‹ Souvenirs du lieutenant général comte Mathieu Dumas de 1770 à 1836Chapitre 37 sur 112 · COMBATS DE LA FLOTTILLE · texte numérisé non relu

COMBATS DE LA FLOTTILLE

che, depuis Ostende jusqu'à Saint- Valéry, se concentraient peu à peu, à mesure que les flottilles j malgré l'opposition des croisières anglaises , se réunissaient soit à Boulogne, soit dans les petits ports voisins, Ambleteuse, Vimereux et Saint-Valéry. La flottille hollandaise, sous Ta'mirai Werhuel, destinée à l'embarquement du troisième corps, suivait ces mouvements; et comme les points de relâche, Ostende, Dunkerque et Calais , étaient les plus rapprochés de la cote d'Angleterre, l'amiral Werhuel eut à soutenir, dans ces trajets, des combats très-vifs, dans lesquels il se couvrit de gloire^ et prouva que ces frêles embarcations, ces chaloupes canonnières, ces bateaux pécheurs, armés d'un petit nombre de pièces d'un fort calibre, pouvaient manœuvrer et combattre contre les frégates et les bâtiments de guerre du plus fort échantillon. Lorsque les petites escadres de Tamiral Werhuel, après avoir cinglé en pleine mer et jusqu'au milieu du canal de la Manche, étaient trop pressées par la supériorité des forces navales de l'ennemi, Tamiral, longeant la côte, attirait les Anglais sous le feu de nos batteries, et il était encore soutenu par notre excellente artillerie légère. Ces actions fréquentes, et qui, à quelques dommages près, furent toujours aussi heureuses que bien combinées, contribuèrent puissamment

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à aguerrir nos soldats , alternativement détachés pour servir de garnison à bord des bâtiments de la flottille. Le maréchal Davoust les encourageait par son exemple : il était toujours avec son état* major sur la plage, dirigeiant lui-même son artillerie y si bien commandée par le brave général Sorbier. Le plus important de ces combats fut celui de la flottille hollandaise pour se rendre des rades de Dunkerque et de Calais au port d'Ambleteuse , où le troisième corps d'armée alla camper vers le mois de mai 1 8o5. Il fallait doubler le cap Grinez en présence de plus de quatre-vingts voiles de guerre anglaises : les basfonds obligeaient Tamiral à prendre le large; l'opération était périlleuse ; les Anglais portaient sur le cap pour couper la flottille. Le maréchal, après avoir fait hérisser ce promontoire de soixante bouches à feu, que dirigeait le générd d'artillerie Lariboissière, m'y laissa pour y commander y et alla , de sa personne , avec ses aides de camp, s'embarquer sur la chaloupe canonnière de l'amiral Werhuel. L'action fut vive et brillante ; le feu des batteries du cap Grinez con* tint la croisière anglaise, et le passage s'exécuta avec quelques pertes, mais avec plein succès.

Ce fut vers cette époque que l'empereur Napoléon rassembla ses trois corps d'armée à Boulogne, et donna le spectacle de la plus belle

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pompe militaire dont j'aie jamais été témoin^ la distribution des croix de la Légion d'honneur : j'avais été nommé, peu de temps auparavant, au grade de commandant.

Pendant mon séjouf à Paris pour le couronnement, lorsque l'empereur forma sa maison civile et celle des princes ses frères, j'avais été, sur la proposition du prince Joseph, nommé à l'une des places de chambellan de Son Altesse , et désigné pour l'accompagner à Milan , dans le cas où il aurait accepté la couronne de Lombardie, qui lui fut vainement offerte par son frère. Ije prince Joseph avait, dès le commencement de la campagne, précédé l'empereur au camp de Boulogne, où il commandait le quatrième régiment d'infanterie dans la division du général Yandamme. Je fus appelé près de lui, et j'obtins du maréchal Davoust la permission d'accompagner le prince dans le voyage qu'il fit en Belgique. Il fut re^!U à Bruxelles avec les plus vives acclamations; il visita le port d'Anvers, où rancien intendant de marine, M. Malouet, rentré en France et accueilli par Napoléon, justifiait par son activité et ses talents dans la prodigieuse création de l'arsenal d'Anvers, Topinion que l'empereur avait conçue de son mérite et de l'utilité de ses services.

Après avoir accompagné le prince Joseph

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dans cette tournée j et visité les principales villes de la Belgique y je retournai reprendre mon poste au camp d'Ambleteuse. Le formidable armement pour l'expédition d'Angleterre était achevé ; divers essais d'embarquement à Boulogne , et dans les petits ports adjacents, avaient donné la certitude que rien ne manquait dans l'admirable organisation de cette expédition. Quatre-vingtdix mille hommes de toutes armes avaient chacun sa place marquée sur un des deux mille bâ^ timents armés dont se composaient les flottilles; elles ne portaient pas moins de six mille pièces de canon y en y comprenant l'armement des bâtiments, Tartillerie de campagne et les équipages de sièges et de ponts. Elles portaient aussi d'immenses approvisionnements de munitions de guerre , d'armes , d'équipements , d'outils f de matériaux pour la prompte construction de forts et de retranchements, et trois ùioisdevi* vres pour toute l'armée.

Ces immenses préparatifs fixèrent les regards de toute l'Europe. Peu de personnes voulurent croire à la réalité de cette entreprise gigantesque. On ne concevait ni la témérité ni même la possibilité d'un combat de flottilles, et du débarquement d'une si nombreuse armée et d'un matériel si considérable, en présence de la moin* dre escadre anglaise, et l'on pensait généralement

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