‹ Souvenirs du lieutenant général comte Mathieu Dumas de 1770 à 1836Chapitre 75 sur 112 · ETABLISSEMENT A WITEPSK · texte numérisé non relu

ETABLISSEMENT A WITEPSK

rent puissamment influer sur son irrésolution ; il était évident que Barkiay de Tolly exécutait son plan de retraite, pour attirer l'armée française le plus loin qu'il se pourrait dans l'intérieur de la Russie, afin de l'affaiblir par le manque de ressources, pendant qu'il ménageait les siennes : il se repliait, et ne nous abandonnait au delà de la Lithuanie que des pays dépeuplés par la fuite des habitants, et dévastés et ravagés de la main même des Russes.

L'empereur s'arrêta à Witepsk pendant douze jours; il m'ordonna d'y former une grande manutention ; je fis construire à la hâte vingt-quatre fours, et je fis reconnaître les ressources en grains et en bestiaux que le pays pouvait fournir; les récoltes avaient été abondantes dans, presque toute la Lithuanie. J'usai de tous les moyens, même des grossiers moulins à bras pour faire fabriquer des farines. Je fis aussi reconnaître tous les points où l'on pouvait établir des hôpitaux. Pendant ce temps l'empereur examinait lui-même les moyens de fortifier Witepsk, en liant par des ouvrages les ravins profonds qui sont autour de cette petite ville, et la couvrant sur la rive droite d'une forte tête de pont. Le quartier impérial était établi dans le palais du duc de Wurtemberg, gouverneur de Witepsk; l'empereur, soit qu'il eut résolu de rester dans

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cette position, soit qu'il voiilûl le faire croire, fir travailler sa garde à étendre et à aplanir la place où il faisait défiler la parade , et où il passait les troupes en revue. Mais bientôt la nouvelle quil reçut de l'arrivée du corps d'armée du prince Ragration à Smolensk, et de sa réunion avec l'armée du centre sous les ordres de Barclay de Tolly, le détermina à pousser l'ennemi plus loin et à le déposter de Smolensk. On pouvait croire qu'il n'avait encore d'autre projet arrêté que celui de s'emparer de cette vieille place forte pour en faire la tête de ses cantonnements, s'affermir sur la frontière de la Lithuanie, et rester dans cette position jusqu'à ce que le maréchal Macdonald eût atteint Riga et s'y fût bien établi.

L'empereur Napoléon ayant vigoureusement repoussé devant lui, avec le gros de sou armée, l'armée centrale russe, avait sans doute espéré engager une action décisive avant que l'armée de Bagration eût pu atteindre Smolensk, et vraisemblablement Barclay de Tolly aurait été forcé d'accepter la bataille dans sa position en avant (le Witepsk, s'il n'avait reçu la nouvelle de l'arrivée de Bagration à Smolensk. Cet événement décida sa retraite et changea la face des affaires. I^ réunion des deux armées russes et leur concentration sur Smolensk levèrent toutes les in-

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certitudes : il fallut enlever à Tennemi ce point d'appui.

L'armée reçut ordre de se porter, par un mouvement de flanc, sur Dobrowna, de passer le Dnieper sur différents points et de marcher sur Smolensk. Ce mouvement fut masqué par celui de la cavalerie du roi de Naples^ qui se porta en avant, et passa ensuite le Dnieper aujessus de Dohrowna. L'armée russe, réunie sur a rive droite du Dnieper, occupa fortement, sur a rive gauche , la ville et les £siubourgs de Smoensk.

Je suivis le quartier général à Dobrowna, Lyaloni et Krasnoë : les établissements commencés Witepsk furent conservés; la viUe fut retranhée, mais non sur le grand plan qui avait d'abord té arrêté. Les accès de Smolensk ne furent que aiblement défendus par une division de Farmée le Bagrjition , qui avait formé son arrière-garde ur la rive gauche du Dnieper, et qui, après un ourt engagement, fut refoulée dans la place par otre cavalerie. Décidé à enlever de viv^ force e point éminemment stratégique, l'empereur t former l'investissement à mesure que les connues débouchaient, et arrêta pour le lendemain es dispositions d'attaque. J'assistai à cette brilmte journée; ce fut une grande bataille, parce ue l'armée russe défendit obstinément les de-

/l'ia ETAT DES RKSSOURCKS DE l'aRMÉF.

hors, et que, soutenue par les troupes fraîches qu'elle tirait de la rive droite, et sa retraite étant assurée derrière ces vieilles et fortes murailles, elle résista, sur tous les points, à nos attaques réitérées. Pendant la nuit suivante, Tempereur fit déployer un grand feu d'artillerie et surtout d'obusiers; les Russes évacuèrent la place, incendièrent le faubourg ou ville de bois sur la rive droite, et prirent position sur la hauteur.

Nous trouvâmes Smolensk presque abandonnée par les habitants et dénuée des moyens qui nous étaient si nécessaires, surtout pour rétablissement des hôpitaux. Nous avions un grand nombre de blessés, qui s'accrut encore par les résultats de l'affaire de Yalutina, trois jours après notre arrivée à Smolensk. Plus l'armée s'avançait dans l'intérieur du pays, et plus ma tâche devenait difficile. Le pays était dévasté par Tennemi ; les habitations étaient abandonnées et la plupart incendiées; la guerre ne pouvait nourrir la guerre comme dans les contrées fertiles de l'Allemagne : les établissements que nous avions formés étaient déjà trop éloignés; les convois, si difficiles à organiser, étaient déjà insuffisants; le zèle et l'activité de mes collaborateurs dans les corps d'armée ne pouvaient créer les ressources qui manquaient partout pour les divers services. Si IVmpereur avait pu s'arrêter à Suio-

RETHAItE DF l'aRMÉE RtISSF. /f3'3

lensk, la pénurie dont nous étions menacés, et qui ne pouvait que s'accroître, aurait été réparée; un meilleur système d'approvisionnements et de transports aurait pu s'établir. Mais nous étions iléjà entraînés; le mouvement de retraite de l'armée russe était décidé : le plan du général Barclay de Tolly continuait de s'exécuter malgré le mécontentement et les murmures des soldats et des généraux humiliés de voir céder sans combattre des provinces entières, et laisser pénétrer a gramie armée française jusqu'au cœur de l'empire. Ces mécontentements déterminèrent Temlereur Alexandre à donner le commandement upérieur de l'armée russe au général Kutusow. tarclay de Tolly continua de commander, sous )s ordres du vieux généralissime, l'armée du ord, formant l'aile droite, et le prince Bagraon prit le commandement de l'armée du Midi, )rmant l'aile gauche.

J'ai besoin de répéter ici que je ne prétends 3int écrire, même de la manière la plus abrégée, listoire de cette mémorable campagne : je marie seulement les principaux événements, et je e borne à rappeler la part que j'ai pu y prendre ns l'exercice des fonctions qui m'étaient cônes. Je viens de dire que le fâcheux résultat du mbat de Valutina et le grand nombre de blessés li furent transportés à Smolensk, augmentè- 111. a8

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