SÉJOUR K WILNA
brave général et ses pressentiments sur l'issue de notre gigantesque expédition.
Wilna, capitale de la Lithuanie , où Tempereur Alexandre avait établi son quartier général , fut évacuée à l'approche de l'armée française : il n'y eut, aux accès de cette ville, que quelques combats de cavalerie légère peu importants; nous recueillîmes quelques restes de magasins considérables qui avaient été iBcendiés. L'empereur séjourna pendant dtx jours à Wilna pour laisser le temps aux corps qui formaient l'aile droite de l'armée ( savoir : celui du maréchal Davoust, dont on avait retiré deux divisions, le corps auxiliaire autrichien, sous*!^ ordres du prince Schwartzemberg, le corps polonais du prince Poniatowsky et le corps saxon commandé par le général Reynier ) de s'avancer sur Minsk et vers la Wolhinie sur la basse Bérésina. Cette aile droite, dont la force numérique était de 80,000 hommes de toutes armes, était destinée à couper le corps d'armée du prince Bagration du centre de l'armée russe et à le rejeter en Wolhinie; elle fut confiée au roi Jérôme, frère de l'empereur, qui s'était rendu à Varsovie pour en prendre le commandement. Un manque d'accord et des délais, dont l'empereur Napoléon imputa le tort à son frère, lequel, peu (le temps après, quitta l'armée et retourna
4^4 MARCUE DE LAILE DROITE DE L* ARMEE.
dans son royaume de Westphalie, empêchèrent le succès de ce beau mouvement : s'il eût été plus rapide et mieux concerté entre les corps d'armée qui devaient y coopérer, le but aurait été atteint et le succès décidé dès l'ouverture de la campagne. L'activité et l'ardeur du maréchal Davoust ne purent réparer une si grande faute ; il marcha sur Minsk et sur Mohilow , tandis que tous les autres corps de l'aile droite poursuivaient trop tard et vainement le prince Bagration : celui-ci leur échappa, passa le Dniester au-dessous de Mohilow, avec 4o,ooo hommes, attaqua le maréchal Davoust qui n'en avait pas 20,000, fiit repoussé, mais parvint à s'ouvrir la route de Smolensk.
Pendant ce temps, l'aile, gauche de Tarinée, sous les ordres du maréchal Macdonald, formée du corps prussien commandé par le général Bulow et d'une division française, marchait de Kœnigsberg sur Riga.
On savait que le centre de l'armée russe, ou plutôt l'armée russe du centre, occupait sur la Dwina une position retranchée avec beaucoup de soin : cette position déjà trè&>forte par la na* ture, H cause de la sinuosité de cette rivière, n'était qu'à trois marches de Wilna. L'empereur se disposait à l'attaquer et la fit reconnaître par une division do cavalerie ; il y eut un combat
DISl>OSITIONS ADMimSTRATIVKS. 4^5
assez vif, pendant lequel l'armée russe passa la Dwina et remonta cette rivière par la rive droite; l'empereur Napoléon se décida à remonter la rive gauche, observant le mouvement de l'ennemi et se dirigeant s ui*Witepsk.
Pendant le séjour du quartier général à Wilna, je m'occupai de l'organisation des divers services, tant pour la partie mobile, et qui devait avec moi suivre le gros de l'armée et la réserve de la garde impériale, que pour l'administration fixe et territoriale des divers districts de la province de Lithuanie, base générale des différentes lignes d'opérations. Je proposai à l'empereur la nomination des auditeurs du conseil d'État destinés à remplir dans ces divers districts les fonctions d'intendants. J'organisai es convois qui, soit par les routes de terre, soit )ar la navigation du bas Niémen et de la riière de Vilia, l'un de ses principaux affluents, levaient apporter à Wilna les approvisionnelents que nous tirions principalement de la russe orientale. Après cette première disposition énérale, je n'eus bientôt plus à m'occuper de îtte partie si importante de mes fonctions, que ar la correspondance. L'empereur, pressé par le ^uvernement du grand-duché de Varsovie, et ir les principaux habitants de laLithuanie, d'oriniser un gouvernement provisoire, fil former
4*iC GOUVERNEMENT PROVISOIRE A WILNA.
une commission ou conseil qui se réunit i Wilna sous la ])résidence du duc de Bassano. Il confia à ce ministre les pouvoirs les plus étendus, pour tout ce qui pouvait concerner l'armée et le pays : il ne pAivait mettre ces intérêts en meilleures mains. Le duc de Bassano remplit cette importante mission pendant tout le cours de la campagne 9 et jusqu'au dernier jour de Tévacuation , de la manière la plus utile à Tarmée et la plus équitable envers les habitants du pays.
La veille de son départ de Wilna, Temperenr passa lui-même une revue des équipages militaires que j'avais fait rassembler sur le plateau élevé et découvert qui se trouve au nord de la ville. Pendant cette revue, il y eut un orage très-fort; le vent du sud nous apportait une odeur cadavéreuse insupportable, qui provenait du grand nombre de chevaux morts sur la route entre Kowno et Wilna. On ne remarquait pas clans l'armée cette gaieté que nous avions toujours vue aux ouvertures de campagnes. L'aspect du pays était triste; tout paraissait grave et sévère.
L'empereur porta d'abord son quartier général à Globokoë, à trois marches de Wilna. TVouvant cette partie de la contrée abondante en grains, il m'ordonna d'y former de grands ét^ blissements de manutention, d'y rassembler (les