ARRESTATION A YVETOT
reux^et (railleurs indigne de mon caractère de continuer à feindre devant une autorité constituée, je déchirai le faux passe-port, en jetai les lambeaux sur le bureau , et, produisant le passe-port de rassemblée législative, je fis d'iui ton ferme la réclama* tion dont j'exigeai l'insertion au procès-verU. tf Oui, c'est bien moi, leur dis-je, moi, Mathieu « Dumas, membre de l'assemblée législative, que « les attentats d'Ane abominable faction forcent « à descendre à de pareils subterfuges pour ma « sûreté, que ne garantit plus, vous le voyez, « l'inviolabilité de la représentation nationale. Je « vais sur-le-champ rejoindre ma famille qui ha* a bite le Havre depuis plusieurs mois. Le masa sacre du duc de la Rochefoucauld, l'arrestation, a la proscription de mes honorables amis, qui ont, ce comme moi, défendu autant qu'ils le pouvaient a la constitution que vous avez aussi jurée, m'a- « vertissaient qu'il n'y avait plus pour moi de « garantie dans la fidèle exécution des lois. J'exige ff que vous protégiez mon passage par votre « commune, et vous rends responsables des vio- «f lences auxquelles vous me laisseriez exposé. » Les municipaux et toute l'audience restèrent omets de surprise. Le procureur requit que je fusse ramené à Paris sous bonne escorte; c'était demander que je fusse assassiné. Il s'éleva beaucoup de murmures eu divers sens. Voyant cette
H ARRKStATIOlV A YVETOT.
hésitation de plusieurs des municipaux, et \\m d'eux ayant observé que deux commissaires de la nouvelle convention venaient de passer pour se rendre au Havre avec une mission extraordinaire, je repris la parole et je proposai d'écrire mari-méme aux deux commissaires , mes anciens collègues , Lacroix et Aréna , pour leur faire con-naître cet incident , et je fis observer à ceux qui voulaient que je fusse reconduit immédiatement à Paris, que c'était un court délai, et qu'ils seraient à temps de prendre ce funeste parti si les commissaires l'approuvaient- Ils délibérèrent en ma présence, et décidèrent qu'on enverrait, à mes frais, un courrier aux deux commissaires, et qu'en attendant leur réponse, je serais gardé à vue. J'écrivis ma lettre sur le bureau de la municipalité. Je fus mis sous la garde du commandant de la garde nationale, qui, avec une forte escorte, nous fit traverser la foule qui entourait la- municipalité, et me conduisit dans une auberge où je dus attendre le retour du courrier expédié pour le Havre. On plaça des sentinelles autour de l'auberge, et jusqu'au corridor qui condtiisait à la chambre que j'occupais, et dont la porte resta ouverte. Ce commandant de la garde nationale ne me quitta |>oint. Il eut pour moi les plus grands égards. Je n'eus point de peine à Tinléresser, et je pus comprendre, dans
ARRESTATION A YVKTOT. Q
nos conversations, que si quelque moyen de salut dépendait de lui, je pouvais compter sur ses bonnes dispositions. Je passai vingt-quatre heures dans cette anxiété, et le lendemain, vers trois heures, nous vîmes arriver dans une berline Lacroix et Aréna, qui accoururent de leur personne pour me dégager. Aussitôt qu'ils avaient reçu le compte rendu par la municipalité d'Yvetot, ainsi que ma lettre, ils n'avaient pas balancé un instant. Ils avaient eu même l'obligeance d'aller eux-mêmes rassurer ma belle-mère et ma femme. Je fus touché comme je devais l'être de ce loyal procédé. Lacroix, ancien militaire, était avec moi membre du comité. Je connaissais moins Aréna. L'un et l'autre étaient fort liés avec Danton. J'ai toujours gardé un souvenir reconnaissait du service important qu'il m'avait rendu, *ce souvenir s'est surtout réveillé et m'a fait déplorer leur erreur et leur funeste fin : on sait trop que l'un et l'autre ont péri sur l'échafaud. « Partez, partez snr-le-champ, me dirent-ils en « m'abordant. Nous avons dit à la municipalité « que si l'on attentait, même indirectement, à a l'inviolabilité des députés pendant le laps de <» temps qu'elle leur est garantie, la république re- « présentative ne serait plus qu'une chimère <• Mais la fermentation est telle, et les esprits « sont si divise^, qu'un peu plus tard nous ne
lO EMBARQUEMENT AU HA.VRE.
a pourrions r.éponclre de rien. Ne vous arrêtez « point au Havre. Tâchez de passer en Angleterre « le plus tôt que vous pourrez. Nous fermerons « les yeux , c'est tout ce que nous pouvons faire. » Us me conduisirent eux-mêmes à ma voiture et me suivirent de près. J'arrivai au Havre vers àeux heures du matin. Madame Dumas entendant ma voiture s'arrêter, vint elle-même ouvrir la porte de la rue, me mena à sa mère et au lit où mes deux petites filles dormaient paisiblement. Cet instant de bonheur effaça tous les chagrins , toutes les tribulations que j'avais essuyées depuis un an. Ce n'était déjà plus qu'un songe.
Après quelques heures d'un doux repos chèrement acheté, mon premier soin fut d'aller trouver mon ami Charles de Lameth, qui venait de se réunir aussi à sa femme et à sa jeune fille; il m'attendait avec impatience. Nous nous concertâmes sur les moyens de passer en Angleterre avec nos femmes et nos enfants. Des négociants de nos amis, et surtout M. Delalanne, correspondant de Charles Lameth, s'en étaient déjà occupés. I^ capitaine d'un brick anglais, qui sous deux jours devait mettre à la voile, se chargea, moyennant une forte rétribution, de nous transporter à Douvres. Mais comme, avant la 4K>rtie du port, on faisait^ dans chaque bâtiment.
EMBARQUEMENT AU IIAVRK. I I
de quelque nation qu'il fut, une recherche rigoureuse pour empêcher les émigrations et l'exportation du numéraire, il fallait trouver un moyeu de nous soustraire à cette recherche. Il y avait sur la rade extérieure une telle vigilance, que nous ne pouvions hasarder, quand même l'état de la mer l'aurait permis, de rejoindre le bâtiment au dehors; nous eussions infailliblement été arrêtés. On imagina de faire, dans l'entrepont du bâtiment, à la séparation de la chambre du capitaine, une double cloison, dans laquelle on put trouver à peine l'espace nécessaire pour y faire asseoir nos deux femmes et nos trois enfants. Mais il fallait, pour oter toute espèce de soupçon, qu'après les y avoir enfermés, les planches fussent soigneusement rejointes, clouées, et qu'on y suspendît des hamacs, des armes, ou d'autres effets. Deux autres cachettes séparées, pour Charles Lameth et moi, furent aussi pratiquées entre les membrures et les bordages du bâtiment. Lorsque tout fut prêt, nous nous rendîmes tous à bord , la nuit, et avec beaucoup de précaution. Le bâtiment était encore-dans le basi>in. Il nous fallut attendre la marée. Pendant que le bâtiment se dégageait du bassin et s'approchait de l'entrée du port, nous nous plaçâmes chacun dans les cachettes qui avaient été préparées.
12 EMBARQUF.MENT \L HAVRE.
On cloua les planches qui les masquaient, et je me souviens que chaque coup de marteau me retentissait au cœur. C'était un peu avant la sortie du port, et pendant que le bâtiment se halait le long de la jetée en virant au cabestan, que se faisait la visite. Les vents étaient au sudouest , et la mer très>-houleuse rendait la manœuvre lente , difficile , et non sans quelque danger. Un assez grand nombre de curieux, parmi lesquels s'étaient mêlés nos amis, aidaient au halage. Je ne dois pas oublier que la famille de Beaumarchais et son intéressante fille Eugénie, déjà promise à mon beau-frère Delarue, se trouvaient dans ce groupe qui nous aidait a sortir du port. Le tumulte des matelots qui viraient au cabestan , le mouvement que faisaient dans l'entrepont les commissaires de la municipalité et les soldats qui les escortaient , les cris répétés sur le rivage, ceux de nos femmes et de nos enfants que le mal de mer tourmentait et qui ne respiraient plus que difficilement dans leur étroite prison , me décidèrent à briser les planches qui me séparaient de l'entrepont et à renverser, non sans fracas , une étagère qu'on y avait appliquée pour mieux masquer la cachette, et sur laquelle se trouvaient des porcelaines, des verres et des bouteilles. J'allai à la cloison. Mlle était intacte, et après avoir reconunandé à
ARRIVÉE EN AiVCLETEURE. |3
nos femmes d'empêcher le cri des enfants et de prendre patience encore quelques instants , je montai sur le pont : les commissaires y étaient encore. Je me mêlai avec les matelots qui Viraient au cabestan; et peu d'instants après, le capitaine fit servir les voiles, et nous dépassâmes rapidement le musoir. Avec quel empressement nous aidâmes, Charles Lameth et moi, à arracher la cloison ! Il en était temps. Ces dames étaient évanouies, et nos petites filles ne respiraient presque plus.
La nuit se fit. £lle était sombre. Les vents fraîchirent du sud-ouest. La mer était grosse et tout annonçait une tempête. Quoique nous eussions vent arrière, le bâtiment, mauvais marcheur, ne fuyait point à la lame; nous étions talonnés par des coups de mer, et nous souffrions beaucoup du roulis. Nos femmes et nos petites OUes étaient exténuées, lorsque, après cette longue nuit, nous nous trouvâmes au point du jour à la vue de Douvres. Le capitaine du bâtiment, dont la destination était pour un port de Norwége, refusa de tenir ses engagements et de nous déposer à Douvres, parce que, disait-ii, les vents et l'état de la mer ne lui permettraient pas de sortir du port. A force de prières et de menacés, nous obtînmes qu'il mettrait en panne dans la rade de Deal , qu'il appellerait des pilotes
l4 SÉJOUR F.lf ANGLRTEARE.
et tâcherait de nous faire débarquer avec nos effets. Cette opération faite toutefois , nous nous séparâmes sans accident du bâtiment, et dans quelques minutes nous abordâmes sur la grève devant le village de Deal. Après nous être un peu restaurés dans une auberge, et avoir oublié notre orageuse traversée, nous partîmes pour Londres, où nous descendîmes à l'hôtel de *** dans Piccadilly. Nous y fumes bientôt rejoints par le duc et la duchesse d'Aiguillon, qui s'étaient embarqués à Boulogne-sur-mer. Après quelques jours de repos, et de courses pour nos affaires, nous aU lames nous établir dans une maison de campagne k Hackney. Nous convînmes d'y vivre à frais communs en famille, et sans former encore aucun autre projet. Nous n'étions occupés que des malheurs de notre patrie, et nous allégions les chagrins de l'exil par la satisfaction d'avoir du moins sauvé ce que nous avions de plus cher. Nous avions visité la ville et ses principaux monuments; nous faisions des excursions dans la campagne, belle encore pendant le mois d'octobre, et nous revenions trouver, dans notre petit cercle, des consolations que tant d'autres de nos compagnons nous auraient enviées.
Cette sécurité fut bientôt troublée par un accident imprévu. Charles Lameth, l'un des membres de la minorité de la noblesse les plus pro-
SÉJOUR KN ANGLETERRE. l5
nonces clans le parti patriote, avait eu plusieurs aflaires (rhonneur pendant le cours de la session (le l'assemblée constituante. Provoqué une troisième fois par le chevalier de Blot, et ne voulant pas favoriser les desseins des ennemis de la révolution en hasardant de laisser son poste vacant, il n'avait accepté le défi du spadassin qu'à leur première rencontre après la session. Le chevalier de Blot, qui se trouvait à Londres, lui adressa un cartel, et se rendit à Hackney au jour et à l'heure ♦
convenus. Il avait pris pour témoin le chevalier *
de Chabannes, notre ancien compagnon d'armes ^ . ; en Amérique. Le duo^'lAeigiaîUQli Mf^t.de ter.- . ''^•'«f moin à Charles I>ameth, qui reçut un coup d'épée dans le ventre, moins dangereux que nous le crûmes d'abord. L'affaire fut ainsi terminée.
Nous comptions passer l'hiver tranquillement dans cette solitude. Mais les nouvelles que nous reçûmes vers la fin de novembre firent changer nos premières résolutions. Les décrets fulminés ^ ^ par la convention contre les émigrés, les lois de |
confiscation nous obligèrent à nous séparer de nos femmes et de nos enfants, sous peine de sacrifier leur existence et celle de nos familles. Je fus le premier à tenter le retour en France , parce que mon respectable beau-père, M. Delarue, allait être arrêté et gardé en otage, jusqu'à ce que ma présence sur le territoire français eût été constatée.
l6 RENTRÉE E\ FRANCE.
Je me déciclai à retourner iui Havre; mais je n'osai emmener avec moi ma femme et mes deux filles avant d'avoir préparé leur rentrée et leur avoir ménagé un asile sûr. Je me rendis donc à Portsmouth, où je frétai un paquebot pour moi seul, et un second pour madame Dumas et mes deux petites filles qui devaient me suivre deux ou trois jours après. Ma tpaversée fut proQjpte et heureuse. Je débarquai sans être aperçu, et j'allai d'abord chez M. Delalanne, où j'occupai un petit belvédère d'où je pouvais découvrir la rade et l'entrée du port. Après avoir passé trois jours dans la plus cruelle anxiété, le temps étant très-orageux, je vis paraître le paquebot portant au haut du mât le signal convenu. Il entra dans le port, et accosta la jetée du sud sur un point assez écarté du côté de la citadelle. J'en vis sortir ma femme, mes enfants, et une bonne anglaise qu'elle emmenait avec elle, et qui plus tard nous embarrassa beaucoup. J'allai les joindre, et je les conduisis dans. la maison de mon correspondant, M. Delavigne, qui eut la loyauté de nous recevoir, et qui, de concert avec le maire du Havre, mon ancien et digne collègue à l'assemblée législative, M. Christina, me rendit toute sorte de bons offices. J'aime à lui consacrer ici un témoignage de ma reconnaissance. M. Delavigne, dont les opérations de
SÉJOUA AU HAVRE. 1^
commerce étaient alors très-prospères, 'éprouva depuis, comme tant d'autres négociants, de grands malheurs. Il a aujourd'hui la consolation de voir les succès bien mérités de ses fils, alors enfants presque au berceau.
Lorsque, par les soins de ces dignes amis, j'eus fait bien établir légalement notre séjour non interrompu dans la ville du Havre, et que je pus rendre ma femme et mes enfants à leurs parents, je songeai à mon propre salut. Je restai* caché au Havre pendant le reste du mois de décembre, et jusqu'à la fin de janvier 1793. Je correspondais avec mon ami Théodore Lamerh, qui était rentré à Paris, et avait, de son côté,' ménagé le retour de sa belle-sœur, la- comtesse Charles , et de la duchesse d'Aiguillon, avec leurs enfants. Charles J-.ameth et le duc d'Aiguillon se réfugièrent à Hambourg, où, s'étant réunis, ils formèrent une petite maison de commerce pour s'assurer d'un asilç. Ainsi fut dispersée notre petite société de Hackney.
Cependant la recherche des proscrits était partout si vive, que je fus averti que je ne pouvais rester plus longtemps au Havre sans y être découvert et poursuivi. Un de mes collègues à Taji'^ semblée législative, des plus distingués par ses lumières et son caractère, Vimar, qui fut depuis sénateur et pair de France, et qui avait beau-
lU. '2
l8 ASILE CHEZ M. GOUX.
coup d'influence et beaucoup d'amis dévoués dans son département (la Seine-Inférieure), se chargea, sur la'proposition de Théodore Lameth, de me trouver une retraite sûre, pourvu que je consentisse à ne conserver aucune relation qui pût compromettre ceux qui voulaient bien me recevoir. M. Goux, son neveu, juge de paix dans ie canton de Neufchâtel, habitait une petite maison de campagne sur la lisière de la foret d'Éady. Il n'avait près de lui qu'une nièce, ancienne religieuse, une servante et un vieux domestique. Je me rendis d'abord à Rouen, et, sans m'y arrêter, j'allai seul, à pied et de nuit, présenter à M. Goux la petite lettre d'introduction que m'avait remise mon honorable collègue Vimar. Il faut s'être trouvé dans une telle situation pour sentir tout le prix d'une semblable hospitalité. M. Goux me reçut et me traita comme il aurait reçu et traité son frère.
C'était un homme très-éclairé, véritable philosophe pratique, de mœurs fort douces. Sa fortune était mé^liocre. Il vivait frugalement. Sa petite maison était proprement tenue. Sa nièce, âgée d'environ quarante ans, et qu'il aimait tendrement, était une personne spirituelle, gracieuse, et d'une grande égalité d'humeur. Ses opinions n'étaient autres que celles de son oncle, et celles-ci absolument les miennes. Je fus donc
ASILE CHF.Z M. GOUX. ig
aussi heureux dans cette solitude qu'il fut possible de l'être dans de telles circonstances et dans la disposition d'esprit où j'étais. Je trouvai quelques bons livres dans la petite bibliothèque de M. Goux. J'essayai de reproduire de mémoire un plaidoyer que j'avais écrit au Havre pendant le
procès du roi, et que je destinais Triste et
vaine occupation qu'interrompit la nouvelle de la catastrophe
La mort de Louis XVI fut, on ne le sait que trop, bientôt suivie de la plus mémorable expiation d'un si grand crime , l'hécatombe de tous lès gens de bien qui n'avaient pas su nous aider à le prévenir, et le massacre confus et mutuel des juges bourreaux de ce malheureux prince.
La sanguinaire domination, les fureurs, l'agitation des remords, les recherches des agents de la terreur furent telles, qu'il n'y eut plus pour les constitutionnels d'asile assuré. Nos télés étaient véritablement mises au prix le plus haut, puisque nul ne pouvait nous faire partager son toit sans hasarder la sienne.
M. Goux me conseilla de ne rien écrire, de ne laisser aucune trace, et je suivis ses sages conseils. Je ne sortais guère de la maison que pour prendre un peu d'exercice en m'égarant quelquefois dans la foret voisine. Ma conversation, pleine de tendres souvenirs, paraissait être agréa?
aO ARRESTATION DK CIIAVKI.IKR.
ble à mes liôtes, et nos longues soirées d'hiver s'écoulaient rapidement. J'avais rarement, et cela par prudence, des nouvelles de ma famille, toujours par des voies indirectes. Malgré ces précautions sévères, un curé du voisinage, qui venait quelquefois faire visite à M. Goux, et qui lui-même avait donné asile à un autre proscrit, M. Chapelier, l'un des membres les plus marquants de l'assemblée constituante, sut qui j'étais, et, ayant un égal intérêt que M. Goux dans le secret qu'il fallait garder, ne crut pas faire une indiscrétion en le confiant à Chapelier : celui-ci , dont les goûts et les habitudes ne l'avaient pas disposé à autant de résignation que moi, me fit proposer d'aller le voir ou de le recevoir chez M. Goux. Mon hôte et moi nous y opposâmes fortement, et je m'aperçus que la seule proposition avait donné de l'inquiétude à M. Goux. Cette inquiétude s'accrut beaucoup lorsque peu de jours après nous apprîmes que, sans doute par suite de quelque indiscrétion semblable, M. Chapelier avait été découvert, enlevé et conduit à Paris à la Conciergerie , d'où il ne sortit que pour monter sur l'échafaud. Le curé fut conduit aux prisons de Rouen. Je ne tardai pas à m'apercevoir du trouble extrême et de la tristesse de mes anges tutélaires, et je leur déclarai que j'étais décidé à me s^arer d'eux, et que la crainte de