‹ Souvenirs du lieutenant général comte Mathieu Dumas de 1770 à 1836Chapitre 53 sur 112 · RCHR DE L ARMEE ANGLAISE · texte numérisé non relu

RCHR DE L ARMEE ANGLAISE

ment avec les forces de terre et de mer que les alliés rassemblaient en Catalogne et dans les places du bas Ébre.

Nous avions été mal informés de la réunion et de la marche de l'armée anglaise : le général Moore avait soigneusement dérobé la connaissance de ses aji^réts; il n'était que trop bien servi par les populations espagnoles; et, malgré la vigilance et l'activité du général Franceschi , commandant l'une des avant-gardes du maréchal Soult, on n'eut la certitude de la présence de cette armée que par la rencontre des premières troupes de son avant-garde à 2^mora , et lorsque son mouvement fut décidé sur Valladolid. Les deux avant* gardes du maréchal Soult, celle de Franceschi en avant de Valladolid , et celle de Debelle, du côté de Benavente, furent attaquées et contraintes de se replier devant des forces supérieures. J'en fus averti par un message du maréchal Soult, qui me fut apporté par son aide de camp, le capitaine Tholozé. Franceschi m'écrivit aussi directement pour me faire connaître que l'ennemi allait occuper Valladolid et couper la communication avec Burgos. Le maréchal Soult ne pouvait quitter son camp de Carion , d'où il tenait du moins en échec l'ennemi en menaçant son flanc s'il se portait plus en avant. Toutefois, avec des forces si supérieures, et n'ayant aucun obstacle devant

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lui jusqu'à Burgos, celui-ci pouvait se déterminer à marcher sur l'Éhre, pour faire sa jonction avec Tarmée que rassemblaient à Saragosse les généraux Castaiios et Palafox. I^ château de Burgos, dont on n'avait encore pu que fermer quelques brèches et relever les parapets, aurait à peine résisté à un coup de main. I^ général Darmaguac, commandant à Burgos, était cependant décidé à s'y renfermer avec sa faible garnison, environ cinq cents hommes.

La tête des colonnes de l'armée du général Junot, dite armée de Portugal, était encore à trois marches de Burgos, et j'avais reçu l'ordre de diriger sur Ségovie la division de cavalerie et les deux divisions d'infanterie dont cette armée était composée : l'empereur voulait ainsi assurer sa communication avec Valladolid et marcher en force par la Nouvelle-Castille au-devant de l'armée anglaise; mais on voit c{ue le général Moore, occupant déjà Valladolid, n'avait plus que deux marches à faire pour atteindre Burgos. Dans cette position difficile et dont l'empereur ne pouvait avoir connaissance, je jugeai que le mouvement des troupes sur Ségovie était intempestif, et lais* sait à lennemi toute facilité pour couper notre ligne d'opérations par Burgos et isoler le corps du maréclial Soult, qui n'avait pas assez de forces pour s'y opposer. Soutenu par l'avis du maréchal.

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\c proposai au général Darmagnac de retenir les troupes de larmée de Junot, qui allaient déboucher successivement, et de les porter à une marche au delà de Burgos sur la route de Yalladolid ; mais le général ne voulut pas prendre sur sa responsabilité le changement d'une destination prescrite par l'empereur et que je lui avais officiellement annoncée.

Le jour même où la division de cavalerie, commandée par le général Lorges, arrivait à Burgos, forte de deux mille cinq cents chevaux, je reçus des ordres itératifs, qui me furent apportés par le colonel Zimmer, aide de camp du prince de Neuchâtel. Je fis connaître au général Lorges la position de l'ennemi et les dépêches de M. le maréchal Soult, et je lui proposai, malgré les ordres de l'empereur, dont je lui donnai communication, de se porter sur Palencia pour soutenir le général Franceschi et contenir la première avant-garde de l'ennemi. Le général Lor^ ges refusa de prendre sur lui ce mouvement contraire à la direction prescrite par l'empereur, et partit le lendemain pour aller coucher à Lerma.

I^ même jour arrivèrent à Burgffs' la brigade de dragons, commandée par le général Fournier, faisant partie de la division Lorges, et la première brigade d'infanterie du général I^borde,

33a CHANGEAIENT DE DIRECTION

commandée par le général Foy. Le danger élait pressant; je pris mon parti; persuadé qu'il était de mon devoir, dans une telle circonstance, de compromettre ma responsabilité, j'envoyai au général Lorges, à Lerma, en ma qualité d'aidemajor général de l'armée, et comme remplaçant le prince de Neuchâtel, l'ordre de marcher par sa droite avec sa division et de prendre une position telle, qu'il pût observer la route de Valladolid à Burgos. Les généraux Fournier et Foy ne firent aucune difficulté de se porter, d'après mes instructions, sur Palencia.

Je rendis compte au major général des motib qui m'avaient déterminé à prendre sur moi de faire ces dispositions, et je m'appuyai de l'approbation du maréchal Soult; je chargeai de ma dépêche un maréchal des logis de dragons de la division Lorges, en lui recommandant de faire la plus grande diligence, changeant de chevaux, else faisant escorter d'un poste à l'autre. Deux heures après son départ, j'expédiai, par une estafette, un duplicata de mon rapport.

I^ général Laborde, qui arriva le jour d'après avec le reste de sa division, approuva le parti que j'avais .pris, m'y affermit par son suffrage, et se conforma à ces nouvelles dispositions en portant sa seconde brigade à l'appui de la première, sur la route de Valladolid. Ïjc maréchal

DB l'armée de PORTUGAL. 333

Soulty q[ue je me hâl^i d'en informer^ fit des dispositions relatives à celles qu'il m'avait luimême indiquées ; il contint ainsi le général M oore, qui ne poussa pas ses avant-gardes plus avant dans la direction de Bnrgos.

Le maréchal des logis porteur de mon rapport et des dépêches du maréchal Soult arriva à Madrid au moment où l'empereur passait en revue le corps du maréchal Ney et la garde impériale. L'empereur arracha des mains du prince de Neuchâtel le paquet que venait d'apporter le maréchal des logis , l'ouvrit , parcourut mon rapport, et commanda sur-le-champ aux troupes en ligne de rompre par la gauche , et les mit en marche, se dirigeant sur Ségovie.

Je reçus, par le retour de mon courrier, des dépêches pour le maréchal Soult, de nouvelles dispositions pour l'armée de Junot, et l'ordre de me rendre de ma personne à Madrid , où je trouverais d'autres instructions; le major général me prescrivait aussi de presser la marche des détachements que je pourrais rencontrer sur mon chemin, et de visiter tous les postes de communication.

Je partis sur-le-champ avec mes équipages et une faible escorte. Je trouvai entre Lerma et Aranda un poste composé de dix hommes d'in* fanterie et quelques gendarmes d'élite, qui s'é-

334 DIFFICULTÉS l>FS COMMUNICATIONS.

taient établis dans une mauvaise aubei^e sur la route. C'était un petit village isolé. J'ordonnai au sous-officier de placer son poste dans Téglise et de profiter du clocher pour veiller sur les environs, et pour s*y défendre, s'il était attaqué. Ils négligèrent ou tardèrent d'exécuter mon ordre, et j'appris y peu de jours après, qu'ils avaient tous été surpris dans Fauberge et massacrés par des guérillas.

Je trouvai à Aranda un bataillon de marche, d'environ six cents conscrits , que le commandant de la place avait pris sur lui d y retenir, quoiqu'il eut une garnison d'environ cent cinquante hommes, suffisante pour garder le pont sur le Douro : il avait aussi retenu un convoi d'habillement d'environ trente voitures. Je mis tout cela en marche sur Madrid ^ et partis avec eux. Je fus continuellement observé par des guérillas j qui se tenaient à une grande distance sur les hauteurs, et qui n'osèrent attaquer ce petit convoi à cause de la forte escorte que je tenais en bon ordre. Un caisson chargé de souliers étant resté quelques cents pas en arrière de la colonne, fut arrêté et pillé, après que le conducteur et quelques soldats qui étaient restés pour escorter ce caisson eurent été tués. Telle était déjà la difficulté de nos communications en Espagne.

.r;iri'Lvai au |iU>il de la iiiuiiUigiie de Suiiinio- Sierra par un très-mauvais temps, et nous eûmes beaucoup de peine à atteindre le village qui est au sommet, et où le défilé se trouve plus étroit Un ouragan de neige, aussi violent que ceux qu'on éprouve dans les hautes Alpes, mit toute la colonne en désordre et renversa les caissons; je parvins cependant à faire monter ma voiture, parce que les hommes qui la poussaient à force de bras étaient abrités du vent. La troupe ne put arriver au village que le lendemain. Ce même ouragan arrêta l'armée de l'empereur pendant deux jours à la montagne de Guadarama, sur la route de Ségovie. Quoique les rampes fussent larges et bien adoucies, les troupes y rencontrèrent plus de difBcultés qu'au fameux passage du Saint-Bernard : il fut impossible de se maintenir contre la violence du vent. Cet incident extraordinaire fit perdre deux marches, et sauva l'armée anglaise, qui certainement eût été enveloppée.

Je passai huit jours à Madrid en attendant les nouveaux ordres*, qui m'appelèrent au quartier général de Valladolid. Je fus logé au palais de la duchesse de Fernand Nunes , que j'avais vue autrefois à Paris chez le comte de Saint^Priest, lorsque le feu duc était ambassadeur d'Espagne. Je fus très-bien accueilli par madame de Fernand Nunes.

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