‹ Souvenirs du lieutenant général comte Mathieu Dumas de 1770 à 1836Chapitre 35 sur 112 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

Rupture de la paix d'Amiens. — Camp de Bruges. — Le général Davoust. — Mon état-major. — Le grade de général de division m*esl rendu. — Mariage de ma fille aînée. — Préparatifs de descente en Angleterre. — Combat du cap Grinez. — Distribution des croix de la Légion d'honneur. — Voyage en Belgique avec le prince Joseph. — Embarquement de Farmée.

— Campagne de mer. Projet sérieux de débarquement en Angleterre. — Guerre contre l'Autriche et la Russie. — Plan de campagne. — Fonctions d'aide-major général. — Missions à l'ouverture de la campagne. — Combat d'Elchingen. — Attaque et capitulation d'Ulm. — Missions pendant la seconde partie de la campagne. — Plan d'opérations. — Combat du maréchal Mortier à Steiu. — Entrée à Vienne. — Passage du Danube. — Combat d'Hollabrûnn. — Reconnaissance du cours de la Marsch. — Bataille d'Austerlitz. — Armistice. — Plan d'une troisième campagne. — Paix de Presbourg. — Mission en Dalmatie. — Venise. — Prise de possession des provinces illyriennes. — Manque de foi des commissaires autrichiens.

— Les Russes s'emparent de Cattaro. — Reconnaissances sur la frontière turque. — Ordre de me rendre à l'armée de Naples. — Retour à Venise. — Arrivée à Rome.

A. cette époque, celle de la rupture du traité d'Amiens, le premier consul avait déjà commencé les apprêts d'une grande expédition con-

a4o RUPTURE DF LA PAIX j/aMIEîTS.

tre l'Angleterre; le parti puissant qui, en Angleterre, avait blâmé et subi cette paix, ne la considéra que comme une trêve. M. Pitt n'avait quitté le ministère que pour la laisser conclure par de nouveaux ^ministres peu accrédités dans l'opinion : il avait conservé toute l'influence que lui donnaient ses grands talents et son caractère. Son parti et son système de guerre éternelle contre la France ne furent jamais plus forts que dans le moment où il abandonna le pouvoir.

Il ne fut que trop facile à ce parti d'entraver l'exécution des principales conditions du traité d'Amiens : l'incorporation de quelques pays conquis, limitropbes de la France, qui d'ailleurs ne changeait rien à l'état des choses et n'était pas réellement un accroissement de puissance, servit de prétexte au cabinet britannique pour différer la remise de l'île de Malte et celle du cap de Bonne-Espérance. Ces refus obstinés irritèrent le premier consul. Il fut aigri par les déclamations injurieuses à sa personne et à sa famille, dont le parti aristocratique exaspéré remplissait les papiers. 11 ne comprenait pas la liberté et même la licence de la presse dans la constitution anglaise, et s'en prenait au gouvernement, heureusement impuissant contre ce palUulium,

Cependant, et quoi qu'on en ait dit, il aurait voulu conserver la paix dont le peuple français

tE G£r«KRA.L DWOUST. ^4^

commençait à goûter les fruits : le mauvais succès de l'expédition de Saint-Domingue^ l'état des finances encore précaire, le besoin de rétablir l'armée divisée par les diverses opinions des chefs, et celui de mûrir ses projets de souveraineté absolue, l'auraient porté à des concessions, si elles n'eussent été exigées d'un ton impérieux, qui ne laissait aucun doute sur la provocation k la guerre.

Dans la formation de la grande armée d'expédition contre l'Angleterre, je fus nommé chef d'état-major du 3® corps, qui reçut d'abord la dénomination de camp de Bruges, et dont le commandement en chef fut donné au général Davoust. Celui-ci, intime ami du général Desaix, s'était distingué dans la guerre de la haute Egypte et avait hérité de la confiance et de la faveur de cet illustre général auprès de Napoléon. L'avancement rapide du général Davoust avait excité l'envie contre lui : son caractère ferme, mais inquiet et méfiant, lui fit beaucoup d'ennemis. Je l'avais connu fort jeune lorsqu'il était encore lieutenant au régiment de Champagne-Cavalerie. Mes relations intimes avec Desaix l'avaient bien disposé pour moi et m'avaient acquis son estime. Toutefois ma position était difficile. Je crus m'apercevoir qu'il craignait qu'à son début dans le commandement en chef, III. i6

*l!\'Jt ÉT\T-MAJOR DU 3* CORPS.

an n'attachât trop d'importance à mes conseils. J'eus donc à conquérir sa confiance par une sévère exactitude dans tout ce qui touchait au service, et par une conduite très-réservée. Je ne tardai pas à reconnaître dans le général Davoust les qualités essentielles de l'homme de guerre et de l'homme privé, qu'il développa depuis dans le cours de sa brillante carrière. Après quelques épreuves nous nous entendîmes fort bien. Il parut également satisfait de ma manière de servir et de ma société, et il m'accorda son amitié : je l'ai toujours cultivée et conservée sans nuages; je m'en suis honoré et j'honore sa mémoire.

J'avais choisi pour mes trois aides de camp : le chef de bataillon Laroque, brave ofBcier , par^ venu depuis au grade de général de brigade, et mort dans sa retraite en Alsace , par suite de fatigues et de blessures; le capitaine de dragons Charles Dampierre, aujourd'hui pair de France, fils de mon ancien ami le général Dampierre, qui commandait en chef l'armée française de Flandre en ] 793, lorsqu'il fut mortellement blessé au combat de Famart; et le lieutenant d'artillerie, Clermont-Tonnerre, depuis ministre de la guerre. J avais aussi fait nommer adjudant général et attacher à mon état-major le colonel Louis Rcv* uieuf. Combes, mon plus proche parent, et que j'ai toujours aimé et traité comme un fils, fut employé

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