchante éloquence de Portalis avaient sauvé de l'application des lois barbares contre l'émigration : nous avions été assez hi^ureux pour l'arracher aux cannibales jacobins ; mais il avait été détenu en prison. Il venait d'être rais en liberté par le nouveau gouvernement, sous la condition qu'il sortirait du territoire, et il allait se réfugier dans le pays même que nous venions de quitter. -Aussitôt qu'il aperçut Portalis , il courut se jeter dans ses bras. Le duc de Choiseul nous donna des détails très-satisfaisants sur les derniers événements : nous répondîmes à ses souhaits par nos vœux pour la véritable paix intérieure et la réunion de tous les Français dans le sein de la mère patrie. Cet espoir n'a point été déçu, et le duc de Choiseul, rendu plus tard à sa famille et à ses amis, n'a jamais démenti les sentiments généreux et patriotiques qu'il nous exprima si bien dans cette rencontre.
l()/| RÉUMON AVIC Î.FS PllfSONNlKRS d'oLMUTZ.
La composition des numéros de ce journal m'obligeait à faire de fréquents voyages à Hambourg ; j'y louai un appartement, et j'obtins la permission d'y séjourner. Le temps qui use tout, et la situation embarrassante dans laquelle les fautes du directoire l'avaient précipité, avaient rendu moins ardentes les persécutions du 1 8 fructidor, du moins hors des limites du territoire. Satisfait de laisser périr dans les déserts de Sinamary ceux d'entre nous qu'il avait pu atteindre le jour même de la révolution, le directoire s'était borné à exiler à l'île d'Oléron les proscrits qui , plus tard , avaient été découverts et arrêtés; il ne prenait plus aucun souci de ceux c|ui, comme moi , Portalis, Quatremère de Quincy et quelques autres, avaient trouvé un asile chez l'étranger.
I^ sage gouvernement danois accueillit aussi d'autres proscrits, victimes d'une faction non moins intolérante, non moins cruelle que celle sous laquelle gémissait la France. Les prisonniers d'Olmûtz, dont la délivrance fut un des fruits des victoires du général Bonaparte et du généreux emploi de son influence, vinrent se réfugier sur cette terre hospitalière. Le général la Fayette, l^itour-Mauboiu'g et Bureaux de Pusy, s'étaient établis au château de Lemkùhl : ils v avaient réuni leur famille. Je m'empressai d'aller