‹ Souvenirs du lieutenant général comte Mathieu Dumas de 1770 à 1836Chapitre 69 sur 112 · OPINION DC M. DE HÀRDENBERG · texte numérisé non relu

OPINION DC M. DE HÀRDENBERG

nous dit qu'elle ressemblait beaucoup à la feue reine.

Il était difficile de ne pas croire à la sincérité de ce bon accueil et à celle du langage des ministres prussiens. Le baron de Hardenberg, que mes exigences devaient fatiguer, me disait souvent : « C'est de bonne foi que nous entrons (c dans votre alliance; elle peut nous devenir « profitable et réparer nos malheurs; mais vous ce rendez le fardeau de la guerre trop lourd pour « nos peuples; vous les irritez, vous dévorez tt le reste de nos ressources; nous faisons plus (c que nous ne pouvons, et quand la misère ce aura excité des soulèvements, vous vous en a prendrez à nous du mal que vous vous serez <i fait vous-mêmes. »

Pendant mon séjour à Berlin, le général Guilleminot, aide-major général de la grande armée, y arriva : il était occupé de rédiger un rapport sur les itinéraires qu'il avait été chargé de dresser, l'un dans la direction de Pétersbouiy, l'autre dans la direction de Moskou : il me communiqua ce travail; il avait recueilli sur l'une et 'autre route beaucoup de renseignements pré- :ieux, et nous raisonnions, dans ces deux suppositions, sur les difficultés que présentait une telle guerre d'invasion.

Dans le même temps, j'avais été informé que

/|l6 PLAIT DE DÉFEirSË DE BARCLAT DE TOLLT.

le conseiller d'État Niebnhr, fils chi célèbre voyageur danois , et qiieyavais beaucoup connu pendant mon séjour dans le Holstein, se trouvait à Berlin : je m'empressai d'aller le voir; et comme nous nous entretenions de la prochaine guerre contre la Russie et des conjectures que l'on pouvait faire sur les plans offensifs de l'empereur Napoléon, il me dit que depuis qu'il savait que le général Barclay de ToUy commandait en chef les armées russes , il ne doutait pas qu'il ne mit à exécution le plan.de campagne défensive qu'il avait présenté à l'époque de la paix de Tilsitt, loreque, de concert avec quelques autres généraux russes, il s'était opposé à la pacification. Niebuhr avait passé trois mois à Mérael dans l'intimité de Barclay de Tolly, qui, grièvement blessé à Eylau, avait été transporté à Mémel, où s'était retirée la cour de Prusse. Niebuhr avait parfaitement retenu tous les détails de ce plan de retraites combinées, par lesquelles le général russe espérait attirer cette formidable armée française jusqu'au coeur de la Russie, même au delà de Moskou, la fatiguer, l'éloigner de sa base d'opérations y lui faire user ses ressources et son matériel , en ménageant les réserves russes, jusqu'à ce que, aidée par la rigueur du climati il put reprendre l'offensive et faire trouver à Napoléon, sur les bords du Volga, un second Piil-

, DERNlkltFS Ni^GOCIATIONS. [\\']

tawa. C'était une effrayante et trop juste prophétie; elle me parut si positive et si importante que, lorsque j'eus rejoint le quartier impérial, je ne manquai pas den faire part au prince de Wagram. Je ne pus douter qu'il n'en rendit compte à l'empereur; mais on ne m'en parla point, et je me gardai bien de répéter ces sinistres présages.

Tavais reçu l'ordre de me rendre à Posen; Napoléon , qui s'était arrêté à Dresde, où il reçut pour la dernière fois les hommages des souverains et des princes ses alliés, arriva peu de jours après à Posen : une faible lueur de pacification venait de s'éteindre; le comte de Narbonne, aide de camp de l'empereur, de retour de Wilna, n'avait apporté, de la part de l'empereur de Russie, que des réponses ou négatives ou évasives aux propositions qu'il avait été chargé de We et de présenter comme un ultimatum.

L'empereur Napoléon séjourna à Posen six ou

ept jours, pendant que les troupes étaient en

la relie vers la Yistule : il s'occupa dans le plus

ranci détail des différentes branches du service

e l'administration, et surtout des subsistances

es équipages militaires et des hôpitaux : il mt

lisait appeler quelquefois, mais il travailfait le

lus souvent sur tout ce qui était relatif à Tin-

ndiUïce générale, avec son secrétaire d'État, le

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