‹ Souvenirs du lieutenant général comte Mathieu Dumas de 1770 à 1836Chapitre 27 sur 112 · RÉCITS DU COLONEL RABIEL · texte numérisé non relu

RÉCITS DU COLONEL RABIEL

les féliciter, et de prendre part à cette fête patriarcale; j'écoutais avec un vif intérêt le récit des persécutions qu'avaient éprouvées mes amis pendant leur dure captivité, et c'est avec le même sentiment qu'ils m'entendaient raconter les événements qui n'étaient que la conséquence de leurs propres malheurs; nous avions tous été frappés du même coup, nous nous consolions par la conscience de la pureté de nos intentions; nous formions les mêmes vœux, nous nous soutenions par les mêmes espérances.

Ainsi s'écoula , entre mes occupations littéraires et les soins de l'amitié , la dernière année de mon exil. J'avais rencontré à Hambourg , et j'amenai à Tremsbûttel , le brave colonel Bamel , qui s'était échappé avec les généraux Pichegru et Willot de leur horrible prison de Sinamary. Plusieurs de ceux qui avaient été déportés avec lui , et entre autres mon ami Tronçon-Ducoudray , y avaient déjà péri. Ramel , accueilli par mes hôles , comme un malheureux naufragé , nous fit le récit de ses longues souffrances, et de celles de ses compagnons. Je l'écoutais avidement. Il avait de l'esprit naturel , mais peu d'instruction et peu d'ordre dans les idées. 11 abusait peut-être un peu trop du droit des voyageurs ; il exagérait en racontant ses aventures ; mais il y avait dans les horreurs de cette captivité tant

174 LETTllE AU PREMIER CONSUL.

gereux : je n'avais point la permission d'habiter Paris, et je devais me retirer à Sens, pour y rester sous la surveillance de la police générale. Aussitôt après mon arrivée, je me hâtai d'en informer mon honorable ami, le consul Lebrun. U se rendit chez moi, me parla des bonnes dispositions du général Bonaparte à l'égard des proscrits, et me dit qu'il n'avait pu obtenir que je fusse, comme tant d'autres, rappelé sans condition et détruire les effets des préventions qu'on avait inspirées au premier consul. A ce trait, je dus reconnaître la main d'un personnage fameux dont j'avais autrefois blessé l'implacable orgueil. Après avoir, en présence de toute ma famille, remercié le consul Lebrun de tout ce qu'il avait fait pour mes collègues et pour moi, j'écrivis sous ses yeux une lettre qu'il se chargea de remettre lui - même au général Bonaparte. Je lui exprimais toute ma reconnaissance pour l'inappréciable bienfait de m'avoir permis de venir embrasser ma femme et mes enfants : mais je lui demandais que, dans le cas où ma cond^iite dans toutes les circonstances, et les garants de ma foi , que je n'avais jamais violée, ne suffiraient pas pour dissiper d'injustes méfiances, il me laissât retourner dans le Holstein, où j'attendrais sa justice et de meilleurs temps. J'ajoutais que je manque-

héponse du premier consul. 175

rais à mon caractèi*e si, lorsqu'il arractfait mon pays a la tyrannie démagogique dont j'avais été victime avec les meilleurs citoyens , je me soumettais volontairement à une humiliante surveillance; il était de mon honneur de préfé* rer l'exil.

Le premier consul, après avoir lu ma lettre, m'envoya sur-le-champ son premier aide de camp, le colonel Duroc, en le chargeant de me dire que je pouvais rester à Paris, dans le sein de ma famille , et qu'il me recevrait avec plaisir le lendemain. Je fus profondément touché de ce généreux message, et de la grâce avec laquelle le colonel Duroc voulut bien le remplir; il y ajouta les plus flatteurs témoignages d'estime personnelle dont il n'a cessé de me donner des preuves jusqu'à l'époque de sa mort glorieuse sur le champ de bataille de Bautzen.

Je fus admis le lendemain à l'audience particulière que m'avait accordée le premier consul. Il me fit beaucoup de questions sur les circonstances politiques dans lesquelles je m'étais trouvé, et sur les événements auxquels j'avais pris part.

Il me parla ensuite de la difficulté de rapprocher les diverses opinions, de son intention de n'écouter aucune prévention, de ne céder à aucune exigence « On n'opère, nie dit-il,

1^0 Al'DfENCK DU PREMIER CONSUL.-

« une révolution qu'avec les éléments qu'on « trouve rassemblés au moment où on Ventrece prend. . . Si je donnais trop d'élan , trop d'in- « fluence à vos constitutionnels de 1 791 , à ceux « que vous appelez exclusivement le parti des gens « (lebien,jene tarderais pas à produire une réac- « tion embarrassante. J'ai bientôt appris, en « m'asseyant ici (dans le fauteuil de Ix)uis XVI), « qu'il faut bien se garder de vouloir tout le « bien qu'on pourrait faire : l'opinion me décc passerait; le cheval amaigri bondirait bience tôt dans la bonne pâture, et deviendrait in- « domptable ...»

Tu as pu voir jusqu'ici, mon cher fils, par quels événements et dans quelles circonstances indépendantes de ma volonté ma carrière militaire avait été interrompue depuis la fin de Tannée i79îi. Le général Bonaparte me considérait comme étranger à l'armée, et ne tenant aucun compte de mes anciens services, il n'avait remarqué mes travaux militaires que sous le rapport législatif et comme écrivain. Jugeant que je serais plus utilement employé dans l'ordre administratif, il me fit proposer par le consul Lebrun, chargé de l'organisation des préfectures. Tune des phis importantes, celle de la Gironde, à Bordeaux. Je répondis que c'était malgré moi que j'avais été éloigné de l'armée; qu'il n'avait pas

SKCOIfDE ilCDIENCE DU PRKMIER CONSUL. I77

fallu moins qu'un décret de l'assemblée législative, pour me retenir sur les bancs de cette assemblée , lorsque le maréchal de Rochambeau m'avait appelé près de lui; que plus tard le comité de salut public mavait fait rayer du tableau des généraux , et que j'avais fait de vains efforts pour y être réintégré sous le gouvernement du directoire. J'ajoutai que je craindrais de ne répondre qu'insuffisamment aux vues du premier consuly en me chargeant de fonctions auxquelles mes études et mon expérience m'avaient jusqu'alors rendu étranger : Ne sutor ultra cre^ pidam. Je le suppliai de demander pour moi ma réintégration dans mon grade , et les occasions les plus prochaines de prouver mon zèle et mon dévouement j selon la spécialité de mes faibles talents.

Je n'attendis pas longtemps la décision du premier consul : appelé de nouveau aux Tuileries, je fus introduit dans le cabinet où le général Bonaparte présidait un conseil d'administration de la guerre. Il se leva , et se promena avec moi pendant que les ministres continuaient de discuter; il me dit qu'il avait ordonné au ministre de la guerre de me rétablir dans le grade de général de brigade , répondant à celui de maréchal de camp que j'avais à l'époque où je fîis lommé député à l'assemblée législative. Je crus III. 12

178 FOKMATION DKS HUSSARDS VOrX>NTAIRI<:$.

devoir faire observer très-modestement que mou rang était certainement celui de lieutenant général lorsque j'avais été rayé du tableau. — a II « vaut mieuxy pour la chose et pour vous, me « dit le premier consul , que vous repreniez « votre rang sur le champ de bataille. » — Il ajouta que, voulant mettre à profit mon activité et l'influence que devait me donner une bonne réputation , il me chargeait de former un corps de cavalerie composé de volontaires, choisis dans les meilleures familles, qui s'habilleraient, se monteraient et s'équiperaient à leurs frais, et que je devais, dans le plus bref délai, lui présenter un projet d'organisation.

L'arrêté du premier consul fut immédiatement publié dans le journal officiel. Un grand nombre de jeunes gens se présentèrent chez moi pour se faire inscrire : beaucoup d'entre eux, qui ont fait dans ce corps leurs premières armes, sont parvenus à des emplois supérieurs, et quelques-uns aux plus hauts grades de l'armée, tels que Flahaut, Philippe de Ségur, Alfred de Lameth, Choisy, etc. Je donnai à cette belle jeunesse un imiforme de troupes légères très-brillant, dont le fond était jaune serin : j'en formai deux escadrons, chacun de cent chevaux, dont le commandement sous mes ordres fut donné au colonel Labarbé, l'un des chefs de troupes lé-

ARMÉ£ DE R£S£RV£. I 79

gères qui, dans les dernières campagnes, s'était fait distinguer par des actions d'éclat. On en fit plus tard un petit corps de légionnaires, en y joignant un bataillon d'infanterie , dont je formai le cadre avec quelques anciens officiers et sousoffîciers, et le fond avec une élite de la conscription.

Je fus très -occupé de cette organisation, assez difficile, jusqu'à l'ouverture de la fameuse campagne de Marengo. Je sollicitai vainement la faveur d'être employé à l'armée d'Italie : le général Berthier, mon ancien camarade à l'armée d'Amérique, qui avait et méritait si bien la confiance du premier consul , me dit que ma destination pour cette campagne était tout autrement fixée, et que j'irais le rejoindre plus tard.

Je reçus, vers la fin d*avril 1800, l'ordre de me rendre à Dijon pour y remplir les fonctions de chef d'état-major de la seconde armée de réserve, et travailler à sa prompte organisation. Je remplaçai dans ses fonctions le général Y ignoUes, qui suivit, comme aide-major général, le général Berthier, momentanément chargé du commandement en chef de la première armée de réserve, qui, dès ce moment, prit le nom d'armée d'Italie. Le général Bonaparte découvrit enfin ses desseins , que le cabinet de Vienne s'obstinait à considérer comme de vains préparatifs : il ne tarda pas à aller prendre lui-même le comman*

'l8c> ARMKK l)F HÉSERVE.

<lement de cette armée , pour faire exécuter l'audacieuse entreprise du passage du mont Saint- Bernard. L'Annibal français s'arrêta quelques heures à Dijon , où je lui présentai les troupes déjà arrivées y et les bataillons de conscrits nouvellement organisés. J'eus une grande joie de l'accompagner dans cette revue dont il parut satisfait; et je saisis cette occasion de renouveler mes instances y pour qu'il me permit de le suivre et de faire partie de son état-major, mais ce fut encore sans succès. «Vous m'êtes plus utile ici, » me dit -il. Le corps de volontaires que j'avais formé, infanterie et cavalerie, se réunit à Dijon et fit partie de l'armée de réserve que j'organisais. Je reçus plus tard l'ordre de faire passer en Italie la cavalerie commandée par Labarbé : je retins près de moi, comme ordonnances, les fils de mes meilleurs amis, Philippe de Ségur et Alfred de Lameth.

I>e général Brune, nommé commandant en chef de cette armée, se rendit au quartier général de Dijon. Ses succès en Hollande contre le duc d'York, et sa conduite à l'armée de l'Ouest, pendant la pacification de la Vendée, l'avaient fait accueillir avec faveur par le premier consul. Celui-ci le ménageait aussi, comme l'un des chefs les plus ardents du parti républicain, et lui savait gré de la sincérité de son dévouement. Je m'at-

LK GENERAL BRUNE. l8r

tendais à tix)uver chez ce général des préventions peu favorables, et je ne (îis pas longtemps à ni'apercevoir de sa méfiance. C'était un homme d'esprit, d'un caractère passionné, léger et irrésolu, d'une société très-aimable, et plein de dispositions bienveillantes. J'allai au-devant de ses soupçons et m'en ouvris franchement. — « Il « me semble, lui dis-je, que nous ne nous ^ convenons pas, ou plutôt que je*ne vous conte viens pas. » — a Rien n'est plus vrai , me ré- « pondit-il; j'avais demandé un autre chef d'état- « major. » — « Eh bien , répliquai-je, tâchez de « l'obtenir; et comme je n'avais pas non plus « sollicité de servir sous vos ordres, mais bien « de servir à l'armée dltalie, renouvelons nos « demandes au premier consul , expédions un « courrier, et en attendant, comptez que je ferai « mon devoir de manière à ce que mon successeur « n'ait pas plus que vous à se plaindre de ma « négligence; jusqu'au retour du courrier fai- « sons une bonne trêve, comme si nous nous « étions mutuellement choisis. »

La trêve fut conclue; le général, satisfait de ma démarche, me combla de prévenances : il me répétait quelquefois qu'il fallait vivre avec les gens de son parti, et que lui il était tenx)riste. Je lui répondais qu'il se vantait, et qu'il voulait se montrer généreux envers ses amis

l82 LE PREMIER CONSUL A DJJOIC.

vaincus. Contre mon espérance, et malgré les lettres confidentielles que j'avais écrites au général Berlhier et au colonel Duroc, le courrier ne rapporta que la confirmation des premières dispositions du premier consul , et le général Brune me dit : « A présent, j'en suis bien aise, nous .(c nous connaissons mieux, et je serais bien fâché <c d'avoir un autre chef d'état-majop. i^ J'eus, en effet, beaucoup à me louer de mes rapports avec le général en chef.

Quelques jours après que nous eûmes reçu la nouvelle de la victoire de Marengo, le premier consul retournant à Paris s'arrêta à Dijon au quartier du général Brune, et m'y fit appeler. Il parut satisfait du compte que je lui rendis de l'organisation de la deuxième armée de réserve, forte d'environ vingt mille hommef en effectif. Je me trouvais en tiers dans sa conversation avec le général Brune, sur les affaires dltalie. C'était la première fois que je l'entendais parler d'opérations de guerre; je l'écoutais avidement. Il nous raconta la bataille qui venait de couronner cette courte et brillante campagne : il en termina l'intéressante relation par ces mots : « Vous voyez (c qu'il y a eu deux batailles dans la même jour- *c née; j'ai perdu la première, 'j'ai gagné la se- « conde, c'était la bonne. »

Pendant que la cour de Vienne faisait faire i

\HMÉK DkS GRISONS. 1 83

l^aris les ouvertures de paix que la politique impérieuse de M. Pitt rendit illusoires, le preinier consul se préparait à profiter de ses avan« tages en Allemagne et en Italie , pour contraindre ime seconde fois la maison d'Autriche à ^abandonner la coalition. Le corps d'armée rassemblé à Dijon était destiné à agir en Suisse sur la frontière du Tyrol , comme intermédiaire entre Tarmée du Rhin et l'armée d'Italie dont le général Masséna avait d'abord pris le commandement. Il ne put le conserver, à cause de sa santé fort affaiblie par les fatiguai} qvie lui avait causées la belle défense de GéQ€s. I^ général Brune reçut l'ordre d'aller le liCTlplacer; et le général Macdonald fut nomméigénériid ^n chef de l'armée de i*éserve, qu'on appelaJ'arméè des Grisons.

Avant Farriv^ du nouveau commandant en chef, je reçus Tordre d'aller en Suisse préparer la marche de ce corps d'artnée , et reconnaître les positions qu'il devait occuper. Après m'étre arrêté quelques jours à Genève, Berne et Zurich , pour divers arrangements, je me lundis à [Jndaii sur le lac de Constance, pour conférer avec le général Molitor, qui commandait une des divisions de Tarmée du Rhin (celle du général Gudin , en l'absence de ce général. ) Notre division d'avant-garde devait relever les troupes du général Molitor dans la vallée du Rhin , et

l84 AEGONNÂISSANGES KH SUISSE.

occuper le camp retranché de Feldkirch, dont ce général venait de s'emparer avant la conclusion de l'armistice. Je passai deux jours à Lindau j où j'eus beaucoup à me louer , beaucoup à profiter des renseignements que voulut bien me donner le général Molitor, qui s'était illustré dans la guerre de Suisse pendant la campagne précédente , et connaissait parfaitement ce théâtre de guerre si intéressant et si difficile. Je l'accompagnai à Feldkirch y où je devais attendre l'arrivée de la division de l'armée des Grisons, commandée par le général Rey, pour y relever les troupes du général Molitor. Je fis avec lui la reconnaissance du fameux camp retranché de Feldkirch : les Autrichiens l'avaient rendu presque inexpugnable ; mais comme cette position était devenue trop excentrique, par rapport à celles qu'ils occupaient à la tête des hautes vallées de rinn et de l'Adige, ils avaient été contraints de l'évacuer, et s'étaient retirés par la vallée de Pludentz dans le Vorarlberg.

Je reçus à Feldkirch , et plaçai la division du général Rey, conformément à mes instructions) et selon les sages conseils du général Molitor. Je retournai à Genève pour y rejoindre le général Macdonald , et lui rendre compte de oe que j'avais fait, en traversant toute la Suisse,«pour y préparer la marche de son corps d'armée. I-.e

LE GlélCÉRAL MAGDONALD. ] 85

général en chef porta ses deux divisions , commandées par les généraux Baraguay-d'Hilliers et Morlot , dans les cantons de Berne et de Zurich , et établit son quartier général à Saint- Gall.

Dès mes premières communications avec mon général en chef, je pressentis combien les fonctions que j'avais à remplir auprès de lui, me seraient faciles et agréables : faciles, parce que sa prévoyance et son activité ne laissaient à son chef d'état-major que le soin de bien diriger l'exécution d'ordres toujours précis, toujours clairement exprimés; agréables, parce que sa manière franche et toute militaire était à la fois tempérée et relevée par le ton de la plus aimable urbanité, par une conversation spirituelle et instructive, qui attirait et inspirait la confiance. Ud coup d'oeil sûr, une résolution prompte, beaucoup d'audace et de ténacité dans les circonstances les plus difficiles, sont les principaux traits de caractère que le général Macdonald déploya dans cette campagne.

La durée de l'armistice était fort incertaine : les brillants succès de la dernière campagne en Italie et en Allemagne n'étaient cependant pas assez décisifs pour forcer le cflmet de Vienne à conclure une paix séparée, et à se détacher de la coalition. Le premier consul n'exigeait pas

l86 VISITE \U QUARTIER GÉNÉRAL J)K MORKAi:.

moins, et Ton pouvait prévoir que le vainqueur de Marengo j pas plus que le vainqueur de Rivoli, ne laisserait sa grande œuvre inachevée. Le général Macdonald profita du loisir que lui laissait la prolongation de l'armistice pour aller faire visite au général Moreau à son quartier général établi à Augsbourg; je l'accompagnai dans ce voyage. Deux motifs y avaient déterminé le général Macdonald : celui de se rapprocher d'uD ancien ami , dont quelques intrigues de société l'avaient un peu éloigné , et celui de cx>nférer avec lui sur les opérations de guerre auxquelles, dans le cas de la reprise des hostilités , il était vraisemblable que l'armée des Grisons aurait à prendre part. J'acceptai avec d'autant plus d'empressement l'offre que me fit le général de m'amener avec lui , que c'était une heureuse occasion de revoir mon frère Dumas de Saint-Fulcrand, alors l'un des munitionnaires généraux de l'armée du Rhin , et de renouveler les relations que j'avais conservées avec le général. Moreau.

Nous arrivâmes à Augsbourg après avoir traversé les cantonnements de l'armée dans la Souabe, entre le lac de Constance et le Lech. Nous fumes bien accueillis par nos camarades de la belle armée dïl-Rliin. La démarche. loyale du général Macdonald dissipa dès l'abord josqu'aux plus légères irart^s du refroidissement qui avait

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vxiste cuire lui et Aloreau. Peu de jours après notre arrivée, le quartier général fut porté à Munich , d'où l'électeur venait de partir pour se retirer en Franconie. Pendant cette translation, le général Moreau nous proposa de faire avec lui une tournée de ses postes avancés sur le coiu*s du Danube. Nous allâmes d'abord au château de Neubourg, où le général Ney, commandant la division d'avant-garde, s'était établi. Celui-ci nous conduisit sur le champ de bataille au-dessus de Neubourg, dernier combat avant la convention d'armistice, dans lequel avait si glorieusement péri le premier grenadier de France, le brave la Tour d'Auvergne, modèle des vertus militaires, digne descendant de Turenne. Nous visitâmes le tombeau que le général Moreau venait de lui faire élever au lieu même où il était tombé.

De Neubourg nous allâmes à Ingolstadt, et de là à Ratisbonne , dont le pont séparait les avantpostes des deux armées. Nous y reçûmes la visite de plusieurs officiers du régiment de uhlans, commandé par le colonel comte de Valmoden , avec lequel nous échangeâmes des expressions d'estime mutuelle et des vœux réciproques pour la conclusion de la paix.

De retour à Munich, j'eus la satisfaction d'y trouver mes deux frères. ïje général Moreau avait eu l'obligeance de demander et d'obtenir la

l88 INSTKUGTlOjyS DU PREMIER CONSUL.

rentrée de mon frère Dumas de Saint-MarceU qui avait été son compagnon d'armes dans les premières campagnes à l'armée du Nord.

Peu de jours après notre retour à Saint-Gall , le générai Macdonald reçut les instructions du premier consul pour l'ouverture de la prochaine campagne : c'était vers la fin d'octobre 1 800. Ces instructions portaient que l'armée des Grisons, après avoir fait replier les postes autrichiens dans les hautes vallées, aux sources de l'Inn, et les avoir poussés jusqu'à Nauders, dans la vallée de l'Engadin, remonterait, de Coire, toute la haute vallée du Rhin, passerait le glacier du Splûgen, descendrait dans la Yalteline, traverserait la chaîne de montagnes qui sépare ceUe vallée du val Cammonica; il fallait ensuite remonter jusqu'au mont Tonnai, faire attaquer ce poste important à la source des eaux de l'Âdige; traverser encore, à la hauteur du lac d'Iseo, les glaciers qui séparent le val Cammonica du val Trompia; enfin tourner le lac de Garda pour entrer à Trente, dans la grande vallée de l'Adige, agir de concert avec l'aile gauche de Tarmée d'Italie, pour pousser les corps autrichiens, par la vallée de la Brenta, jusqu'à Bassano, et de concert aussi avec l'aile droite de rannée du Rhin, pour forcer l'évacuation du haut Tyrol.

Ce plan était hardi et d'un succès infaillible,

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^1 les (lifiicultés naturelles n'étaient pas insurmontables. Pour en préparer l'exécution, penflant que les passages étaient encore ouverts, le général Macdonald avait reçu Tordre de faire passer dans la Valteline une de ses divisions, celle du général Baraguay-d'Hilliers , composée d'environ 3,5oo hommes d'infanterie, d'un escadron de hussards, et d'une compagnie d'artillerie légère. Cette division remplaça celle du général Bochambeau , qui formait la gauche de l'armée d'Italie , et qui se resserra sur le centre , entre Bergame et Brescia. Baraguay-d'Hilliers occupa toute la vallée jusqu'aux sources de l'Adda. A mesure que la saison s'avançait , et que les neiges s'amoncelaient dans les passages des Alpes Bhétiennes, l'opération indiquée dans les instructions du premier consul devenait de plus en plus difficile : il l'avait pressenti , et il avait ordonné au général Macdonald de faire reconnaître le principal obstacle, le passage du Spliigen. Nous trouvâmes ce glacier tout à fait impraticable dans la saison des hautes neiges : il n'y avait point d'exemple qu'on eût jamais, pendant l'hiver, communiqué d'une vallée à l'autre , c'est-à-dire, de la haute vallée du Bhin à la Valteline. Il n'y avait d'autre passage , dans la belle saison, qu'un sentier en tourniquet, pratiqué dans les anfractuosités^ entre des précipices;

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