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ïOiirces furent proniptement épuisées; les four- *ages devinrent rares, et quand il fallut les chercher dans un rayon au delà de deux lieues , es partis de Cosaques rendirent ce fourragement :1e jour en jour plus difficile et plus périlleux. Le général Kutusow, immobile dans son camp, se gardait bien de rien entreprendre : quelques détachements seulement, jetés sur la communication, gênaient les arrivages de convois; les. généraux russes affectaient beaucoup de con- Sance, et se considéraient comme en armistice; il / eut des communications entre les deux arnées, d'abord par l'intermédiaire du roi de Na- >les, et plus tard par la mission confiée à Taide le camp de l'empereur, le général Lauriston.
La situation de notre armée devenait de jour
n jour plus pénible. La recherche des moyens
le subsistance , le pillage des décombres de
incendie, et surtout des caves où Ton trouvait
ncore beaucoup de vins et de liqueurs fortes,
ontribuaient à relâcher la. discipline; quelques
lilliers de moudjicks ou paysans russes, prison-
iers relâchés, et la plupart incendiaires, erraient
ans la ville. Il ne fallait pas moins que la vigi-
nce et la fermeté du général Durosnel, aide
e camp de l'empereur, auquel il avait confié le
Duvernement de Moskou, pour maintenir la
3lice militaire et prévenir de plus grands dé-
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sordres. J'ai déjà dit que je m'occupais essentiellement de nos hôpitaux : je continuai de faire évacuer sur Moskou tous les blessés que j'avais pu faire transporter des ambulances établies sur le champ de bataille de la Moskotia et de Tabbaye, qui en étaient encore encombrées.
Le trésor de l'armée (environ douze millions en espèces d'or et d'argent) n'était pas le moindre de nos embarras; et comme je prévoyais de grandes difficultés pour les moyens de transport, je fis presser la liquidation de la solde qui était due, ainsi que des indemnités de pertes. Vers le lo octobre y j'avais liquidé de ces objets pour une somme d'environ quatre millions; je demandai à l'empereur l'autorisation de les distribuer. Le comte Daru approuva et appuya ma proposition ; mais nous ne pûmes obtenir de l'empereur qu'il permit de faire ces payements; il voulut conserver cette ressource.
On ne peut expliquer l'obstination de Napoléon à prolonger le séjour de l'armée au centre de la Russie, au milieu des ruines (umaotesde l'ancienne capitale, qu'en supposant qu'il avait acquis la presque certitude d'une prochaine paix. Il est impossible de croire qu'un tel génie, un politique si profond ait compté uniquement sur les ouvertures qu'il avait fait faire au général KuUisow : il vsi plus vraisemblable que c'était à
SÉJOUR k MOSKOtl. 4^5
Pétersboiirg qu'il négociait secrètement, et que c'est là que ses espérances furent déçues par l'ascendant et les manœuvres du parti anglais. I^ douceur et la sérénité des premiers jours de la saiscm d'automne contribuèrent, sans doute, beaucoup à dissiper les inquiétudes qu'il aurait pu concevoir sur les difficultés d'une retraite. H fut peut-être mal informé sur la situation de l'armée russe qu'il croyait affaiblie et découragée, tandis qu'elle recevait de puissants renforts. Enfin il comptait sur les points d'appui de Smolensk et de Witepsk.
Quoi qu'il en soit, Napoléon agit comme si
a guerre devait se terminer à Moskou. L'enlève-
nent des trophées dont il dépouilla le Kremlin,
léuiontre assez cette malheureuse convictioo,
'étais un jour seul avec le prince de Wagram,
ur le balcon de l'appartement de l'impératrice,
[u'il occupait, et qui était fort élevé au-dessus^
le celui de l'empereur. Nous observions les vains
fforts que faisaient des ouvriers sous la direc-
ion des ingénieurs, pour détacher de dessus le
orne de la principale église, l'immense croix
ite la croix d'Ivan, objet de la vénération et de
admiration du peuple russe, qui la croyait d'or
lassif (elle était de cuivre plaqué de plusieurs
îuilles d'or). Cette croix ne pouvant être ar-
ichée sans détruire la clef de la coupole, dans
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laquelle elle était profoiidément scellée, on prit le parti de la scier et limer ; elle tomba avec un grand fracas sur le sol y et fut ensuite dépecée et soigneusement emballée pour être transportée à Paris. L'intention de l'empereur était de la faire rétablir et placer sur la coupole de l'église qu'il faisait construire près du Louvre en face du Musée. Le major général, affligé, indigné de cette spoliation si impolitique, me dit : « Est-il possible « qu'on fasse une telle chose, quand on a la paix « dans sa poche! »
Je rapporte les propres expressions du major général, qui, même dans l'intimité, n^aurait pas hasardé cette indiscrétion, s'il n'avait été couvaincu que les bases de la négociation étaient déjà posées. Cet espoir fut bientôt détruit, soit par les nouvelles de Pélersbourg, soit par celle> que rapportai le général f^uriston du camp russe. Peu de jours après, vers le i4 octobre, je reçus l'ordre d'accélérer, par tous les moyens possibles, l'évacuation sur Smolensk de tous ceux de nos blessés qui seraient en état d'être transportés : il me fut prescrit d'employer à cette évacuation toutes les voitures de l'armée. Me trouvant à l'ordre, le 1 5 ou le 1 6, l'empereur. s'arrétant devant moi, me dit : — «r £h bien! ** M. l'intendant général, presque tous nosbles- •' ses sont partis? — Non, Sire, lui répondis-jt*:
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(( il eu reste encore plus de quatre mille dans '( Moskou. » Il parut très-mécontent de ma réponse, et passa plus loin sans tbe rien dire de plus. Le maréchal Duroc, qui était- auprès de moi , me serra la main et me dit : « C'est fort « bien , général ; c'est avec cette franchise qu'on « sert bien l'empereur. »
En sortant de Tordre ou lever de l'empereur^ je montai à cheval et je visitai presque tous les hôpitaux : celte course me fatigua beaucoup; je rentrai chez moi avec une forte transpiration, et, comme je me hâtais daller changer de vêtements, je fus arrêté dans le salon par ce que nous appelions la colonie française y c'est-à-dire, des familles françaises établies à Moskou , et que le bruit qui s'était répandu du prochain départ de l'armée avait jetées dans le désespoir. Tous demandaient à nous suivre, et le plus grand nombre manquait de mojens. Je dus écouter leurs plaintes et accueillir leurs demandes. Comme le Void était déjà très-vif, je me sentis refroidi et jlacé jusqu'au cœur. Une heure après, je fus ataqué d'une fièvre violente et d'un point de côté. \,e baron Desgenettes, premier médecin de l'aruée, déclara que c'était une fluxion de poitrine, ît rendit compte à l'empereur que j'étais hors l'état d'être transporté. Le général Lauriston et e comte de Narbonne vinrent me voir et m'ap-
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prirent la surprise et l'attaque de ravant-ganle du roideNapleSy et Tordre donné par Tempereur pour le prompt départ de l'armée. On m'annonça que j'allais être transporté au Kremlin, où le maréchal Mortier, duc de Trévise, devait rester avec son corps, pour faire l'arrière-garde.
Malgré les vives douleurs que me faisaient éprouver le moindre mouvement et le plus léger contact, je m'obstinai à suivre l'armée. Le baron Desgenettes n'ayant pu me détourner de ce dessein, se décida à monter en voiture avec moi pour me donner ses soins, que j'acceptai avec une vive reconnaissance. Lorsqu'on me plaça dans ma dormeuse, je crachais, ou plutôt je vomissais le sang; mais les douleurs aiguës et la fièvre ardente m'étaient moins insupportables que l'idée de rester dans cet état entre les mains des Russes au milieu des ruines de Moskou. Après le premier bivouac et pendant la seconde marche, mon état empira et devint très-dangereux. Le docteur I^ubert, premier pharmacien de Far niée, dont les talents étaient aussi estimés que son honorable caractère, ne quittait pas ma voiture, me visitait souvent, et conférait avec le baron Desgenettes; on ne pouvait me donner d'autres secours que de fréquentes potions de gomme arabique, de sucre et de fleur d'orange dissoute dans de IVau qu'on ne pouvait pas